Les détails du plan d’aménagement

Les trois points-clés du plan : réduction de l’effort de pêche
de 50 %, quota fixe pour les bateaux de pêche hauturière, limitation
à 2 500 des barques artisanales…

Suspendue depuis septembre 2003 en raison de l’effondrement de la ressource, la pêche au poulpe reprendra en principe le 1er mai 2004. Cette reprise reste toutefois conditionnée par les résultats des dernières analyses de l’Institut national de la recherche halieutique (INRH), toujours en cours.
En attendant, et après quatre mois de négociations très serrées, on semble s’acheminer vers la version finale du plan destiné à préserver la ressource après la reprise de la pêche. Baptisé «Plan d’aménagement de la pêche au poulpe», le projet est pratiquement ficelé et devrait être approuvé par la primature, vendredi 19 mars. Restera toutefois à obtenir l’adhésion des différentes catégories de pêcheurs de cette ressource.
Pour le moment, «le plan d’aménagement prévoit une réduction de 50 % de l’effort de pêche», annonce M. Tijani Rhanmi, secrétaire général du ministère des Pêches maritimes.Plusieurs outils seront utilisés, dont l’augmentation de la taille du maillage des filets à 70 millimètres pour éviter la prise des juvéniles, ou encore l’interdiction de capturer le poulpe dont la taille est inférieure au calibre 8 (500 g). Enfin, un nouveau zoning destiné à inciter les bateaux à s’éloigner des côtes, lieu de reproduction et de maturation de cette espèce, est prévu.

Les professionnels de la pêche côtière contestent les solutions préconisés
Volet important de ce plan d’aménagement : il est certain aujourd’hui que l’on se dirige vers une réduction de la flotte.
Premièrement, le nombre de bateaux de la pêche hauturière (environ 280 unités opérationnelles) sera maintenu. L’idée de le réduire de 88 unités n’a donc pas été retenue. Cependant, un quota par bateau sera arrêté. En effet, les professionnels de la pêche hauturière se sont opposés à un désinvestissement dans ce secteur, comptant fermement sur l’amélioration de la situation de la ressource. Maintenant, ils demandent que la clé de répartition des quotas soit déterminée en fonction de la puissance des moteurs qui permet, selon eux, une appréciation du niveau des charges d’exploitation.
Malgré un avantage accordé à la pêche hauturière, les armateurs sont toujours insatisfaits. Selon eux, les effets de cette stratégie seront vains s’il n’y a pas une refonte de la politique de contrôle en mer et pendant les déchargements. Ils avancent qu’actuellement, malgré l’arrêt biologique, près de 40 tonnes de poulpe sont pêchées chaque jour par les barques opérant de manière informelle.
Deuxièmement, et concernant la pêche côtière, le plan propose que le nombre des navires autorisés à pêcher le poulpe soit ramené à 100 unités, alors qu’il est actuellement, selon les membres de cette profession, de 280 unités. De plus, les bateaux qui choisiront de rester dans cette zone devront se plier aux mêmes contraintes que celles imposées aux navires de la pêche hauturière, notamment pour le zoning et le maillage. Deux critères sont arrêtés pour la sélection de ces 100 bateaux : il faut qu’ils soient immatriculés dans les ports de Dakhla ou Laayoune, ou qu’ils aient déchargé le poulpe au moins 30 fois ces quatre dernières années.
Une restriction qui ne semble pas plaire aux professionnels de la pêche côtière qui se déclarent scandalisés et vont même jusqu’à remettre en cause le résultat des quatre mois de négociations. «Nous avons été défavorisés. Aucun plan ne peut être à ce jour validé car nous n’avons pas encore été reçus par le Premier ministre. Donc les négociations ne sont pas encore bouclées», avance Abdelkrim Fotat, président du Groupement professionnel uni de la pêche côtière. Il envisage une résistance virulente de sa profession dans le cas où le plan serait adopté : «Nous leur montrerons lequel des segments emploie le plus de personnes et dispose de plus de ramifications dans le tissu économique», prévient M. Fotat. Ce dernier évoque un possible arrêt technique de la flotte côtière suite à la contraction de sa rentabilité, en raison de l’impossibilité future de pêcher du poulpe.
Argumentant de manière scientifique, M. Rhanmi avance que «l’ensemble de la flotte marocaine ne peut plus continuer à intervenir dans la zone Sud». En réaction à certains arguments, comme ceux des droits acquis, le secrétaire général du ministère des Pêches maritimes précise que «pour les ressources halieutiques, le droit acquis est inapplicable. Le seul droit donné aux armateurs est un droit d’usage qui peut être modifié à tout moment, en fonction de l’état de la ressource».
Le troisième point du plan concerne les barques de la pêche artisanale. Et là, des mesures plus draconiennes sont au rendez-vous. En effet, le plan prévoit une réduction des barques autorisées à pêcher le poulpe à 2 500 unités, contre 12 000 actuellement, dont 7 500 seulement disposent d’une licence.
Pour les barques dotées de licences, les discussions étaient toujours en cours au moment où nous mettions sous presse. L’idée est de regrouper trois ou quatre propriétaires de barques auxquels il sera accordé une licence pour un chalut de pêche côtière, spécialisé dans d’autres espèces que le poulpe. Il est également prévu de réduire à trois le nombre de sites les abritant, pour mieux contrôler leurs prises.
Par ailleurs, une étude sera prochainement lancée pour tester l’application d’une méthode japonaise de préservation de la ressource du poulpe. La solution consiste à placer au niveau du fond marin, dans les zones de reproduction, des pots en terre qui serviront d’abri aux poulpes en phase de ponte, en vue de les dévier des appâts des pêcheurs qui utilisent, eux, des poulpiers en plastique.