Les équipementiers automobiles dans la tourmente

Les plus touchés, ceux tournés exclusivement vers l’export : leur chiffre d’affaires a chuté de moitié.
Certains ont réduit le temps de travail, d’autres ont dû dégraisser…
La demande domestique est soutenue par le bon comportement du montage local.

Les équipementiers automobiles nationaux ou étrangers installés au Maroc comme à Tanger free zone (TFZ) ne pouvaient pas échapper au marasme. Ils sont sans doute parmi les secteurs les plus touchés du fait qu’ils sont directement liés à un autre secteur, celui de l’automobile, qui a été le plus sinistré à l’échelle mondiale. Les équipementiers marocains l’ont nettement ressenti  et les chiffres des exportations de pièces automobiles pour les trois premiers mois de 2009 en comparaison avec les mêmes mois en 2008 ne laissent place à aucun doute : en janvier, elles ont totalisé  663,7 MDH contre 1,26 milliard en 2008. En février, elles ont dégringolé de 57% à 642,7 MDH. Cette tendance est confirmée en mars qui affiche 694 MDH au lieu de 1,213 milliard pour le même mois de 2008, soit une chute de 43%. Comparé à l’année précédente, le chiffre d’affaires du premier trimestre, au final, a été divisé par deux.
Sans citer de chiffre précis, plusieurs professionnels du secteur, contactés par La Vie éco, confirment que cette baisse n’est pas loin des 50%, même si cela varie en fonction des modèles et des constructeurs qui ont essuyé, à des degrés divers, les retombées de la crise.
Ali Moamah, président de Sinfa, groupe spécialisé dans la fabrication des faisceaux et des filtres, plante le décor. Pour lui, le marché local n’a pas subi une baisse de régime dans la mesure où le rythme d’assemblage au Maroc n’a pas connu de bouleversement ou très peu. «Nous assurons les besoins de près de 40 000 véhicules avec un taux d’intégration de l’ordre de 40% et, en ce début d’année, je n’ai pas ressenti de ralentissement notable de la demande. Mais à l’international, la baisse dépasse les 40%, selon les modèles et les constructeurs», renseigne-t-il. Selon l’ancien président de l’Association marocaine des industriels et carrossiers automobiles (Amica), c’est au niveau des différentes catégories des camions que le ralentissement de la demande international est le plus ressenti. Le sentiment d’Ali Moamah est partagé par Mohamed Ouzif, Dg de l’Amica, qui note que l’export absorbe entre 60 et 70% de la fabrication de l’équipement automobile qui se fait au Maroc.
Même son de cloche chez Etienne Biltguen qui dirige le groupe Marocain Siprof. L’entreprise a deux lignes de production au Maroc : une usine de fabrication de plaquettes de freins qui emploie 185 personnes à Berrechid et une deuxième unité spécialisée dans les embrayages à Tanger avec un effectif de près de 90 personnes. La production qui est adressée à 50% au marché local n’a connu qu’une baisse de 5%. Dans le même temps, il constate que la demande sur l’Europe a baissé au moins de 25 à 30%, selon les cas. «Un client anglais a tout simplement mis la clé sous le paillasson. Heureusement, nous étions assurés contre le risque. Et la crise va durer, à mon avis, surtout quand on voit qu’il y a eu à ce jour 800 faillites dans le transport, rien qu’en France. Ceux qui parlent de reprise en 2009 se trompent lourdement car les échos que nous avons de nos clients parlent plutôt de 2010 voire pas avant 2011», se lamente-t-il. Le secteur qui emploie 30 000 personnes est donc dans l’impossibilité d’atteindre le chiffre d’affaires global de 14 milliards de DH réalisé en 2008, dont 60 à 70% destinés à l’export.

Réductions d’effectifs… et perte du soutien de l’Etat
A TFZ, les témoignages recueillis diffèrent peu de ceux qui sont recueillis auprès d’autres industriels, à quelques variantes près liées au fait que les entreprises qui y sont implantées sont orientées entièrement à l’export. Pour Bouchaïb Barhoumy, Dg de Yazaki Morocco, filiale d’un groupe nippon leader mondial, jamais pareille secousse n’a été enregistrée depuis l’installation de l’unité en 2001. Il se confie volontiers à ce sujet : «Nous employons 3 300 personnes sans compter les 400 autres qui sous-traitent pour nous. Notre spécialité est le câblage électrique et à partir d’octobre – novembre 2008 l’effet du ralentissement a commencé à se profiler avec une baisse de 20% de nos commandes. Cela s’est confirmé en janvier et février 2009. Cependant, depuis mars, nous sentons un début de reprise». Dans la foulée, M. Barhoumy affirme que son groupe vient de recruter Jaguar comme client et cela est de nature à «booster» le carnet de commandes. Des 400 000 heures de travail par mois, Yazaki était redescendu à 280 000 avant de remonter la pente.
Par ailleurs, il se félicite des mesures prises par le gouvernement marocain, qu’il s’agisse des charges patronales de la CNSS reversées à l’entreprise et dont Yazaki a reçu le remboursement de ces charges, au titre des deux premiers mois de 2009. Même s’il explique que son entreprise n’a pas bénéficié du financement des 80% des frais de prospection de nouveaux marchés, il s’en félicite tout comme de la réduction des frais d’assurance sur le risque commercial ramenés à 0,3% au lieu de 0,7% et 1 %, selon les cas.
Polydesign Systems, entreprise spécialisée dans les coiffe des sièges, les leviers de vitesse et les pièces en plastique, est également implantée à TFZ et employait 620 personnes. Elle a dû réduire son personnel à 480 personnes et c’est pour cette raison qu’elle ne bénéficie plus du reversement des charges patronales. Azzeddine Tika, un des responsables de Polydesign Systems, explique que la décision de dégraisser a été dictée par une conjoncture très dure. «L’usine de Honda en Angleterre qui absorbait le tiers de notre production a fermé pendant 4 mois. Elle vient de rouvrir en ce mois de juin mais  son rythme est encore très lent. Nous ne pouvions pas continuer à supporter les charges. Et je peux vous dire que ce genre de décisions est très douloureux d’autant plus que nous avions une partie du personnel que nous avions formé nous mêmes». Mais pour l’heure et malgré quelques premières éclaircies, les industriels ne s’emballent pas pour autant. Il faudra certainement plusieurs mois pour que la machine redémarre véritablement.