Les importateurs de jouets font grise mine

Ils déplorent des droits de douane élevés et un contrôle qualité long et coûteux. Ils accusent certaines enseignes de s’approvisionner directement à  Derb Omar ou Benjdia. Leur association dit avoir interpellé en vain les pouvoirs publics sur les problèmes du secteur.

L’édition 2015 du Spielwarenmess, le rendez-vous des producteurs et importateurs de jouets, se tient à Nuremberg du 28 janvier au 2 février. Avec plus d’un million de produits présentés et 75 000 visiteurs et experts mondiaux du jouet attendus, ce salon permet de découvrir les innovations et les nouvelles tendances du marché. Mais cette année, les importateurs marocains, dont une vingtaine se rendait habituellement à ce salon, ne seront pas de la fête car le marché domestique est mal en point depuis deux années. Selon Jaouad Ouadghiri, président de l’Association marocaine des importateurs de jouets (AMIJ), la demande a fortement reculé en 2014.Comment en est-on arrivé là ? Estimé à 1,3 milliard de DH, le marché du jouet est partagé entre deux groupes d’acteurs, les franchisés (La Grande Récré, Maxy Toy’s, Jouets Club…) qui en contrôlent 30% et les 250 à 300 importateurs, dont une quarantaine de structurés, auxquels reviennent les 70%. Si pour les franchises les affaires marchent bien en raison de l’importance de leurs marges, le second groupe est fortement pénalisé par les droits de douane dont le taux est certes de 2,5% mais sur une base imposable de 50 DH le kilogramme de jouets. «C’est une aberration que nous ne comprenons pas puisque la taxe n’est pas appliquée sur la facture, mais sur une valeur forfaitaire qui est passée de 30 à 50 DH durant les deux dernières années !», déplorent les opérateurs.

Le contrôle de qualité coûte 8 000 à 15 000 DH pour chaque analyse

Aux droits de douane s’ajoute la taxe sur la valeur ajoutée de 20%. «Encore un impôt pénalisant car le jouet est taxé au même niveau que les produits de luxe !», ajoute le président de l’AMIJ qui souligne que plusieurs opérateurs, principalement les importateurs d’articles à petits prix (3,50 à 200 DH), ne peuvent répercuter ces taxes sur leurs prix de vente et, par conséquent, se sont détournés d’une activité dont les perspectives sont peu prometteuses. Ce qui est loin d’être le cas pour les franchises, dont le prix de vente varie de 350 à 6000 DH. Des importateurs accusent même des enseignes connues de s’approvisionner en partie à Derb Omar au même prix que les autres commerçants. «La différence de prix de vente est justifiée par l’emballage proposé par ces franchises», dénonce une importatrice de jouets qui interpelle l’administration quant à l’urgence de revoir à la baisse les taxes douanières et le taux de la TVA. Bien évidemment, ces accusations sont formellement rejetées par des franchisés.

Par ailleurs, l’AMIJ signale qu’en plus des taxes, les opérateurs sont découragés par la lourdeur des procédures d’importation, même s’ils ne sont pas contre le principe de contrôle qui permet d’avoir une traçabilité du produit. Tous les jouets, importés à plus de 90% de Chine, subissent un contrôle de qualité minutieux. Selon les professionnels, le contrôle se fait par le biais de plusieurs analyses facturées 8 000 à 15 000 DH l’une. Et sur une période de 4 à 5 jours, les importateurs doivent payer également les frais de stockage de l’ordre de 2 000 DH la journée. «Même lorsque l’importateur est référencé et qu’il dispose d’un certificat de qualité délivré par son fournisseur, il doit subir systématiquement ce contrôle», explique un importateur. Et d’ajouter : «L’administration a été sensibilisée à cette problématique mais en vain !». Dépitée, l’AMIJ ne souhaite plus relancer les pouvoirs publics qui ne semblent pas, selon les professionnels, se préoccuper du secteur des jouets. Lequel souffre, en plus des problèmes soulevés, de la saisonnalité des ventes. Les pics se situent à Achoura et pendant les fêtes de fin d’année. Mais en 2013-2014, la demande a été faible en raison de la crise, ce qui explique aujourd’hui l’existence de gros stocks chez les importateurs.