Les exportations de raisin de table s’essoufflent

Les superficies exploitées ont stagné et la production de la présente campagne sera au mieux égale à celle de la précédente, soit 11 590 tonnes

Le niveau élevé des
coûts de production fragilise la
compétitivité

L’Egypte exportera cette année 50
000 tonnes vers l’Europe.

Lancée en 1996 pour répondre à  un besoin particulier du marché européen (niche étroite), la production de raisin de table précoce destiné à  l’export commence à  s’essouffler.En effet, les superficies sont restées stationnaires (1 200 ha, lemême chiffre que l’année dernière) en raison des résultats commerciaux catastrophiques des quatre dernières campagnes. En 2005-06, les exportations se sont élevées à  11 590 tonnes (contre 133 t en 1996).Mais pour l’année en cours,My Sadik Zoubir, responsable de production chez AgrigaMaroc, prévoit 10 000 à  11 000 t en raison de la baisse de fertilité (10 à  15%du brut).Cependant, si on arrive à  mieux valoriser le produit au niveau de la station (moins d’écarts de triage), il sera possible de maintenir le même niveau d’exportation que celui de la campagne précédente.

Occupant moins de 3% du vignoble marocain (1 200 ha sur un total de 50 200 ha), le raisin de table rapporte chaque année près de 15 MDH, le prix de départ station variant, selon le type de production,de 1,40 euro/kg (15,40DH) sous plastique à  0,80 euro/kg (8,80 DH) pour la production de plein champ et en fin de période.

D’après les données de l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (EACCE), la quasi-totalité de l’export va vers l’Union européenne et près de lamoitié vers leRoyaume- Uni.

Mai à  juillet, une fenêtre très étroite pour l’export

Normalement, la récolte commence entre finmai et début juin et dure aumaximum deux mois et demi.Mais il se produit souvent un retard dû aux conditions climatiques (froid) et, cette année, les exportations commenceront avec au moins 10 jours de retard. Ainsi, sur les superficies couvertes, la récolte commencera la première semaine de juin et pas avant la fin juin pour le reste, signale un producteur. Il faut savoir que toute perte de précocité, principal facteur influant sur les ventes, est catastrophique pour la rentabilité. Cette niche souffre en outre de charges élevées.Ainsi lamise en place d’un hectare de raisin précoce nécessite un investissement dépassant 45 000 DH en plus des frais annuels de l’ordre de 50 000DHdont plus de lamoitié pour lamaind’oeuvre, sans oublier que la production ne commence que deux ans après la plantation. Autre dépense conséquente, le transport qui coûte 3,20 à  4,00 DH/kg selon la destination et le niveau de remplissage du camion frigo.Une expédition par camion de 19 t vers l’Angleterre, à  titre d’exemple, revient entre 5 000 et 5 300 euros (55 000 à  58 000 DH) et 4 200 à  4 600 euros (46 200 à  50 600 DH) pour les autres destinations. S’y ajoutent les problèmes de transit au niveau du port deTanger, de nature à  occasionner des pertes. Parfois, les transporteurs sont tentés d’augmenter leurs tarifs pour compenser le temps d’attente.

Le coût de production est ainsi estimé par l’Association des producteurs et exportateurs de raisins de table (Aspert), entre 5 et 6DHle kilo selon les variétés et 8 à  10DH, transport et emballage compris.

Les exploitants ne sont pas près de s’en sortir d’autant que les intrants sont de plus en plus chers (certains prix sont passés du simple au double).En outre, ils ont du mal à  récupérer laTVA et s’acquittent des droits de douane sur certains produits (engrais foliaires, oligo- éléments, correcteurs de croissance), alors qu’ils devraient en être exonérés. En général, les professionnels déplorent l’absence de l’Etat dans un secteur à  grande valeur ajoutée.

Des conditions de production plus favorables en Egypte

Mais pourMy Sadik Zoubir, le principal danger vient de l’Egypte qui a pris la place duMaroc ou est en train de le faire pour de nombreux produits comme la pomme de terre, les agrumes, le riz.Ainsi, ce pays prévoit d’exporter cette année sur lemarché européen de 45 000 à  50 000 t, soit 4 fois la productionmarocaine alors qu’il est venu sur ce créneau bien après. L’augmentation importante des exportations (30 000 t en 2006) fait suite à  une extension importante des superficies, avec une production d’aussi bonne qualité que celle du Maroc, grâce à  des capitaux des pays du Golfe et des techniciens chiliens et américains. En plus d’un gain de précocité d’une semaine par rapport à  la production locale en raison du climat purementméditerranéen, le coût de production en Egypte est plus faible en raison de l’eau d’irrigation presque gratuite, de l’énergie (50% moins chère qu’au Maroc), de la main-d’oeuvre (3 dollars/ jour pour un ouvrier spécialisé) et des tarifs préférentiels sur le transport aérien.

Les opérateurs regrettent par ailleurs l’effondrement, en 2006, du marché local (1DH/kg sur pied) qui a tiré la rentabilité vers le bas à  tel point que certains d’entre eux cherchent d’autres alternatives, en s’orientant notamment vers le raisin non précoce ou encore en exploitant d’autres cultures de spéculation.