Les fabricants de batteries auto menacés par le déficit de plomb

Une très grande partie des batteries usagées d’où est tiré le plomb est exportée par des intermédiaires qui exercent dans l’illégalité. Les fabricants ont tenu des réunions avec le ministère de l’industrie et du commerce pour réfléchir aux mesures à  prendre.

Les fabricants de batteries auto se disent menacés, non pas par les importations ou la contrebande, mais par la montée en flèche des exportations de plomb, intrant de base nécessaire à leur activité. «Notre activité est gravement touchée par la pénurie de plomb. Aujourd’hui, nos capacités sont utilisées à moins de 25% et nous risquons un arrêt total de la production», affirme Mohamed Lacham, directeur général d’Afrique Câble, fabricant des batteries Electra, un des trois opérateurs du secteur (les deux autres sont Tecna et Almabat). Un autre industriel rapporte que les chaînes de production s’arrêtent durant une période plus ou moins prolongée. Le fond du problème est que les collecteurs de batteries usagées et de déchets de plomb préfèrent céder le produit de leur collecte à des intermédiaires qui les recyclent et les exportent. Cette catégorie d’intervenants, qui n’existaient pas auparavant, empêchent donc les industriels d’accéder aisément à la matière première car ils sont en mesure d’offrir un meilleur prix aux collecteurs. Si ces intervenants arrivent à payer plus cher, affirment les mêmes sources, c’est parce qu’ils agissent dans l’informel, ne disposent pas de vraies unités de transformation et travaillent dans la pénombre sans la moindre considération ni pour le social ni pour l’environnement. En somme, ils n’ont pas de grosses charges de structures contrairement aux fabricants de batteries qui s’obligent à respecter la législation sur la collecte des matières dangereuses (voir encadré) en investissant dans des équipements adéquats. Afrique Câbles a même aménagé une nouvelle unité de recyclage pour satisfaire ses besoins.

La capacité de production est utilisée à 25%

Le marché local est autour de 700 000 batteries. Il est partagé à parts égales entre les importations et la fabrication locale. Comme les exportations sont pour l’instant négligeables, la capacité de production de l’industrie qui est de l’ordre de 1,5 million d’unités n’est mobilisée qu’à hauteur de 25%. Les opérateurs soutiennent pouvoir aller bien au-delà s’ils disposaient d’une quantité suffisante de matières premières. «Depuis environ 2 ans, nous nous sommes retrouvés progressivement privés de la moitié de la quantité des déchets disponibles, soit 4 000 tonnes», explique un industriel. Malgré tout, les fabricants locaux ne désespèrent pas de redresser la barre en étant plus agressifs à l’export, quitte à importer une partie des matières premières (batteries usagées à recycler). «Nos produits sont d’une qualité irréprochable et font l’unanimité auprès de nos clients», ajoute M. Lacham.

Pour se mettre à niveau afin d’être compétitif à l’étranger et pouvoir répondre convenablement aux attentes de Renault, les trois producteurs ont investit dans une nouvelle technologie de batteries sans entretien. Le montant cumulé dépasse 100 MDH dont la plus grande part est engagée par Afrique Câbles et Tecna.

En amont, ils ont récemment saisi le ministère du commerce et de l’industrie pour mettre fin au recyclage sauvage. «Les équipes du ministère du commerce ont été réactifs et réceptifs à nos doléances. Mais il est impératif de passer à l’action le plus tôt possible parce qu’il y va de la pérennité de notre industrie», prévient un autre producteur.

Les trois industriels ont tenu jeudi 3 octobre une réunion avec le département de l’industrie et du commerce et celui du commerce extérieur pour convenir des actions à entreprendre. Ils souhaitent, entre autres, des mesures concrètes pour réduire le rythme des exportations de batteries usagées, à l’image de ce qu’avaient obtenu les fonderie à propos de la ferraille.