Les héritiers Tazi se déchirent pour une affaire d’héritage

Les enfants accusent leur père et leur oncle de les avoir spoliés n Trois testaments brandis par les uns et les autres n L’affaire est-elle en train de prendre une tournure politique ?

C’est la guerre des documents dans l’affaire qui oppose Mohamed Tazi, notable de la ville d’Agadir et patron du groupe Azura (agriculture moderne), et son frère Abdelfattah, textilien, aux enfants de ce dernier. La genèse de l’affaire remonte à 1980, date du décès de Haj Abderrahmane Tazi, père de Mohamed et Abdelfattah. De son vivant, le défunt avait fait deux testaments dûment consignés, et par lesquels il attribuait à la descendance de ses deux fils, «née et à naître», le tiers de son patrimoine immobilier et autre, de manière équitable entre eux. La mention «à naître» consacre, juridiquement, l’indivisibilité de l’héritage. Autrement dit, les ayants droit et tuteurs peuvent jouir des biens sans en disposer. Ceci n’a pas empêché toutefois l’exportateur d’agrumes Mohamed Tazi et son frère de procéder, par deux fois, selon la partie adverse, à «un partage amiable» des biens laissés par leur père devant notaire. C’était en 1982, deux ans à peine après son décès.

Deux actions sont introduites auprès des tribunaux de Casablanca et Meknès
Aujourd’hui, les deux petits-fils, Mehdi et Jalil, et leur petit frère Driss, né après le décès de son grand-père (tous fils d’Abdelfattah), réclament leur droit à l’héritage. La valeur des biens en litige, selon leur avocat, Me Mohamed Jenkal, avoisine les 90 MDH. Sans détour, les plaignants accusent leur père et leur oncle de les avoir spoliés de leur part d’héritage. «Les mineurs d’hier sont des adultes aujourd’hui. Nous voudrions bien récupérer nos droits. Nous avons essayé de régler à l’amiable ce litige, mais en vain. Notre oncle se sent intouchable de par ses connaissances et sa fortune», avancent les héritiers. Selon eux, leur oncle «a actionné ses réseaux. De hauts responsables ont fait pression sur la presse et nos avocats précédents». Les héritiers craignent que l’affaire ne prenne une tournure politique. Leurs assertions demeurent cependant impossibles à confirmer, mis à part le fait que le dossier, avant d’atterrir chez Me Jenkal, avait transité par deux autres cabinets et qu’un confrère affirme avoir reçu un coup de fil d’un membre du cabinet du premier ministre à ce sujet. La personne en question, jointe au téléphone par La Vie éco, a démenti être au courant de cette affaire.

L’autre partie avance une autre version des faits. Abdelfattah Tazi produit un troisième testament qui, selon lui, annule les deux précédents. Une affirmation contredite par Me Jenkal qui en conteste l’authenticité. Quant à Mohamed Tazi, selon son avocat, il refuse toute déclaration à la presse et «réserve ses preuves pour le jour de l’audience».
Dans cette affaire, d’autres parties sont au banc des accusés. Il s’agit notamment du notaire ayant rédigé l’acte de vente de l’héritage sans tenir compte des testaments inscrits à la Conservation foncière. Le conservateur en poste à l’époque est aussi concerné. Deux actions sont simultanément introduites auprès des tribunaux de première instance de Casablanca et Meknès.