Les industriels du textile réduisent leurs approvisionnements et leurs effectifs

Repli des ventes, situation de trésorerie difficile, investissements en veilleuse…, la plupart des indicateurs sont au rouge.
36% des entreprises affirment avoir réduit leurs effectifs au premier trimestre de l’année.

Les temps sont durs pour les industriels du textile et du cuir. L’activité tourne au ralenti et la visibilité est faible. C’est en résumé ce qui se dégage des résultats relatifs au premier trimestre, reposant sur les enquêtes mensuelles de conjoncture réalisées par Bank Al-Maghrib. Le climat des affaires, premier indicateur étudié, s’avère exécrable avec un solde d’opinion négatif (différence entre le pourcentage d’entreprises qui indiquent une détérioration et celles qui penchent pour une amélioration) de 44 points. Cette situation est d’ailleurs confirmée par les derniers chiffres de l’Office des changes relatifs aux échanges extérieurs. A fin mars, les exportations de vêtements confectionnés et d’articles de bonneterie ont reculé de 11,2% et 5,6% par rapport au premier trimestre 2008, à 4,88 milliards et 1,77 milliard de DH. Les expéditions de chaussures ont aussi reculé de 2,9% à 626 MDH.
Les autres indicateurs sont à l’avenant. D’abord, les conditions de production.  Sur ce volet, les difficultés d’approvisionnement se sont nettement détériorées. L’enquête révèle un solde d’opinion négatif de 17 points. Corrélativement, le niveau des stocks de matières premières est jugé inférieur à la normale. Les opérateurs n’ayant aucune visibilité sur leurs commandes ont fait preuve d’une grande prudence en matière d’acquisition de matières premières. Ce choix risque toutefois de les pénaliser s’ils décrochaient de grosses commandes , avertit un industriel de la zone industrielle de Ain-Sebaâ.

Des industriels disent travailler à perte
Naturellement, beaucoup d’emplois sont détruits. Pour les autres secteurs comme dans le textile et cuir, les opérateurs reconnaissent une contraction des effectifs  d’un trimestre à l’autre. Un solde d’opinion négatif de 36 points se dégage des observations. Paradoxalement, 88% des sondés estiment que la situation sociale est calme. Apparemment, la peur de perdre son emploi pousse à plus de modération dans les revendications dans un secteur souvent en proie à des conflits sociaux très durs. Toutefois, le niveau de tension reste relativement plus élevé que dans les autres secteurs. Par ailleurs, l’enquête de la banque centrale sur la conjoncture du premier trimestre 2009 laisse apparaître que globalement les entreprises industrielles ont souffert de l’augmentation du coût unitaire de production. La hausse a épargné les industries mécaniques et métallurgiques (Imme) mais a été très prononcée dans le textile où les professionnels, en raison de la crise internationale, n’ont pas pu répercuter cette hausse au niveau de leurs prix de vente. Parfois même, ils ont été contraints de travailler à perte pour maintenir leurs activités et ne pas fermer leurs usines.

Les programmes d’investissement mis en veilleuse…
Et ce sont davantage les coûts de l’énergie et les coûts financiers qui ont grevé les charges. Suivent le coût des matières premières et les salaires. Il importe toutefois de souligner que, comparé à février, l’indice des prix à la production dans l’industrie textile a reculé de 1,8% en mars, selon le Haut commissariat au plan (HCP). La baisse est de 9,6% dans l’industrie manufacturière.
Dans un tel contexte, la trésorerie est forcément mise à mal. Les entreprises jugent qu’elle est inférieure à la normale. Les réponses allant dans ce sens sont largement supérieures dans le textile et cuir (solde de 47 points). A l’origine, on relève la baisse des ventes qui affecte tous les secteurs, les charges non financières, les difficultés de recouvrement, les délais fournisseurs et les impôts. On notera aussi, à la lecture des conclusions de l’enquête, que les dépenses d’investissement ont enregistré une baisse au cours du premier trimestre 2009 dans l’ensemble du tissu industriel. Cette tendance devrait se poursuivre au cours des trois prochains mois, sauf dans les industries électriques, électroniques et du textile. Plusieurs entreprises qui avaient programmé des investissements en vue de l’augmentation ou de la diversification de la production ont dû les mettre en veilleuse en raison de la forte baisse de la demande. Mais, s’il y a une reprise comme prévu à partir du mois de mai, ces projets pourraient être reconsidérés pour faire face à la demande des donneurs d’ordre européens dont la majorité se réorienteront vers le Maroc après l’avoir boudé pour les pays asiatiques, explique-t-on à l’Association marocaine des industries de textile et habillement.
Concernant la structure du financement des investissements, l’enquête révèle que l’autofinancement arrive en tête pour 64% des entreprises. L’accès au crédit bancaire est jugé difficile pour tous les secteurs, encore plus par les entreprises du textile qui font ressortir un solde d’opinion négatif de 40 points pour une moyenne de 27 dans l’industrie.