Les écosystèmes bien partis pour faire redécoller l’industrie

Les objectifs en termes d’investissements et de création d’emplois sont en train d’être atteints. Le chiffre d’affaires à l’export de plusieurs filières affiche une bonne croissance. Les écosystèmes les plus avancés affichent des taux d’intégration industrielle en constante amélioration.

L’industrie change de visage ! L’assertion est partagée avec conviction par plusieurs opérateurs de diverses filières industrielles. Pour eux, le secteur bouge réellement et la dynamique enclenchée par le Plan d’accélération industrielle 2014-2020 est partie pour durer.

Dans les faits, depuis le lancement du PAI il y a deux ans et huit mois, les annonces de nouveaux projets, extensions d’unités industrielles, zones dédiées, instituts de formation, partenariats, offres de financement…ne faiblissent pas. Selon le ministère du commerce et de l’industrie, une démarche scientifique a été retenue pour arrêter les différents objectifs (volume d’investissement, emplois, exportations, et taux d’intégration) du PAI. «En résumé, l’idée qui a soutenu tout le plan d’accélération industrielle était l’intégration d’un tissu fragmenté pour créer plus de valeur et partant plus d’emplois. Pour ce faire, les écosystèmes, concept qui a fait ses preuves à l’international, ont été choisis en tant qu’outil de déploiement opérationnel du plan», explique une source autorisée au ministère. Elle note que leur finalité est de renforcer les chaînes de valeur et rehausser la compétitivité du tissu industriel. Autre atout de ce concept, son pouvoir d’enraciner et de localiser durablement la richesse. «En installant les fournisseurs de 1er et deuxième rangs autour des gros investisseurs, il devient difficile pour ces derniers de changer de pays», analyse notre source. Ceci est primordial pour empêcher des scénarios de désindustrialisation futurs, comme ce fut le cas dans plusieurs pays, y compris au Maroc. Selon le ministère, le travail de base a consisté à recenser dans un premier temps les chaînons manquants qui empêchent les chaînes de valeur de performer et les acteurs d’être compétitifs. Le but est de permettre ainsi aux différentes filières de monter en puissance. Cette manière de faire a permis d’établir un cahier des charges pour cibler les métiers à attirer, notamment ceux pionniers (qui n’existent pas jusqu’ici) et d’autres qui nécessitent un effort de consolidation pour améliorer leur présence. Puis, le second volet a consisté à identifier les besoins des opérateurs et y répondre grâce à des mesures d’aides et d’accompagnement de la part des pouvoirs publics.

170 000 emplois d’ores et déjà contractualisés

Où en est-on aujourd’hui dans cette manière de faire dite «d’écosystèmes» ? Déjà, force est de constater que la majorité des secteurs industriels, notamment les gros pourvoyeurs d’emplois, ont été dotés de feuilles de route précises, élaborées avec l’implication des fédérations sectorielles. «Le grand mérite de ces feuilles est de donner de la visibilité et responsabiliser les acteurs quant à l’atteinte des objectifs arrêtés, étant donné que la majorité des industriels aspirent aux aides étatiques prévues par le Fonds de développement industriel», souligne notre source. Elle ajoute que l’objectif du ministère était de doter tous les secteurs de plans avant la fin de 2016. «Chose quasi faite puisque aujourd’hui seule une poignée de secteurs n’en a pas encore», se félicite-t-on au ministère du commerce et de l’industrie.

Plus concrètement, au 20 décembre, la démarche collaborative de lancement des écosystèmes industriels a permis la structuration de 12 secteurs en 44 écosystèmes engageant les opérateurs, via des contrats de performance, à créer 250 000 emplois durant les deux premières années d’exécution de la stratégie (50% de l’objectif fixé). «Sur ces 250 000, 170 000 ont d’ores et déjà été contractualisés dans des projets concrets d’investissements opérationnels ou en cours d’accomplissement», assure notre source. Le reste sera pourvu par des projets en cours de gestation mais sur lesquels les opérateurs se sont déjà engagés.

Côté exportations, les filières structurées jusqu’ici se sont engagées sur un chiffre d’affaires additionnel global de 132 milliards de DH. Ce qui aura un effet significatif sur la balance commerciale. Citant les derniers chiffres de l’Office des changes, le responsable du ministère remarque que la majorité des secteurs réalisent des croissances correctes, parfois à deux chiffres. «Même le textile et l’électronique qui souffraient de ralentissement se ressaisissent», nuance-t-il. A ce titre, le développement du sourcing notamment avec l’engagement de tous les gros investisseurs d’acheter localement un volume annuel (par exemple pour PSA et Boeing, le contrat de sourcing tourne autour de 1 milliard d’euros par an chacun, celui de Renault dépasse les 2 milliards) a un double effet à la fois sur la balance des paiements et l’intégration en profondeur des filières. Cette dernière, de l’avis du responsable du ministère, s’est améliorée d’une manière soutenue pour les secteurs qui ont été les premiers à se structurer en écosystèmes, notamment l’automobile, l’aéronautique et le textile dans une moindre mesure. «L’exemple de l’industrie automobile qui a vu son taux d’intégration passer de 25% à 33% aujourd’hui doit servir de benchmark pour inspirer les autres secteurs», s’accordent à affirmer les responsables du ministère et de l’Amica. Ce secteur génère 17 milliards de DH de richesse localisée (sur 53 milliards de DH d’exportations).

17,3 milliards de DH de soutien public engagés ou sécurisés

En contrepartie de la réalisation par les opérateurs des objectifs de création d’emplois, d’exportations et de profondeur d’intégration, l’Etat a mobilisé, en tant qu’appui financier aux opérateurs des écosystèmes, 17,3 milliards de DH sur les deux premières années, un montant qui sera déboursé au fur et à mesure. 24% de ces fonds sont destinés à l’appui des PME (à travers les actions de Maroc PME), 24% aux grands projets (subventions à destination des investisseurs locomoteurs) et 52% sont réservés aux écosystèmes portés par les fédérations professionnelles (financement des structures d’animation). «Ces fonds sont utilisés selon la demande des opérateurs, premier venu premier servi. Les acteurs des filières qui viennent de signer des contrats avec le ministère peuvent présenter leurs dossiers pour se faire rembourser leurs dépenses d’investissements à partir de janvier 2017», informe notre source.

Sur le plan des ressources humaines, un plan de formation précis et complet a été élaboré par le ministère. «Pour la première fois, l’industrie dispose d’un document qui recense les besoins par filière et par spécialité sur différents horizons temporels du PAI», souligne le responsable.

En matière d’accès au foncier, les 1 100 hectares de foncier industriel prévus dans le plan initialement sont aujourd’hui prêts pour les opérateurs en tenant compte des spécificités régionales et sectorielles. «Nous avons achevé les démarches avec les équipes des Domaines et des Habous». De plus, le ministère annonce qu’une étude est en cours pour la mise en place d’une offre locative sur mesure pour les industriels dans les différentes régions et dont les détails seront divulgués incessamment.

Ces réalisations font dire aux responsables du ministère que l’industrie s’est engagée dans une dynamique de progrès irréversible. «Par le déploiement du PAI, le pays se hisse à une nouvelle étape d’accélération industrielle qui sera durablement soutenue», soutiennent-ils. Mais est-ce que cette dynamique est générale à toutes les filières signataires des contrats de performance ? Focus sur le déploiement des écosystèmes par secteur :

Automobile

Le secteur, premier à avoir signé ses contrats de performance, est le plus avancé dans la réalisation des objectifs arrêtés à l’horizon 2020, d’après les professionnels et le ministère. «Nous avons atteint, voire dépassé nos engagements, et ce, sur les différentes rubriques notamment l’emploi, les exportations et l’intégration industrielle», affirme Hakim Abdelmoumen, président de l’AMICA. Aujourd’hui, la structure d’animation déjà opérationnelle depuis plusieurs mois travaille sur les métiers qui restent à localiser. Le projet PSA et l’écosystème Renault récemment mis en place vont accélérer l’intégration pour arriver au taux de 65% projeté en 2020.

Aéronautique

Très dynamique en matière d’attrait de nouveaux investisseurs et de projets d’extension ( Bombardier,Stelia, Alcoa, Hexcel, STTS…), le secteur monte en puissance et est en ligne avec les objectifs des contrats de performance, selon le ministère. L’industrie aéronautique va se transformer définitivement grâce à l’écosystème Boeing qui vient d’être mis en place. 120 nouveaux acteurs vont s’ajouter à la centaine que compte le secteur aujourd’hui sur des métiers hautement qualifiés. Selon des sources du Gimas, les démarches pour localiser ces nouveaux opérateurs sont en cours avec Boeing. L’avionneur incite ses fournisseurs à s’installer au Maroc pour répondre à ses commandes. Pour rappel, Boeing s’est engagé sur un objectif de 1 milliard d’euros d’achats dans le cadre du sourcing local. Les locaux ne peuvent pas répondre à ce volume actuellement.

Textile

Le secteur est en plein repositionnement stratégique sur les filières où le Maroc a des avantages comparatifs. D’après le ministère, depuis la signature des premiers contrats de performance début 2015, une vraie dynamique d’investissement a été enclenchée avec à la clé 36 projets portés par les acteurs déjà en activité dans le secteur pour 1,14 milliard de DH d’investissements censés créer 20 000 emplois. Mohamed Tazi, DG de l’AMITH, assure qu’en quelques mois le secteur a engagé plus de projets d’investissements qu’il a fait en trois ans. «La dynamique de relance est très visible, en particulier à l’export. Le marché local étant toujours en ralentissement», assure-t-il. Ce dernier informe que les opérateurs s’activent pour réaliser les 6 à 8% de croissance du chiffre d’affaires à l’export, qui garantissent les objectifs de création d’emplois sur lesquels les opérateurs se sont engagés.

Ecosystème OCP

L’OCP est en train de restructurer son écosystème industriel avec un double objectif : plus de compétitivité et plus de localisation autour des sites du groupe. Des PME sont de plus en plus impliquées dans les marchés du groupe. L’emploi local est également dynamisé. Pour rappel, le phosphatier a consacré 50 milliards de DH qu’il a commencé à investir depuis 2014. Une galaxie de PME spécialisées dans les équipements miniers devrait évoluer autour du groupe dans les régions où ce dernier est présent, notamment Khouribga, Jorf Lasfar et Lâayoune, pour fonctionner dans le cadre d’un écosystème intégré. A terme, ce hub constituerait une plateforme d’exportation, notamment vers les pays d’Afrique. L’objectif étant de constituer des filières technologiques performantes, travaillant sur des programmes ciblés. Selon le ministère de l’industrie et du commerce, l’écosystème est en marche et devrait générer à terme 100 000 emplois, soit 20% des objectifs de la stratégie d’accélération industrielle.

Poids lourds et carrosserie

Structuré en écosystèmes depuis juillet 2015, le secteur est aujourd’hui en stand-by dans l’attente de l’adoption des mesures réglementaires qui étaient retenues comme préalable pour l’exécution des contrats de performance, notamment l’arrêt de circulation des véhicules de plus de 20 ans. Selon Adil Zaidi, président du GPLC, les ministères du commerce et de l’industrie et des transports sont en train de travailler sur les mesures techniques et le cadre réglementaire. En attendant, M. Zaidi informe que les choses se mettent en place doucement. La structure d’animation censée porter les actions des professionnels est en cours de mise en place. Pour rappel, la profession s’est engagée à l’horizon 2020 à porter l’effectif du secteur à 24 000 employés et la production annuelle à 34500 unités (contre 6 000 en 2014) dont 30% seront destinés à l’export. Elle s’engage aussi à contribuer au PIB à hauteur de 8 milliards de DH et à réaliser 6 milliards de DH à l’export.

Offshoring

Selon Youssef Chraibi, président de l’Association marocaine de la relation client, la structure d’animation est en cours de constitution. Les opérateurs ont arrêté un plan d’action précis qui comprend différents types d’actions, notamment la communication, la promotion, la formation et d’autres détails opérationnels. Selon la source autorisée du ministère, l’effort se fait aujourd’hui avec les opérateurs du secteur sur le volet de la formation. M. Chraibi assure que les objectifs du contrat de performance sont ambitieux mais réalisables. Il ajoute que le contexte du secteur est très favorable (l’activité Offshoring est en hausse de 15% à fin septembre) et que les signaux positifs donnés par les pouvoirs publics pour accompagner les opérateurs ont permis d’encourager plusieurs nouvelles installations et extensions dans le secteur (Outsourcia, Sofrecom, Intelcia…).

Les responsables des fédérations sectorielles des autres secteurs structurés en écosystèmes, en l’occurence les matériaux de construction, la plasturgie, les IMME, la chimie, et le pharmaceutique affirment qu’ils sont toujours au stade de mise en place des structures d’animation des écosystèmes. Pour la majorité, ce travail devra prendre fin au premier trimestre 2017. Ils rapportent que les opérateurs sont en train de mettre les bouchées doubles pour pouvoir bénéficier des subventions et des actions d’accompagnement prévus dans le cadre des contrats avec le ministère.