Les hôteliers de Marrakech s’inquiètent malgré une petite reprise en février

Les hôtels ont connu une affluence à  l’occasion des vacances de février.
La ville souffre, toutefois, de la chute des arrivées des vols charters et du réseau parallèle d’hébergement.
Les professionnels sont d’avis qu’un repositionnement de l’offre est urgent sans brader les prix.

Les hôteliers de Marrakech ne veulent pas céder à la sinistrose. Malgré un début d’année difficile et certainement un premier semestre qui le sera encore plus, des périodes de légère reprise permettent de redonner de l’espoir. Cela a été notamment le cas avec les vacances scolaires de février durant lesquelles les professionnels ont pu ressentir un petit rebond en termes d’affluence. Il est vrai, cependant, que, pris individuellement, ils affirment être convaincus que la tendance baissière qu’a connue la ville durant toute l’année 2008 va certainement se poursuivre. A cela plusieurs raisons sont évoquées.
La première, la plus évidente, c’est la  crise internationale qui atteint de plein fouet les marchés émetteurs. S’y ajoute aussi, si l’on croit certains hôteliers, la fait que la promotion ne suit pas vraiment notamment en s’adaptant à la nouvelle donne conjoncturelle.
«La publicité, notamment sur le marché français, on la voit surtout sur des chaînes à  petites audiences, alors que ce marché est très important pour toutes les destinations touristiques nationales», fait remarquer l’un d’eux qui tient à garder l’anonymat.
L’autre origine de la baisse, pas nécessairement liée à la crise internationale, est en relation avec le transport aérien. En effet, et comme l’expliquent certains professionnels, Marrakech a vu ses arrivées des vols charter chuter de moitié depuis que les compagnies low-cost ont mis le cap sur le pays. Or, c’est une évidence qu’un siège dans un avion lowcost n’implique pas forcément la vente d’un lit hôtelier, contrairement à ce qui se passe avec les vols charters. A contrario, une ville comme Agadir, où d’ailleurs le low cost n’est pas aussi présent, a pu mieux amortir le choc que Marrakech et Fès. A cela, il faut ajouter deux éléments qui ont permis à la capitale du Souss de mieux résister : l’absence d’un réseau parallèle d’hébergement (les riads notamment) et la prospection de certains marchés de l’Europe de l’Est longtemps à l’avance.
Tout cela amène les hôteliers à conclure qu’il est peut-être grand temps de «revoir l’offre Maroc et son  approche marketing de fond en comble». Et c’est justement ce que le ministère de tutelle et l’ONMT sont en train de faire, même si certains professionnels estiment que «le rythme est lent étant donné les circonstances», estime Hamid Bentahar, président du Conseil régional du tourisme (CRT) de Marrakech.

L’offre n’est pas adaptée au système classique de distribution basé sur le packaging
Maintenant, rassure-t-il, il faut savoir que les professionnels font beaucoup d’efforts pour affronter cette crise, mais surtout ils font de gros paris sur l’avenir de cette destination.
En effet, en termes d’investissement hôteliers Marrakech est en train de «connaître un rythme d’ouverture  unique au monde», pense Hamid Bentahar qui tient à souligner que ces nouvelles unités appartiennent aux plus grands groupes nationaux et étrangers. Pour ne citer que les ouvertures récentes, il y a eu, l’été dernier, l’Eden Andalou de Abdelali Chaoui. Depuis le début de l’année en cours, les Jardins de l’Agdal du groupe Fram, Kenzi Menara  Palace, Suitehotel du groupe Accor, et plus récemment Lucien Barrière avec le Fouquet’ Marrakech se sont ajoutés à l’offre d’hébergement de la ville. Et ce n’est que le début d’un mouvement qui intéresse les plus grands TO.  
Ceci pour dire que Marrakech est en train de se positionner de manière plus prononcée sur l’hôtellerie  de luxe, «un positionnement très courageux» dans les circonstances actuelles. En outre, elle est en train de passer d’une destination généraliste à une destination spécialisée avec des niches spécifiques.

Les entreprises du secteur touristique réclament un soutien plus consistant
Mais comment réussir cette mutation sans grand fracas ? Pour Kamal Bensouda, président de l’Observatoire du tourisme, la demande est certes en baisse dans les pays émetteurs, mais elle se conjugue pour Marrakech à une offre nouvelle qui ne correspond plus au modèle de distribution traditionnel basé sur le packaging. D’après une étude de l’Observatoire du tourisme, un touriste sur deux qui arrive à Marrakech ne va pas à l’hôtel, mais dans des riads, des appartements et des villas. La situation est donc délicate, car si cette ville qui, il n’y a pas longtemps, tirait toute la destination Maroc vers le haut, plonge, elle risque aujourd’hui de tirer plutôt vers le bas. Selon M. Bensouda, «si l’impatience des hôteliers est légitime, les actions  pour rompre avec le modèle traditionnel de distribution et de promotion ne sont pas faciles à mettre en œuvre. En d’autres termes, il faut s’accrocher et ce sont ceux qui réussiront leur conversion vers des modèles de distribution modernes qui réussiront le mieux», souligne Kamal Bensouda.
Mais attention, prévient le président de l’observatoire, il ne faut pas tomber dans le bradage des prix, car le Maroc reste accessible et offre aux touristes un bon rapport qualité/prix. Pour cela, il faut travailler sur deux fronts, celui de l’aérien et de l’image du Maroc. Les 50 MDH alloués pour amortir la crise  dans le cadre de Cap 2009 sont à l’évidence insuffisants pour faire du Maroc «une destination visible». Il faudrait au moins tripler cette enveloppe pour affronter la crise, estiment certains professionnels et la reconduire pour 2010.
Ceci étant, et selon un TO français qui connaît bien le Maroc, cette dépression que connaît la destination n’est pas pire qu’ailleurs, et son origine n’a rien à voir avec l’image du pays, mais avec les problèmes de pouvoir d’achat dans les pays émetteurs. Selon lui, les  entreprises du secteur touristique devraient être soutenues au même titre que celles du textile ou de l’automobile. Ceci d’autant plus que plusieurs métiers liés au tourisme sont en grandes difficultés.
En effet, selon Jamal Filali, président des restaurateurs de Marrakech, plusieurs établissements sont aujourd’hui en grande difficulté et se demandent comment faire pour garder leur personnel permanent.
Mais le plus étonnant, explique un hôtelier, c’est que c’est maintenant que les gens veulent réagir, alors que les signaux qui annonçaient la crise étaient perceptibles  il y a au moins un an.