Les grandes surfaces se multiplient, les petits commerçants sonnent l’alarme

Ils reprochent aux autorités de ne pas réglementer l’implantation des grandes surfaces en centre-ville. Seuls 2 600 commerçants ont adhéré à  la mise à  niveau lancée depuis 2008 dans le cadre de Rawaj.

Le développement des grandes surfaces a mis à mal l’activité des petites épiceries et du commerce de proximité. Acima, Marjane, Label Vie, Bim…, les enseignes de la grande distribution multiplient leurs implantations. Elles aussi cherchent la proximité avec les consommateurs. Certaines d’entre elles n’hésitent plus à redimensionner leurs magasins pour s’installer en pleins quartiers résidentiels. Conséquence immédiate : les épiciers le ressentent dans leur activité. Et c’est pour tirer la sonnette d’alarme que l’Union générale des entreprises et professions (UGEP) qui fédère, entre autres catégories, les propriétaires d’épiceries, a saisi récemment le Conseil de la concurrence. Plus précisément, l’UGEP demande l’avis de cette institution sur ce qu’elle qualifie de «concurrence déloyale qui menace d’extinction tout un réseau ancré dans l’identité du Maroc».
Les représentants des petits commerçants ne contestent pas la présence des grandes surfaces. Ils protestent plutôt contre «leur implantation en plein centre-ville alors que dans le monde entier ces réseaux de distribution sont aménagés en dehors des agglomérations urbaines», précise Mouncef Kettani, président de l’UGEP.

La contribution demandée aux commerçants a étouffé leur enthousiasme pour Rawaj

On reproche ainsi aux autorités de laisser se propager ces grandes et moyennes surfaces (GMS) en l’absence de cahiers des charges qui devraient réglementer les conditions de leur implantation et de leurs activités.
En s’installant tout près des petits commerces, les grandes surfaces ont évidemment détourné une grande partie de leurs clients grâce à des prix très compétitifs. «En s’approvisionnant en grandes quantités, nos concurrents arrivent à négocier des prix largement inférieurs auprès de leurs fournisseurs, et ils bénéficient en plus de facilités de paiement comme les délais de paiement qui vont jusqu’à six mois …», explique Driss Aït Maâloum, membre du conseil national de l’UGEP et représentant de cette profession au sein de cette organisation. «Le danger de fermeture de nos magasins nous guette car nous ne travaillons pas dans les mêmes conditions», prévient M. Aït Maâloum.  
Le commerce de proximité est constitué en fait de 1,27 million de points de vente à travers tout le pays, d’après les chiffres du ministère du commerce, de l’industrie et des nouvelles technologies (MCINT). «Si on considère que chaque point de vente emploie au moins deux personnes, le nombre des emplois dans ce réseau s’élève à 2,54 millions au minimum, et ce sont autant de personnes qui sont menacées de perdre leur travail», indique M. Aït Maâloum. 
Pourtant les pouvoirs publics ont initié un projet de mise à niveau des commerçants de proximité qui s’inscrit dans le cadre du programme Rawaj. Le ministère de l’industrie et du commerce a ainsi prévu une enveloppe globale de 900 MDH sur la période 2008-2012. Le programme visait également la mise en place d’un système de labellisation des commerces permettant d’attester de la qualité des produits et des services offerts au sein de ces points de vente.
Le département a adopté une approche participative qui vise à impliquer les professionnels concernés dans cette opération. Aussi, l’Etat avance 20 000 DH pour chaque point de vente, auxquels s’ajoute la contribution du commerçant fixée à 5 000 DH. Ces fonds permettront de renouveler les équipements du bénéficiaire et de lui financer une formation sur les techniques de gestion commerciale.
Cependant, et de l’avis de l’UGEP, l’opération lancée depuis 2008 ne connaît pas un grand succès. A fin janvier dernier, seuls 2 671 points de vente ont bénéficié de ce programme, soit presque rien si on rapporte ce chiffre à la taille de la cible. Les causes de ce manque d’enthousiasme des commerçants pour cette opération ? La contribution qui leur est demandée n’a pas favorisé leur adhésion. Compte tenu de la petite taille de leur commerce, ils sont en effet nombreux à ne pas risquer une part significative de leur chiffre d’affaires, déjà relativement modique, s’ils ne sont pas assurés d’un rapide retour sur investissement.
Rappelons que le plan Rawaj dont la mise en œuvre a commencé en 2008, vise, d’ici 2012, à porter le PIB du commerce à 98 milliards de DH, soit 12,5% du total national, et créer plus de 200 000 nouveaux emplois. L’objectif était aussi de favoriser la création de 38 grandes surfaces et 18 nouveaux modèles de commerce, notamment les mall, les outlets ou magasins d’usine et les galeries marchandes.