Les extensions et aménagements d’habitats consomment la plus grosse part de ciment

Les extensions, aménagements et travaux d’entretien d’habitats ont absorbé 36.3% des 67.3 millions de tonnes de ciment écoulés entre 2006 et 2010. La construction de logements neufs représente 34.6% de la demande de ciment sur la période. Les infrastructures ont consommé près de 13.7 millions de tonnes, soit 20.3% du total.

A l’opposé de nombreux matériaux de construction, les ventes de ciment font l’objet d’un suivi rigoureux au Maroc. Cela vaut d’ailleurs à ce matériau d’être en première ligne pour le prélèvement de taxes dans le secteur, selon les cimentiers, ce qu’illustre bien la taxe spéciale à laquelle il est soumis. Cependant, si l’on sait combien le marché absorbe de ciment, il n’en est pas de même pour les usages par quantité. Du moins, les statistiques renseignant sur la question n’ont pas fait l’objet d’actualisation depuis quelques années. L’Association professionnelle des cimentiers (APC) va y remédier par le biais d’une étude dont les conclusions seront diffusées dans les semaines à venir.

Cette étude se base sur des coefficients techniques de consommation de ciment (quantité de ciment utilisée par chaque type d’ouvrage) pour évaluer les quantités consommées par chaque secteur et en déduire les affectations du ciment pour la période considérée, soit entre 2006 et 2010. Avec la politique expansionniste d’investissement publique et le rush sur la promotion immobilière, observés sur la période, on aurait pu croire que les logements neufs ou les infrastructures s’imposent comme premiers consommateurs de ciment. Mais étonnamment et d’après les premières indiscrétions, ce sont les travaux sur logements qui occupent la première place. Ceux-ci ont absorbé 24,4 millions de tonnes sur les 67 millions de tonnes de ciment écoulées de 2006 à 2010, soit 36,4%. Mais de quels travaux parle-t-on au juste ? Il s’agit essentiellement des extensions de logements (22,1 millions de tonnes consommées, soit près de 33% du total) et, dans une bien moindre mesure, d’aménagements (0,51%) et de travaux d’entretien (2,90%).

Les travaux publics se sont renforcés dans la consommation de ciment aux dépens du logement

La prédominance des travaux sur le logement est d’autant plus paradoxale qu’ils mobilisent le moins d’investissements de tout le secteur du BTP (autour de 16% de l’investissement total dans le secteur contre 40% par exemple pour la construction de logements neufs). Plus que cela, tous types d’usages confondus, les travaux sont les moins consommateurs de ciment. Selon les données de l’APC, les travaux d’extension consomment en moyenne 15,4 tonnes de ciment par opération quand les aménagements et les travaux d’entretien n’absorbent respectivement que 1,2 tonne et 0,85 tonne par utilisation. A titre de comparaison, un logement consomme en moyenne près de 30 tonnes. De tout cela, il ressort que les travaux doivent leur pole position, en termes de consommation de ciment, à un volume d’opérations très important.

La construction de logements neufs est le deuxième plus important usage du ciment entre 2006 et 2010 avec une consommation de 23,3 millions de tonnes, soit 34,6% du total. Dans le détail, ce sont les maisons marocaines qui tirent la demande de ciment émanant des logements neufs avec 15,1 millions de tonnes consommées ou une part de 22,5% du total. Cette première place s’explique d’une part par le fait que ce type d’unités reste important en volume : il représente actuellement, en termes de production, un logement sur deux au niveau national. Et, d’autre part, de tous les types de logements neufs les maisons marocaines consomment le plus de ciment : 41,1 tonnes par unité en moyenne contre 38,9 tonnes pour les villas ou encore 25,6 tonnes pour les appartements. Suivent les appartements qui ont absorbé 8,82% des quantités de ciment écoulées sur la période. Les maisons rurales, les villas ou encore l’habitat non réglementaire ferment la marche et s’adjugent une part individuelle autour de 1% du total consommé. Il va sans dire que la part de l’habitat informel doit être bien plus importante actuellement, étant donné que, de l’aveu des professionnels, c’est cette demande qui a le plus alimenté la hausse de la consommation de ciment en 2011 (+10%). Tout cela laisse aux infrastructures une part de 20,3% du ciment consommé entre 2006 et 2010, soit 13,6 millions de tonnes absorbées et une part de seulement 8,8% pour les bâtiments d’exploitation (usines etc.), soit 5,9 millions de tonnes consommées. Globalement, la répartition de la consommation du ciment par secteur aura connu des mutations par rapport à la période d’avant 2006. Le logement (travaux et construction) voit sa part baisser de 80% à près de 71%. Les travaux publics progressent de 14% à plus de 20%. Et les bâtiments non résidentiels passent de 6% à 9%.