Les grands taxis font de l’ombre aux autocars sur le réseau interurbain

Quelque 1 200 agréments pour autocars non exploités pour cause de faible rentabilité des lignes. De 52% de part de marché au début des années 90, le transport par autocars ne représentent plus que 35% actuellement.

Entre grands taxis et autocars, la concurrence bat son plein sur le réseau interurbain. Jamais ces deux moyens de transport n’ont été aussi rivaux, au point où la question se retrouve incluse dans les débats autour du contrat programme du transport de voyageurs. En effet, parmi les principales revendications des transporteurs figure l’élaboration d’un schéma directeur du transport de voyageurs. Son objectif est de permettre une réforme des lignes concernées par les autorisations d’exploitation, de manière à résoudre le problème des agréments qui ne sont pas exploités parce qu’ils concernent des lignes non rentables.

Anarchie dans la vente des tickets d’autocars

Selon les chiffres officiels du ministère de tutelle, 1202 agréments sont concernés, dont une grande partie est relative à des lignes dites «courtes». Or, si ces lignes ne sont pas rentables, c’est principalement parce que les transporteurs ne peuvent pas atteindre des taux de remplissage convenables en raison de la forte concurrence des grands taxis. Ces derniers sont même devenus l’acteur majeur du transport interurbain sur les courtes distances. Au fil des ans, et grâce à l’agressivité «commerciale» dont ils font preuve sur ces itinéraires, ils ont pris d’importantes parts de marché dans le transport de voyageurs en général. Selon les estimations des professionnels, le transport de voyageurs est actuellement assuré à hauteur de 15% par les grands taxis, soit quasiment le double de ce qu’ils représentaient dans le début des années 90. Sur cette même période, le transport de voyageurs par autocars est passé de 52% à 35%.

«Si les autocars ont perdu des parts de marché, c’est avant tout parce qu’ils n’ont pas assuré des prestations de qualité aux voyageurs», se défend un représentant syndical des grands taxis. Ces derniers devraient même accroître leur avance sur les autocars avec la généralisation du nouveau programme de renouvellement des véhicules. Celui-ci a d’ailleurs déjà permis l’introduction de nouveaux taxis assurant une meilleure qualité de prestation. Selon le syndicaliste, «les voyageurs préfèrent payer quelques dirhams supplémentaires pour arriver à temps ou pour disposer d’un moyen de transport à toute heure, chose que n’offrent pas forcément les autocars». En effet, au niveau pratique, il s’avère que le facteur prix n’est pas vraiment un handicap pour les grands taxis quand bien même ils facturent le voyage jusqu’à 25% plus cher qu’un autocar en moyenne. Rapportée en valeur, cette différence ne représente en effet que quelques dirhams. De même, lorsque le tarif appliqué par les taxis est fixe, ceux appliqués par les autocars sont en revanche très variables et dépendent non seulement de la saison, mais aussi du moyen d’acquisition du ticket. Il n’est un secret pour personne qu’au niveau des gares routières, le tarif d’un ticket pour un même autocar est différent selon qu’il est acheté au niveau des guichets ou auprès des intermédiaires qui opèrent illégalement. Le voyageur ne s’y retrouvefinalement plus, de quoi le pousser vers un mode de transport plus «prévisible».

Les transporteurs réclament la mise en place d’un schéma directeur

Au-delà des arguments opérationnels, il faut dire aussi que les grands taxis profitent d’un facteur purement urbanistique. «Durant ces dernières années, les zones urbaines ont connu un tel développement que des villes comme Casablanca, Marrakech ou Agadir ont absorbé des zones périphériques considérées autrefois comme des villes à part entière», explique un transporteur. Dans ce cas là, vu que les autocars ont la vocation d’être des transporteurs exclusivement interurbains, ils ne peuvent plus assurer la liaison sur ces itinéraires, laissant le champ libre aux grands taxis. Du coup, bon nombre d’agréments obtenus par le passé ne peuvent plus être exploités. «La solution n’est pas de s’attaquer aux taxis qui, finalement, opèrent dans la légalité, mais plutôt de permettre aux gens qui ne peuvent plus exploiter leurs lignes de disposer d’une alternative», ajoute la même source. Avec le système des agréments, cela n’est cependant pas possible, vu qu’aucune modification ne peut être apportée à l’itinéraire déjà fixé. En revanche, avec la migration vers un système basé sur les autorisations, un transporteur pourra solliciter son transfert vers des itinéraires plus compétitifs. C’est cette possibilité offerte par la réforme que s’apprête à connaître le secteur du transport de voyageurs qui pousse aujourd’hui les transporteurs à réclamer la mise en place d’un schéma directeur afin d’en tirer profit et résoudre le problème des itinéraires non rentables.