Les hôteliers d’Oukaïmeden et de Michlifen s’en sortent difficilement

Leur activité est tributaire de la neige. Le taux de remplissage oscille entre 25 et 50%. Faute d’investissements publics dans les infrastructures, ils mobilisent leurs propres moyens.

L’hiver 2010-2011 ne les aura pas beaucoup gâtés. Que ce soit les hôteliers d’Oukaïmeden, à 80 km de Marrakech, ou ceux de Michlifen, à 19 km d’Ifrane, la saison hivernale ne restera pas gravée dans les annales. A l’Oukaïmeden d’abord, qui culmine à 2 700 m d’altitude, les pistes, dont la gestion relève de la responsabilité de l’Office national de l’eau potable (ONEP), n’ont pas ouvert de la saison, faute de neige. «Il faut plus de 40 cm de neige pour qu’elles ouvrent», confirme le responsable communication du Centre régional du tourisme (CRT) de Marrakech, Abdellatif Abouricha. Alain Caillé, propriétaire de l’hôtel Chez Juju, ne croit plus à une bonne saison. «La fréquentation de la station dépend largement de la météo. S’il n’y a pas de neige, notre chiffre d’affaires est divisé par trois», explique-t-il. «Il y a 3 ans, nous en avions eu beaucoup. Le taux d’occupation de l’établissement atteignait alors plus de 50%. Cette année, nous sommes en-dessous de 25%. Nous survivons car nous sommes propriétaires», continue M. Caillé.

Chaque année, 150 000 touristes font une halte dans la région d’Oukaïmeden

Même son de cloche pour Michèle Minet, gérante du chalet du Club alpin français (CAF). «Nous n’avons eu aucune activité cette année. De manière générale, les Marocains ne se déplacent que pour une journée d’excursion. Nous accueillons également les enfants de classes vertes. L’activité du chalet est maintenue essentiellement grâce aux adhésions des membres du CAF qui viennent par tout temps», explique-t-elle.
Pourtant, la région mérite largement le détour. Même si la palette reste limitée, différents sports (parapente, trial, moto, escalade..) peuvent, en effet, y être pratiqués.
L’espoir de voir la station d’Oukaïmeden devenir le pendant marocain des plus grandes stations alpines ou pyrénéennes s’est lentement évanoui. Lorsque la société émiratie Emaar avait annoncé, en 2007, son intention d’investir dans la station hivernale, beaucoup y voyaient déjà la réponse à un manque cruel d’infrastructures capables d’accueillir les visiteurs. Mais rien n’est venu. Et aujourd’hui, la station, sous concession de l’ONEP, a toujours besoin de pisteurs, d’un médecin, d’une ambulance et surtout d’une route digne de ce nom. M. Abouricha admet que le projet de pouvoir skier toute l’année reste dans les cartons. Cependant, «il s’agit là de gros investissements qui se heurtent à un manque de rentabilité», admet-il. Pourtant, on estime qu’environ 150 000 visiteurs font une halte dans la région d’Oukaïmeden sur près de 2 millions de visiteurs à Marrakech.
Le potentiel est donc significatif. Il reste que la promotion de la région à l’étranger requiert un budget important. La région, en partenariat avec l’Office national marocain du tourisme (ONMT), préfère tabler sur une stratégie de développement du tourisme durable. Sur les 210 MDH prévus en 2010 pour la promotion de Marrakech, une ligne budgétaire, dont le montant n’est pas communiqué, est dédiée à la vallée de l’Ourika. L’enveloppe a financé la publication d’une brochure consacrée à la montagne, disponible en 4 langues dans les salons du tourisme à l’étranger. Malgré les failles, les projets prometteurs montés par des privés se développent dans la région (voir encadré).

Un seul hôtel à Michlifen et pas de transport

A la station de Michlifen, la situation ne semble guère plus rose. Il y a eu de la neige cette année mais pas en abondance. Et le manque d’infrastructures gêne considérablement le développement du tourisme de la zone. Gérée par la délégation provinciale du tourisme, la promotion de la station de ski est réduite au strict minimum. La délégation ne communique en effet qu’en période de neige.
C’est loin d’être suffisant pour faire connaître le lieu. Pour Zohra Bouziane, gérante de l’unique hôtel de la station, Aghlias, le problème ne vient pas tant de l’absence de visiteurs que du manque cruel d’organisation. «Cette saison, la station a accueilli beaucoup de monde car nous avons la chance d’avoir eu de la neige. Mais en l’absence d’une organisation sérieuse, les clients s’adressent à nous pour toute question concernant la station alors que celle-ci est gérée par la municipalité d’Ifrane. Par exemple, la station n’a pas de sanitaires et nous nous retrouvons à accueillir tous les visiteurs de la station. Et notre taux de remplissage ne dépasse pas 30%», explique-t-elle. Sans compter que les remontées mécaniques n’ont pas fonctionné et qu’aucun transport en commun ne permet l’accès à la station. La municipalité a pourtant promis la mise en place d’une navette, mais elle tarde à venir.
Quoi qu’il en soit, Marocains et Européens résidant au Maroc n’hésitent pas à se déplacer pour profiter de la région. Alors, Mme Bouziane, pour doper l’activité de son hôtel, se déplace dans les salons de tourisme à l’étranger. Outre son hôtel, elle y vante le parc accro-cèdres qu’elle a lancé en 2008.