Les fonds d’investissement pullulent : 40 fonds, 2 Md DH mobilisés en 2007

Ce nouveau mode de financement attire de plus en plus d’investisseurs, entre
autres étrangers.
La dynamique s’accélère : 20 nouveaux fonds créés au cours des deux dernières
années n La moyenne des fonds levés dépasse le milliard de DH par an contre une
moyenne de 200 MDH entre 2000 et 2004.

Depuis près de deux ans, le capital-investissement connaà®t au Maroc un engouement certain au point de se hisser incontestablement au rang du métier financier parmi les plus dynamiques, après le démarrage poussif du début des années 90. La montée de cette forme de financement de l’économie est accompagnée d’une spécialisation et d’une sophistication indéniables et ce, dans la foulée du lancement de fonds dits de «seconde génération».

Plusieurs faits et indicateurs attestent de cette évolution. Le nombre de fonds en activité connaà®t une croissance effrénée au point d’atteindre la barre des 40 contre moins de 20 il y a encore deux ans (voir tableau ci-contre). Cette prolifération s’est accompagnée de la montée en puissance de certains bras armés de grands groupes financiers (BMCE Investment et Attijari Invest) qui gèrent plusieurs fonds spécialisés par nature d’intervention (capital-risque, capital transmission…) ou par secteurs (infrastructures, immobilier et tourisme, agroalimentaire, etc.). Mais, plus édifiante encore est la progression exponentielle des volumes globaux levés annuellement qui dépassent, désormais, structurellement la barre du milliard de DH.

Pour 2007, les spécialistes misent sur plus de deux milliards de DH alors que sur la période allant de 2000 à  2004, la moyenne annuelle des levées était inférieure à  200 MDH. Cet agrégat devrait donc atteindre 0,3 % du PIB, ce qui s’approche de la moyenne européenne de 2006 située à  0,65%.

Des taux de rendement interne parfois supérieurs à  15 %
Cette poussée est également à  mettre sur le compte de l’attractivité du pays. Le Maroc intéresse de plus en plus les opérateurs étrangers, qu’ils soient investisseurs ou gestionnaires-promoteurs. Ainsi, dans sa composante étrangère, l’actionnariat des véhicules marocains s’étend, outre les organismes de développement publics ou multilatéraux tels Proparco, la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Société financière internationale (SFI), aux bailleurs de fonds privés (CIC Finance, Crédit Agricole France…) qui sont à  l’affût d’une rentabilité rapide (notamment des taux de rendement interne supérieurs à  15%), voire de la diversification géographique de leurs placements.

D’autres encore vont au-delà  de la simple participation au tour de table de fonds locaux en créant des véhicules dédiés au Maroc et confiés soit à  leurs propres équipes soit à  un capital-risqueur local qui agit en tant que délégataire de gestion.

Les professionnels marocains préfèrent, pour l’instant, ne lancer que des fonds «fermés»
Ces deux modes opératoires sont illustrés par les cas récents de Deutsche Bank et de Viveris Management. Le géant bancaire allemand a lancé en 2007 un fonds immobilier doté de 1,1 milliard de DH et géré par sa filiale Ardim SA basée à  Rabat. Quant au capital-risqueur français, il s’est associé au groupe Banques Populaires pour gérer la poche réservée à  notre pays (230 MDH) de son fonds Altermed Global. D’autres intervenants adoptent une démarche plus prudente en retenant, dans un premier temps, le Maroc dans le champ d’intervention de certains véhicules exotiques qu’ils promeuvent, à  l’instar de l’ibérique Meridia Capital Partners pour son premier fonds Hopitality I.

Enfin, il est à  relever que, depuis février 2006, la loi 41-05 est venue combler un vide juridique total dans lequel évoluaient jusqu’alors les professionnels en créant les conditions de canalisation de l’épargne publique vers des OPCR (Organismes de placement en capital-risque) sous tutelle du Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM). La Loi de finances 2006 est venue compléter le dispositif en retenant le principe de transparence fiscale qui prévoit l’exemption des OPCR de l’impôt sur les sociétés (IS) sur les «résultats obtenus dans le cadre de leur objet légal», soit essentiellement les opérations de prises et ventes de participations. Toutefois, les conditions restrictives d’éligibilité à  un tel statut et, par ricochet, à  ces incitations (allocation de 50 % des investissements au financement des petites et moyennes entreprises comme défini dans la Charte de la PME de 2002) ne militeraient pas pour la structuration de tels véhicules par les professionnels marocains qui préfèrent, pour l’instant, ne lancer que des fonds «fermés» non ouverts au public et plus souples dans leur gestion.

En parallèle avec ce mouvement de spécialisation déjà  entamé, le métier de capital-investissement au Maroc est appelé à  servir de courroie de transmission entre l’épargne publique et le financement de la croissance économique, notamment pour les PME dont les besoins de financement en fonds propres, selon diverses études récentes (MENA-OECD Investment Program 2006 -le programme d’investissement de l’OCDE pour la région Mena), s’élève à  près de 25 milliards de DH. Un besoin auquel le crédit bancaire ne peut à  lui seul répondre.