Les élections ont rapporté 75 MDH aux imprimeurs en six jours !

Les candidats ont déboursé 63 MDH, à  raison d’un budget moyen de 40 000 DH pour chaque liste. 12 autres millions de DH ont été supportés par l’Intérieur pour les bulletins de vote et supports de sensibilisation. Le marché a surtout profité aux petites imprimeries.

Les candidats élus lors des législatives du 25 novembre n’ont pas été les seuls heureux de cette échéance. Les imprimeurs ont également tiré profit des élections. Bien que la campagne électorale ne dure que quelques jours, les machines de la plupart de ces industriels ont tourné à fond pour produire tracts, affiches, flyers et tout support papier commandés par les candidats, car malgré le développement des technologies de l’information, cette matière reste l’outil le plus utilisé dans ces circonstances, pour une communication de proximité avec les citoyens.
Tous les candidats ont eu recours à l’impression en grandes quantités de ces supports de communication, mais les moyens consacrés à cette opération varient en fonction des capacités financières. Il y en a qui ont mis beaucoup d’argent pour couvrir les besoins de leurs circonscriptions, qui s’étendent géographiquement sur de grandes superficies. Des candidats ont réservé un budget allant jusqu’à 300 000 DH, tandis que d’autres ont travaillé avec les moyens de bord, à l’instar d’un jeune candidat de Tata qui s’est limité à photocopier ses tracts en noir et blanc. Mais, généralement, et selon les estimations des imprimeurs qui travaillent dans ce genre d’opérations, la moyenne du budget alloué par chaque liste est de 40 000 DH. Autrement dit, le marché des imprimeurs durant la campagne électorale a tourné autour de 75 MDH.
En effet, outre les 63 MDH déboursés par les candidats, le ministère de l’intérieur a supporté 12 MDH de frais d’impression des bulletins de vote et de tous les supports papier qui ont servi à la sensibilisation et à la mobilisation des citoyens pour participer à ces législatives.
Le département de l’intérieur a confié ce marché à une demi-douzaine de grandes entreprises. Mais cette activité ponctuelle ne représente pas grand-chose pour cette catégorie d’imprimeurs. Et pour cause, «la demande porte essentiellement sur les dépliants et tracts dont la fabrication ne nécessite pas des machines sophistiquées, mais seulement des imprimantes offset», explique un imprimeur. Il y a aussi une autre raison : les grands opérateurs ont des contrats de taille sur toute l’année avec de gros clients. «On ne peut arrêter une grosse commande d’un client régulier pour réaliser un marché saisonnier», souligne le patron d’une imprimerie.

Une bouffée d’oxygène pour un secteur en crise

La campagne électorale reste cependant une aubaine pour les petits imprimeurs qui pèsent, en nombre, le plus dans le secteur. Celui-ci compte en effet entre 650 et 750 entreprises, dont 80% de petites structures. Et une grande partie de celles-ci sont à la limite du formel ; beaucoup sont logées dans de petits locaux et équipées de petites machines. «En raison de l’urgence de la commande, les candidats préfèrent s’adresser à l’imprimeur du coin pour qu’ils soient livrés rapidement, même si cela se fait au détriment de la qualité», souligne un professionnel.
Pour respecter les délais, «la plupart des sociétés d’impression suspendent la fabrication de leurs commandes ordinaires pour imprimer exclusivement les tracts en tournant 24h/24», confie ce jeune technicien dans une entreprise de presse qui, en cette campagne, prend 10 jours de congé pour travailler en freelance avec une imprimerie à Casablanca.
En cette période de fin d’année, ce sont donc les commandes de calendriers, cartes de vœux et autres documents liés au Nouvel An qui ont dû attendre. Et il y a de quoi car le marché des élections est une véritable aubaine. Contrairement aux opérations ordinaires où le délai de paiement va habituellement jusqu’à 90 jours, voir plus, ces clients saisonniers paient cash et souvent sans facture pour cacher les dépassements de budget autorisé. Ce qui explique, comme le précise un professionnel, qu’une «grande partie de ce business n’est pas déclarée».  Quoi qu’il en soit, cette opportunité vient à point nommé. Le secteur a traversé une année 2011 difficile. «En crise, les entreprises ont tendance à faire des économies et c’est dans le budget de la communication et de la publicité où elles commencent à tailler», déplore Ali Chérif Alami, président de l’Association des importateurs et distributeurs de papier et carton. De l’avis des professionnels, l’activité de l’impression et du papier, estimée à 1,5 milliard de DH par an, est actuellement en chute de 15%. Cette campagne permettrait en fin de compte de limiter la baisse du chiffre d’affaires du secteur.