Les équipementiers marocains rattrapés par la crise automobile mondiale

Les professionnels signalent une baisse de production d’au moins 10%
Licenciements, non-reconduction de contrats à  durée déterminée, chômage technique, les premières mesures d’austérité.
Certains opérateurs, néanmoins, rejettent toute idée de crise et évoquent un manque de visibilité.

Les temps sont durs pour les équipementiers marocains dits de «première monte», fournisseurs des constructeurs automobiles. Selon des sources concordantes dans le secteur, la production a chuté d’au moins 10% pour l’ensemble du secteur, de 30 à 40% même dans certaines entreprises. «Comme la quasi-totalité des équipementiers installés au Maroc sont exportateurs, il est logique qu’ils subissent les effets de la crise internationale», explique un professionnel. En effet, les constructeurs anticipent une baisse plus ou moins significative du marché automobile européen. Le groupe Renault prédit un fléchissement des ventes de l’ordre de 8% pour l’année en cours, alors que Fiat annonce un recul de 20% en 2009. Il est donc clair que les commandes de pièces suivront, sauf s’il y a un retournement de tendance.
Précisons quand même que tous les équipementiers ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi, pour ceux qui ne travaillent que pour le marché local -qui se maintient-, la baisse est négligeable. «Dans le cas du montage local, il s’agit d’une baisse habituelle de fin d’année qui n’a rien d’anormal. La Somaca fait moins de stocks de pièces en cette période», explique un équipementier. Néanmoins, les besoins de cette usine de montage restent très marginaux par rapport à la production globale. Seule une douzaine d’équipementiers, parmi la centaine que compte le secteur, travaille pour elle.
Le problème est d’une tout autre nature pour les fournisseurs de pièces destinées à des 4×4, berlines et autres voitures montées à l’étranger. Pour ces derniers, l’équation est plus compliquée. «Ce sont les usines qui n’ont qu’un seul client qui sont particulièrement en danger et qui devront batailler dur pour la conquête de nouveaux marchés», commente Larbi Belarbi, président de l’Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile (Amica). L’Automotive meeting Tanger-Med, qui réunira les grands constructeurs automobiles et les équipementiers, du 13 au 15 novembre à Casablanca (les deux premiers jours) puis à Tanger (le dernier jour), s’inscrit d’ailleurs dans cette optique.

Des produits bradés avec des rabais de 30%
Pour le moment, nombre d’entreprises ont mis en œuvre un plan de réduction des coûts pour tenter de résister à la crise. Certains équipementiers ont même commencé à licencier. Tous les responsables contactés ont refusé de donner des précisions sur l’évolution de leurs effectifs. Mais, selon des cadres supérieurs très au fait de la situation du secteur, on comptabilise au moins 2 000 suppressions d’emplois. Un professionnel considère, pour sa part, que ces pertes d’emploi sont liées à «des contrats à durée déterminée non renouvelés», tandis qu’un consultant les explique par le non-remplacement des ouvriers démissionnaires, dont le nombre est évalué à 150 par mois. En l’absence d’une enquête officielle, ces chiffres sont à prendre avec précaution. Etrangement, ce mouvement passe inaperçu dans un secteur qui emploie 50 000 personnes. «Les entreprises hésitent encore à dégraisser car elles n’ont pas suffisamment de visibilité quant à une éventuelle reprise. Par conséquent, elles ne voudraient pas se retrouver en manque de main- d’œuvre, sachant que le marché du travail était tendu jusqu’à récemment», tempère Ali Moamah, président d’honneur de l’Amica et patron de Sinfa. C’est pourquoi nombre d’entreprises préfèrent, dans un premier temps, réaménager leurs horaires de production ou prévoient des journées de «chômage technique».

Les équipementiers intéressés par le projet de Renault maintiennent leurs investissements
Dans le même sens, certains fabricants de câblages en sont arrivés à brader leurs produits avec des rabais de 30%. «On se serre la ceinture comme on peut», confie un haut cadre d’une entreprise tangéroise.
Une question se pose dans un tel contexte : les investissements de l’industrie automobile dans la zone franche de Tanger sont-ils toujours d’actualité ? «Nous pouvons apporter une réponse à ces problèmes et le Maroc peut devenir une zone de refuge pour sauver les investissements européens», analyse Jamal Mikou, directeur de Tanger Free Zone (TFZ). A l’en croire, cette zone ne subit aucun ralentissement de son activité et tous les équipementiers qui suivent le projet Renault Nissan sont en pleins préparatifs pour leurs implantations.
Les spéculations vont donc bon train dans les milieux spécialisés et personne ne se risque à contredire la thèse officielle : le projet Renault Nissan sera bien concrétisé dans les délais. C’est le cas des importateurs qui s’accordent à affirmer que l’avenir appartiendra aux voitures «low-cost», plus adaptées aux revenus des ménages, surtout en temps de crise. M. Moamah abonde dans le même sens, soulignant que la Dacia Logan sera «la carte maîtresse dans l’avenir»… pour son constructeur, évidemment, et pour le Maroc qui abritera un grand site de montage.