Les entreprises de charcuterie dénoncent la concurrence déloyale de Sapak

Elles l’accusent de casser les prix pour les affaiblir
La hausse du prix des matières premières ne leur permet pas de s’aligner
Le marché structuré tend vers un quasi-monopole de cette société propriétaire de la marque Koutoubia.

Les temps sont durs pour les entreprises de charcuterie. Elles se voient grignoter leurs parts de marché par le leader et la concurrence artisanale et ne peuvent réagir en raison de marges trop réduites.

Leur problème résulte principalement du fait que «l’augmentation du coût des intrants, notamment le maïs, l’huile et la fécule de pomme de terre, n’a pas été répercutée sur les prix de vente au consommateur en raison de la faiblesse du pouvoir d’achat.

Par conséquent, les entreprises structurées qui ont beaucoup investi se trouvent affaiblies», expliquent les responsables de Banchereau Maroc, filiale du groupe français éponyme et propriétaire de la marque Calida.

Ils tiennent cependant à souligner que «leurs difficultés ont même commencé dès la fin 2006 en raison de la faible progression de la demande, mais surtout de l’importance des produits artisanaux».

L’essentiel de la demande est orienté sur le bas de gamme
Ce point de vue est partagé par un autre opérateur du secteur qui dénonce l’ampleur de la production artisanale qui représente, à son avis, entre 70 et 75% du marché.

Et cela apparaît, explique-t-on dans le secteur, au niveau de l’offre, qui porte essentiellement sur les produits d’entrée de gamme (mortadelle et saucisson), largement commercialisés dans les épiceries et les laiteries.

Dès lors, les produits moyen et haut de gamme fabriqués par ces entreprises structurées, et distribués principalement dans les grandes surfaces (notamment au rayon découpe) et certaines grandes laiteries, n’arrivent pas à percer en raison de leur coût.

Le prix du kilo varie entre 60 et 100 DH contre 20 DH pour les entrées de gamme qui constituent aussi, selon plusieurs opérateurs du secteur, le fonds de commerce de Sapak (marque Koutoubia et 2000 entre autres) qui contrôle au moins 60 % du marché structuré.

Dans le secteur, beaucoup mettent en avant la tendance vers un quasi-monopole de cette société accusée de «casser les prix à chaque fois qu’un nouvel opérateur pénètre le marché afin de l’affaiblir».

Pire, certains vont même jusqu’à affirmer qu’en l’absence de normes précises en matière d’apport protéique, le leader se permet certains écarts, en augmentant par exemple la proportion de fécule et en baissant celle de viande de dinde, ce qui lui permet de pouvoir baisser ses prix. Les dirigeants de Sapak, dont nous avons sollicité l’avis sont restés injoignables à ce sujet malgré nos multiples relances.

Concurrence déloyale -qui reste à prouver-, érosion des marges et rôle du secteur informel ont en tout cas affaibli les entreprises structurées. Ainsi, Banchereau, implanté au Maroc depuis 2006 seulement, est bel et bien en proie à des difficultés, même si, selon ses dirigeants, il a augmenté sa production de 18 % en 2007 et réalisé un chiffre d’affaires de 20 MDH durant cet exercice.

Dans le secteur, des sources bien informées avancent que ses propriétaires seraient vendeurs. L’information n’est ni confirmée ni infirmée par la direction générale qui se contente de dire qu’elle «cherche des solutions pour sortir de la crise».

Les solutions porteraient, dit-on, sur des partenariats ou encore sur la concentration de l’activité sur les produits haut de gamme, créneau sur lequel l’entreprise est déjà présente. Dans la conjoncture actuelle, l’idée est de renforcer ce positionnement en développant des produits beaucoup plus élaborés.

Apparemment, les dirigeants ne veulent pas baisser les bras et prévoient d’investir dans l’extension de l’usine en 2009. Déjà, une demande d’agrément pour le lancement de ses nouveaux produits est déposée au ministère de l’agriculture.

Les difficultés financières s’accumulent

Eldin, propriétaire de la marque Dindy, et deuxième opérateur du secteur avec 10 % de parts de marché, n’est pas mieux loti. Auprès de cette entreprise, qui a récemment ramené son capital de 33 MDH à 3,5 millions pour éponger les pertes cumulées, on invoque également le coût des matières premières.

Cette entreprise a pourtant investi 120 MDH en trois ans pour porter sa capacité de production de deux tonnes en 2005 à dix en 2010. En dehors de la concurrence et des problèmes conjoncturels, elle subit les contrecoups de cet effort d’investissement, notamment celui de 2007, financé en grande partie par endettement, une option qui a obéré l’excédent brut d’exploitation.

Dans un futur proche, Eldin pourra sans doute faire valoir sa certification à la nouvelle norme de sécurité et d’hygiène alimentaires Iso 22 000 – le processus est en cours -, la première du genre dans le secteur, mais le consommateur est-il sensible à ce genre d’arguments ?

Quant à Foodis, la filiale du groupe Amhal (marque Nadra), elle est en passe d’arrêter sa production, murmure-t-on dans la profession. Interrogés sur ce dossier, ses responsables indiquent «ne pas vouloir s’exprimer sur la question». Mais il est certain que l’entreprise n’est pas mieux lotie que les deux précédentes.