Les entreprises marocaines réalisent une marge opérationnelle confortable

Le taux de marge des entreprises non financières est de 65% contre 58%, il y a dix ans, beaucoup plus qu’en Europe. Les actionnaires sont choyés au détriment de l’épargne. Les besoins de financement ont pourtant beaucoup augmenté ces dernières années.

Malgré la crise ambiante, les entreprises marocaines, globalement, ont une rentabilité élevée et en croissance continue. Et c’est à la fois vrai pour les entreprises produisant des biens et services non financiers (appelées “sociétés non financières” dans le jargon de la comptabilité nationale) et les entreprises financières.

Pour les premières, le taux de marge est autour de 65%, contre 58% il y a dix ans. Pendant ce temps, les entreprises françaises, à titre d’exemple, ont vu leur taux de marge en 2011 baisser à 28,6%, le plus bas niveau depuis 25 ans. En Allemagne, le taux de marge est de 34,4%, et dans la zone euro il culmine à 38,3%. Avant la crise apparue en 2008, le taux de marge était de 31,2% en France, de 41,4% en Allemagne et de 40% dans la zone euro. Il y a donc un recul pour tous. En face, les entreprises marocaines affichent une rentabilité très confortable.

Les sociétés financières, elles, réalisent des marges encore plus confortables, dépassant les 70% depuis 2005, avant de refluer très légèrement à partir de 2009 pour se situer à 68% (la marge est entendue ici comme la différence entre les produits d’exploitation et les charges d’exploitation, ou le rapport entre l’excédent brut d’exploitation et la valeur ajoutée).

Grâce à ces niveaux extrêmement élevés de rentabilité, les entreprises marocaines non financières peuvent rémunérer leurs actionnaires et créanciers et, au bout, dégager une épargne assez conséquente. Même si ces dernières années le taux d’épargne a baissé jusqu’à 27,2% en 2009, il est resté globalement supérieur à 30% depuis 2001. En France, le taux d’épargne de la même catégorie d’entreprises est autour de 15%, et ce, depuis près de dix ans.
Globalement, cette épargne permet de financer, suivant les années, entre 56% et 72% des investissements opérés.

Le taux d’investissement est tombé de 49,5% à 41,4% entre 2008 et 2010

La question est de savoir, si compte tenu du niveau très élevé des marges réalisées, une épargne plus importante n’aurait pas pu être dégagée pour garantir un taux d’autofinancement supérieur à celui qui est réalisé et, ainsi, réduire les besoins de financement qui ont augmenté ces dernières années en raison de l’augmentation significative des investissements. Le taux d’investissement (rapport entre la formation brute du capital fixe et la valeur ajoutée) est en effet passé de 34,6% en 2001 à 49,5% en 2008 avant de reculer à 41,4 % en 2010.

En fait, l’examen du compte d’affectation des revenus primaires des sociétés non financières (constitué de l’excédent brut d’exploitation et des revenus de la propriété, en ressources) permet de constater que celles-ci, en emplois, distribuent énormément de revenus.

En 2010, par exemple, elles ont distribué plus de 35 milliards de DH de revenus et en ont reçu 13,8 milliards, soit un solde net de 21,2 milliards de DH ou 10,1% de l’excédent brut d’exploitation (EBE). En 2007, ce solde était de 11,5 milliards de DH ! On ne dispose pas de statistiques désagrégées pour connaître la composition de ces revenus distribués mais en gros, il s’agit de dividendes, comme c’est d’ailleurs le cas en France, pour rester sur cette exemple.

Le gap entre l’épargne et l’investissement des entreprises non financières est très élevé

En  valeur, les revenus distribués, de 1998 à 2007, ont toujours été supérieurs aux impôts courants sur le revenu (comme l’IS) et le patrimoine, acquittés par les sociétés non financières. 2008 fut l’exception avec des impôts culminant à 42,3 milliards de DH et des revenus distribués de 25,6 milliards de DH. Les années suivantes, les deux valeurs ont évolué à peu près au même rythme. Il faut juste préciser ici que les dividendes distribués par les sociétés non financières en Europe, et singulièrement en Allemagne, sont beaucoup plus importants : cela pouvait atteindre jusqu’à  25% de l’EBE, et en flux nets (ce qui est distribué moins ce qui est reçu). L’explication souvent donnée à  l’accroissement des dividendes distribués en Europe notamment tiendrait au fait que, de plus en plus, des investisseurs institutionnels (fonds de pension, compagnies d’assurances…) sont présents dans ces entreprises et exigent des rendements élevés. Cette question est d’ailleurs devenue aujourd’hui un sujet qui fâche, notamment depuis l’apparition de la crise en Europe. La finance est sans cesse vilipendée, rendue responsable des difficultés que connaissent les entreprises.

Les entreprises marocaines ne sont pas (ou pas encore) dans cette configuration. Il n’empêche qu’au regard de leur marge bénéficiaire, leur taux d’épargne demeure faible. Le gap entre l’épargne et l’investissement pour les entreprises non financières dépasse aujourd’hui 10 points de la valeur ajoutée.