Les industriels réclament l’abandon de la hausse de la TVA sur les pà¢tes alimentaires

Les prix de vente aux consommateurs devrait logiquement augmenter n Les industriels mettent en garde contre la poursuite de la détérioration de leur compétitivité et la montée en puissance de l’informel.
. Pour faire face à  la flambée des cours du blé, ils souhaitent la suspension de la TVA actuelle de 10%.

L’augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée, prévue dans le projet de Loi de finances 2015, n’est pas du goût des industriels des pâtes alimentaires. Le taux devrait, si la mesure est adoptée, passer de 10 à 20%. Ce qui, pense Mohamed Khalil, vice-président de l’Association marocaine des industriels des pâtes alimentaires et du couscous (Amipac), «pose de nombreux problèmes compte tenu des coûts économiques et sociaux en jeu. Cette mesure est contre-productive».Dans un premier temps, M. Khalil précise que «cette décision touchera directement et de manière considérable le pouvoir d’achat des ménages, dans une période où la conjoncture économique est difficile et les revenus en faible progression».

Deuxièmement, l’Amipac déplore que «cette hausse intervient dans un contexte où le secteur a subi une succession de chocs qui ont fortement dégradé sa compétitivité. En plus de la hausse du Smig, de la hausse du prix du fuel industriel et de la récente hausse du prix de l’électricité, le secteur subit, depuis cet été les effets de la flambée des cours du blé dur. Dans ce contexte défavorable, la mise en place de cette mesure fiscale aggraverait notre compétitivité, induirait une réduction de nos capacités d’investissement et fragiliserait notre potentiel de développement et de créations d’emplois».Enfin, les opérateurs du secteur des pâtes et couscous estiment que «lorsque l’on prévoit d’augmenter la TVA avec une telle ampleur, on pénalise davantage les entreprises saines et transparentes au profit de celles qui prospèrent dans l’informel. Là encore, le gouvernement a fixé des objectifs ambitieux pour la réduction de l’informel, et cet alourdissement de la TVA risque malheureusement d’aller à l’encontre de cet objectif».

Les entreprises industrielles qui souhaitent donc se développer sont non seulement confrontées à la concurrence étrangère mais elles sont aussi concurrencées par les acteurs informels qui ne paient pas d’impôts et échappent à toutes les charges sociales.Outre les répercussions sur la compétitivité des unités industrielles, la hausse du taux de la TVA aura inévitablement un impact sur le prix de vente. Celui-ci enregistrera, si la mesure est en effet appliquée, une hausse que les opérateurs jugent inévitable en raison de la conjoncture actuelle du secteur. «Les pâtes alimentaires (chaaria, mhamssa…) restent un aliment de base entrant dans la préparation de plats traditionnels pour de nombreuses familles marocaines d’origine modeste et populaire. Ce produit doit rester à leur portée. Il serait raisonnable au nom de la protection du pouvoir d’achat de considérer les pâtes alimentaires comme un produit de première nécessité et ne pas alourdir son prix de vente par un taux de TVA qui pénalise déjà le consommateur marocain», recommande Mohamed Khalil.

Il ne manque pas de souligner les difficultés et les contraintes actuelles de l’industrie des pâtes alimentaires.Un coup dur pour les petits revenusEntièrement dépendante des importations de blé dur, elle est donc extrêmement exposée aux augmentations de prix étant donné que la semoule de blé dur constitue plus de 75% du coût de revient du produit. Il importe de signaler que cette année la récolte de blé dur a été très insuffisante aussi bien en quantité qu’en qualité dans les principaux pays producteurs. Le Canada, plus grand producteur mondial de blé dur et principal fournisseur du Maroc, a vu sa production passer de 6 millions de tonnes l’année dernière à moins de 4 millions de tonnes cette année. Cette baisse de production mondiale a conduit à une flambée des cours mondiaux de blé dur qui s’est traduite sur notre marché local par un accroissement de plus de 50% de son prix depuis l’été dernier. Les opérateurs du secteur pensent que ce contexte marqué par des hausses de prix du blé dur et par les difficultés d’approvisionnement risque de fragiliser davantage la filière qui a déjà enregistré la fermeture de deux unités de fabrication. Les opérateurs tirent donc la sonnette d’alarme.Afin d’aider au développement de l’industrie des pâtes alimentaires, l’association exhorte les pouvoirs publics à «abandonner cette mesure fiscale pour protéger le pouvoir d’achat des consommateurs et soutenir la compétitivité» de leur secteur. Par ailleurs, pour elle d’autres mesures doivent être prioritairement mises en place. Il s’agit essentiellement de la suspension provisoire de la TVA actuelle de 10% pour faire face en partie à la flambée des prix du blé dur.Ces mesures permettraient, selon les professionnels, de préserver en partie le pouvoir d’achat des consommateurs à faibles revenus dont les pâtes alimentaires  constituent un des produits de première nécessité. Actuellement, la consommation moyenne annuelle se situe entre 3,5 à 4 kg de pâtes par habitant et par an. L’Algérie en est à 9 kg et la Tunisie à 13.