Les importations de bières bloquées pour des raisons d’étiquetage

Les produits alimentaires, y compris, les bières, dont l’emballage ne respecte pas les modalités d’étiquetage ne peuvent plus être commercialisés au Maroc. Compte tenu des faibles quantités achetées, les importateurs de bières disent ne pas pouvoir imposer à  leurs fournisseurs des emballages conformes. Malgré le délai suffisant accordé par l’ONSSA, de nombreux produits ne sont toujours pas aux normes.

Depuis le mois de novembre, de nombreux amateurs de bières n’arrivent pas à trouver leurs marques préférées dans les points de ventes légaux. «Il n’y a que les produits locaux qui sont disponibles actuellement sur le marché. D’après les informations que nous ont confiées certains fournisseurs, la Douane a bloqué les importations», déclare un commerçant de la place. Une source à l’Administration des douanes et des impôts indirects confirme, en effet, que plusieurs conteneurs sont retenus depuis quelques mois au port. Elle explique qu’il s’agit «des nouvelles instructions de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), qui interdit l’accès des produits dont l’emballage ne comprend pas certaines mentions légales dont notamment le nom et l’adresse de l’importateur».

L’office ne dit pas le contraire. «Effectivement, depuis le début du mois de novembre dernier, tous les produits alimentaires importés, y compris les bières, dont les emballages ne respectent pas les conditions et les modalités d’étiquetage fixées par la loi 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires, ne peuvent pas être commercialisés sur le marché marocain», fait savoir une source autorisée à l’ONSSA. Une décision que certains importateurs de bières et de boissons alcoolisées trouvent injuste. La raison, «90% des volumes de bières importés sont sous forme de canettes», explique un importateur. Et d’ajouter : «Contrairement aux bouteilles sur lesquelles on peut facilement coller des étiquettes indiquant toutes les informations nécessaires, les canettes, elles, doivent être gravées grâce à une machine très spéciale dont disposent nos fournisseurs. Cette machine conditionne plus de 45 000 canettes par heure». A cet effet, les importateurs, à l’unanimité, déclarent qu’ils ne peuvent demander à leurs fournisseurs d’adapter l’emballage, puisque les quantités commandées restent très faibles.

Le délai de grâce accordé aux importateurs de bières a expiré en octobre dernier

Pour rappel, les Marocains ont consommé en 2014 plus de 780 000 hectolitres de bières dont seuls 30 000 sont importés (4% de part de marché). Soit l’équivalent de 6 millions de canettes de 50 cl. «Les importations du Maroc en matière de bières ne représentent que 150 heures de travail d’un grand opérateur international. Ces quantités sont en plus partagées entre une vingtaine d’importateurs, ce qui fait qu’ils n’ont pas de pouvoir de négociation vis-à-vis de leurs fournisseurs», déclare un opérateur du secteur.

Il n’empêche que  l’ONSSA, pour sa part, estime que les opérateurs ont eu droit à un délai suffisamment long pour prendre toutes les dispositions nécessaires. «L’entrée en vigueur de la loi sur l’étiquetage était prévue déjà pour l’année 2007. Suite à la requête de certains importateurs (tous produits alimentaires confondus), il avait été décidé à l’époque de leur accorder un délai de grâce supplémentaire, soit jusqu’au mois de mai 2014», est-il expliqué auprès de l’ONSSA. Et ce n’est pas tout : «Les importateurs de produits alcoolisés avaient demandé, en plus, une période transitoire afin de pouvoir trouver un arrangement avec leurs fournisseurs de manière à conformer les emballages aux normes. Dans ce sens, nous leur avions donné jusqu’au 31 octobre».

Des développements suivis attentivement par les Brasseries du Maroc

Les services de l’ONSSA déclarent également qu’au début du mois de septembre dernier, des notifications avaient été même envoyées à tous les opérateurs du secteur pour leur rappeler la date limite de l’application de la loi et pour leur permettre aussi d’écouler leurs stocks. En effet, il est important de savoir que depuis le mois de novembre, même la commercialisation des produits en stock ne comportant pas le nom et l’adresse de l’importateur est interdite.
Au regard des importateurs, les responsables de l’office sont conscients des difficultés relatives à cette procédure d’adaptation de l’emballage. «Aujourd’hui, même avec une révision à la hausse des prix fournisseurs de 5% et 10%, ces derniers refusent de répondre à nos demandes. Nous avons d’ailleurs présenté tous les échanges que les importateurs ont eus avec leurs fournisseurs à l’ONSSA», déclare un opérateur.

Tous ces développements doivent probablement être suivis avec beaucoup d’attention du côté de l’opérateur local, en l’occurrence les Brasseries du Maroc. D’autant plus qu’au cours du premier semestre 2014, il a vu ses ventes plonger de 13% en volume et de 8,8% en valeur. La cause, depuis le 1er janvier 2010, la Taxe intérieure de consommation (TIC) sur la bière est passée de 450 DH/hl pour atteindre les 800 DH/hl avant de s’établir à 900 DH/hl en janvier 2012. La hausse des prix a orienté une partie de la demande vers des boissons alcoolisées autres que la bière ou vers des produits de contrebande, mais elle a surtout créé de nouvelles opportunités d’importation et de commercialisation pour les opérateurs privés sur ce segment.

Cependant, une source aux Brasseries du Maroc explique que le but de l’entreprise n’est pas seulement de présérver ses parts de marché, mais aussi et surtout de protéger le consommateur marocain. Car «le secteur attire de plus en plus les opportunistes sans scrupules. Cette mesure permettra de faire une sorte de tri suite auquel seuls les opérateurs qui sont vraiement aux normes pourront répondre et survivre ». A suivre…