Les exportations sont de moins en moins compétitives

Leur taux de croissance est inférieur à celui du PIB alors qu’il
y a dix ans c’était l’inverse.
Même sur le marché de l’UE, elles sont moins significatives
que celles de la Tunisie, de la Turquie et de la Malaisie.

Les exportations marocaines, ces cinq dernières années, manquent de vigueur : elles ont enregistré, sur cette période, un niveau de croissance inférieur à la fois à celui d’un certain nombre de pays émergents, concurrents du Maroc, et par rapport à la progression du PIB, relève la DPEG (Direction de la politique économique générale) dans une récente étude consacrée à la compétitivité des exportations marocaines.
Depuis 1997 en effet, le déficit de la balance commerciale n’a cessé de se creuser, sous l’effet de la hausse des importations, dont le taux de croissance annuel moyen est passé de 5,5 % entre 1992/1997 à 6,6 % entre 1998/2003, contre une baisse du rythme de croissance des exportations de 9,3 % à 4 % entre les deux périodes.

Le Maroc est très peu présent sur les 50 produits les plus dynamiques du commerce mondial
Avec un taux de croissance annuel moyen des exportations de seulement 4 %, inférieur à celui du PIB nominal (4,4 %), alors que sur la première moitié de la décennie 90, ces ratios étaient respectivement de 9,3 % et 5,5 %, le taux de couverture des importations par les exportations s’est sensiblement dégradé : 61 % en 2003, contre 73,9 % en 1997, soit une perte de 13 points.
Ce qui est frappant, c’est que les exportations du Maroc ont perdu du terrain y compris sur leur marché de prédilection, celui de l’Union européenne. En 2002, par exemple, la part de marché des exportations manufacturières marocaines sur ce marché était de 0,2 %, contre 0,3% pour la Tunisie, 0,6 % pour la Malaisie, 1 % pour la Turquie, 1,1 % pour la Corée du Sud et 4 % pour la Chine.
Autre indicateur révélateur de la «sous-compétitivité» des exportations du Royaume : sur les 50 premiers produits les plus «dynamiques» du commerce mondial, qui représentent à eux seuls 52 % des exportations manufacturières mondiales, «le Maroc n’est présent que sur quelques produits», lesquels constituent 9 % seulement de l’ensemble des exportations nationales.
Paradoxalement, ces contre-performances sont enregistrées alors même qu’un certain nombre de mesures d’encouragement des exportations ont été prises par les pouvoirs publics : libéralisation des changes, simplification des procédures douanières, financement favorable aux exportations (dégrèvements voire exonérations fiscaux, ajustement de la parité du dirham). Sans parler de l’aubaine pour les exportateurs que constitue l’appréciation de l’euro et, plus généralement, de l’amélioration depuis six ans de la demande étrangère adressée au Maroc. Entre 1990 et 2000, en effet, cette demande a évolué au rythme de 7,6 % par an, contre seulement 3,3 % pour les exportations. On le voit, le gap est immense : 4,3 points ; autant de demande qui n’a pu être satisfaite par les produits marocains. Par comparaison, note la DPEG, un grand nombre de pays émergents ont non seulement couvert mais dépassé, parfois, la demande étrangère qui leur est adressée.
C’est le cas par exemple de la Corée du Sud (grâce, entre autres, à une dévaluation compétitive, il est vrai) et surtout de la Pologne, qui a réalisé des performances remarquables en dépit de l’appréciation de sa monnaie.

80 % des recettes d’exportations proviennent de trois groupes de produits
En fait, si les exportations du Maroc sont moins performantes que celles des pays émergents et souvent directement concurrents, il faut en chercher les causes dans ce qui caractérise le plus ces exportations, à savoir la forte concentration sur l’Union européenne et donc une forte sensibilité à la conjoncture de ce marché. Autre facteur, la prédominance des produits agricoles et donc une vulnérabilité aux fluctuations climatiques comme le montre le recul de la part de ces produits dans les exportations totales de biens (de 34,8 % en 1995 à 22 % en 2002) ; la structure faiblement diversifiée, puisque trois groupes de produits (agriculture et pêche, textile et vêtement, et phosphates et dérivés) procurent près de 80 % des recettes d’exportations de marchandises, ainsi que l’importance des réexportations dans le cadre du régime douanier des admissions temporaires sans paiement puisque, depuis 1998 (date à partir de laquelle l’Office des changes intègre dans ses statistiques relatives au commerce extérieur les données sur les transactions réalisées sous ce régime), ces réexportations ont une part moyenne de 35 % des exportations globales.
En gros, c’est sur ces facteurs-là qu’il y a lieu d’agir si l’on veut donner plus de vigueur aux exportations, d’autant que des difficultés supplémentaires vont bientôt apparaître, comme l’élargissement de l’Union européenne à l’Est à partir du mois prochain (mai 2004), le démantèlement de l’accord multifibre et son remplacement par l’accord sur le textile et le vêtement en 2005, sans parler de la baisse continue des droits de douane…