Les fonds d’investissement touristique butent sur le foncier

H. Partners a signé des conventions avec Barcelo et Husa.
Siyaha Fund de BMCE Bank associé avec Residhotels pour réaliser 10 000 lits.
Le groupe Saham s’apprête, lui aussi, à lancer son propre fonds.

Pour répondre aux besoins en capacité hôtelière de la Vision 2010, des besoins évalués à quelque 15 000 nouveaux lits chaque année, le ministère du tourisme avait, lors des VIe Assises internationales du tourisme, tenues à Tanger le 1er avril 2006, appelé à la création de fonds d’investissement touristique pour enclencher une dynamique d’acquisition de terrains hôteliers et de construction d’établissements adaptés à une clientèle ciblée.

Cette annonce avait suscité immédiatement l’intérêt d’institutions financières nationales dont Attijariwafa bank, la Banque centrale populaire, la CDG, la CIMR, etc.
Quelques mois plus tard, en juillet 2007, trois fonds d’investissement ont vu le jour et leur naissance a été consacrée par la signature avec le gouvernement, en juillet 2007, de mémorandums d’entente pour un investissement total de plus de 10 milliards de DH. Il s’agit de H. Partners, créé par Attijariwafa bank pour un investissement de 6,5 milliards de DH, dont 2,5 milliards en fonds propres, Maghreb Siyaha Fund, de BMCE Bank, qui s’engageait aussi sur un montant de 6 milliards dont 2,5 en fonds propres. A ces deux fonds, il faut ajouter celui de la CDG, Madaef, pour 2 milliards de DH dont 700 millions en fonds propres. Et on apprend qu’un nouveau fonds d’investissement est en cours de lancement par le groupe Saham.

Depuis, que sont devenus ces fonds et quel impact ont-ils eu sur le développement de la propriété hôtelière ?
Certes, la CDG est aujourd’hui impliquée dans la plupart des projets touristiques majeurs. De son côté, H. Partners a annoncé le 1er novembre 2007 un premier closing avec un capital souscrit de 1,4 milliard, que viendra compléter un second qui sera finalisé avant la fin de l’année, avec l’objectif d’atteindre les 2,5 milliards de DH annoncés.

S’agissant des projets hôteliers, le fonds vient de signer un accord avec le groupe espagnol Barcelo pour la construction de 6 hôtels au Maroc dans différentes villes, dont Marrakech, Fès, Tanger et Casablanca, pour un investissement global de 1,5 milliard de DH. «Notre démarche consiste à faire participer les enseignes étrangères au capital de la société promotrice à hauteur de 15 ou 20%», explique Fouad Chraïbi, président de H. Partners.

Arrivée de la chaîne hôtelière thaïlandaise de luxe Anantara
Il cite à ce titre un bon nombre d’enseignes internationales prestigieuses qui vont venir investir au Maroc aux côtés du fonds qu’il dirige. Parmi eux, le groupe Husa, un autre espagnol qui possède plus de 160 hôtels dans son pays d’origine et qui, pour son premier établissement à l’international, a opté pour Marrakech en s’alliant à H. Partners pour la construction d’un quatre étoiles.

Autres enseignes : Louvres Hôtels, avec son enseigne Campanile, qui veut construire une quinzaine d’hôtels au Maroc de la catégorie des Ibis, qui sont aujourd’hui pratiquement seuls sur le créneau de l’hôtellerie de moyen standing. Enfin, Fouad Chraïbi n’est pas mécontent d’annoncer l’arrivée de la chaîne hôtelière thaïlandaise de luxe Anantara qui veut construire deux établissements à Marrakech et à Essaouira. Et la liste n’est pas exhaustive…

On suppose que le fonds de BMCE Bank, dont les responsables n’ont pas donné suite à nos différents appels, est aussi prometteur en termes de partenariats avec les grandes enseignes internationales. Mais à part le partenariat scellé et annoncé avec le groupe français Residhotels, spécialiste de la gestion des appart-hôtels et des résidences touristiques, on ignore tout des autres projets.

Pour rappel, Residhotels Maroc, détenue par les deux partenaires à raison de 40% chacun, avait annoncé à terme l’exploitation de 10 000 lits dans plusieurs villes marocaines pour un investissement d’un milliard de DH.

Les trois fonds souhaitent signer avec l’Etat des conventions d’investissement
Mais, car il y a un mais, si le Maroc ne laisse plus indifférentes les grandes enseignes hôtelières, beaucoup de projets ne verront jamais le jour ou leur exécution sera ralentie à cause du prix du foncier qui, en raison du niveau qu’il a atteint aujourd’hui dans la plupart des villes touristiques, décourage plus d’un investisseur.

«On ne trouve plus de terrains ni à Casablanca, ni à Tanger, ni même à Fès, ou alors c’est à des prix exorbitants», affirme Fouad Chraïbi, qui dit avoir le plus grand mal à trouver des terrains pour réaliser les projets avec les partenaires étrangers.

C’est donc à l’Etat de mettre sur le marché les lots nécessaires à des prix acceptables. Comment ? Différents procédés existent dont celui qui consiste à soumettre à une taxe les terrains non bâtis dans les délais annoncés pour décourager la spéculation qui fait rage aujourd’hui.

En attendant, les responsables des trois fonds ont décidé d’unir leurs efforts en demandant à l’Etat de signer avec eux, à travers la Commission des investissements, des conventions d’investissement ou des mémorandums leur permettant de bénéficier d’avantages fiscaux au même titre que les autres investisseurs. Une requête qui avait été satisfaite au mois d’août 2007 déjà.