Les industriels du cuir réclament un contrat programme pour surmonter leurs difficultés

La Fédération des industries du cuir s’est réunie avec le ministère de l’industrie et la douane. Elle souhaite un renforcement du contrôle des exportations de peaux et des importations de chaussures en provenance de Chine.

L’industrie du cuir va mal. La situation est encore plus préoccupante pour la chaussure qui constitue 80% des exportations du secteur. En plus de la baisse de la demande étrangère, les professionnels doivent aussi faire face à l’afflux des produits chinois qui leur a pris une part considérable du marché domestique. C’est en quête d’une issue de secours qu’ils ont rencontré, lundi 14 juin, le ministère du commerce, de l’industrie et des technologies. Leurs principales requêtes sont le retour à la prise en charge par l’Etat des charges sociales, mesure déjà appliquée en 2009, et l’établissement d’un contrat programme. Des doléances qui visent l’amélioration de la compétitivité du secteur aussi bien au niveau des exportations que du marché local.

Le ministère a pris acte de la demande d’un contrat programme. En revanche, il n’est pas prêt à revenir aux mesures sociales de 2009. Car, explique un haut responsable, il faut tout d’abord faire le point sur la situation actuelle du secteur, inquiétante certes, pour savoir si les industriels ont réellement utilisé les divers outils mis à leur disposition au cours de ces deux dernières années. Parmi ces outils, on retiendra principalement le dispositif «Initiative nationale d’amélioration» ou Inmaa, un programme de transformation opérationnelle du système de production et de l’organisation de travail dans les PME prévu dans le cadre du Pacte national pour l’émergence industrielle, qui a permis, selon le ministère du commerce et de l’industrie, à certaines entreprises d’augmenter de 30% leur productivité. Il y a aussi le programme d’efficacité énergétique qui vise une maîtrise des dépenses et donc a un impact sur le coût de production, et, en fin de compte, sur la compétitivité.

Cette compétitivité, dit-on à la Fédération des industries du cuir (Fédic), est bien entamée au point que plusieurs unités sont actuellement à l’arrêt. Selon un responsable de la fédération, un sondage destiné à faire l’état des lieux sera lancé dans les prochains jours. Pour les mêmes raisons, le ministère du commerce et de l’industrie mènera également sa propre enquête.

La compétitivité grevée par la cherté de la matière première

Outre ce département de tutelle, la fédération s’est réunie avec l’Administration des douanes à qui elle a fait savoir qu’«il est urgent et nécessaire de renforcer le contrôle des importations de chaussures en provenance de Chine et de réviser à la hausse le prix plancher mis en place en 2011». Ce prix d’alerte fixé à 80 DH la paire devrait aujourd’hui être porté, de l’avis des industriels, à 130 DH, en raison de la hausse du coût de revient eu égard à la raréfaction de la matière première. Le crust (cuir semi- traité), par exemple, a vu son prix passer de 1,30 à 1,80 euro le pied carré.

Pour remédier à ce problème d’approvisionnement, ils souhaitent un renforcement du contrôle des exportations de peaux ainsi qu’un suivi régulier. Entre 2009 et 2010, la hausse vertigineuse des exportations de peaux et cuir semi-traité avait causé un lourd préjudice aux fabricants locaux. Il y a même eu des exportations de wet-blue, pourtant interdit à l’exportation, sous forme de crust. A charge pour les clients étrangers de procéder aux autres étapes de traitement. Cette situation avait beaucoup gêné les industriels qui ne pouvaient plus s’approvisionner localement en cuir. Si elle se reproduit, le secteur, déjà mal en point, aura du mal à s’en sortir.

L’autre souci de la Fédic est la sous-facturation des importations. A l’instar du secteur textile, également touché, les pouvoirs publics sont sensibles à cette revendication. Preuve en est la création d’une commission mixte, regroupant des industriels et des représentants des administrations concernées, qui sera chargée de la mise en place des mesures nécessaires et du suivi du secteur. Les produits chinois sont particulièrement pointés du doigt. C’est pourquoi les industriels estiment que la surveillance du marché ne peut être plus efficace sans le contrôle de la qualité des importations. Le gros est en effet constitué d’articles de bas de gamme d’une durée de vie très limitée.