Les dessous de l’affaire Mourad Belmà¢achi

La société Dentabel qu’il dirige avec son frère connaît de graves difficultés financières.
Il est poursuivi pour vol et falsification de documents.
Son frère a été condamné pour falsification et contrefaçon d’un sceau de l’Etat.

Le premier mouvement de stupeur passé, la communauté des affaires découvre, peu à peu, des facettes qu’elle ne connaissait pas du profil de Mourad Belmâachi.
Mourad Belmaâachi ? Si, si, il s’agit bien de ce jeune chef d’entreprise qui s’est présenté l’année dernière à l’élection du président de la CGEM. Portant beau, le verbe convaincant, plus ou moins autodidacte, il distribuait les bons et mauvais points et avait même donné une déclaration remarquée à 2M. Malgré les contradictions de son discours, il arrivait à susciter quelque sympathie.
Donc, ce jeune homme qui a eu l’ambition de succéder à des Abderrahim Lahjouji, Abderrahmane Bennani Smirès, Bensalem Guessous et autres Mohamed Ammor est, depuis la deuxième semaine de juin, déféré devant le juge d’instruction auprès de la chambre criminelle de la Cour d’appel de Casablanca pour vol qualifié, falsification et destruction de documents commerciaux. Certes, seul un tribunal peut prononcer sa culpabilité. Mais ceux qui le connaissent bien ont peur pour lui car les charges retenues sont lourdes et leurs conséquences gravissimes :
1. Trois personnes arrêtées dans le cadre de la même affaire ont signé des aveux accablants.
2. Selon les éléments recueillis de différentes sources fiables, les preuves matérielles du vol et de la falsification existent.
3. Mourad Belmâachi s’est avéré être un ancien condamné de droit commun (à trois mois de prison, pour des faits similaires).
4. La société Dentabel, dont il est co-gérant, a de graves difficultés et son frère qui en est le second co-gérant vient d’être condamné pénalement, entre autres, pour falsification également de cachets du ministère de la Santé et production par ce biais de fausses attestations de droits constatés qui ont permis d’obtenir des financements pour plus de 20 millions de dirhams. Début juin, une autre instruction était en cours sur plainte pour faux(encore une) de l’Administration de la Défense nationale.

Actes de caution dérobés et falsifiés
Mourad Belmâachi et son frère Jawad sont co-gérants de la société Dentabel. A ce titre, ils se sont portés caution personnelle et solidaire de cette société auprès de la Banque populaire, pour un montant de 5,8 millions de DH.
En juin 2003, la Banque populaire entame une action de fond auprès du Tribunal de commerce de Casablanca dans le but de récupérer une créance de 5,7 millions de DH qu’elle détient sur Dentabel. Elle introduit donc une assignation en paiement contre Mourad et Jawad Belmâachi, signataires des actes de caution. Les actes de caution avaient été faits en trois exemplaires originaux: un exemplaire sera déposé au tribunal, un second chez le cabinet d’avocat et le troisième gardé par la banque.
L’affaire suit son cours jusqu’au jour où l’on constate, début mai, que les originaux des actes de caution déposés au tribunal et au cabinet d’avocat ont été subtilisés et remplacés par d’autres, avec quelques changements : des imprimés ont été dérobés à la Banque populaire et complétés par Mourad Belmaachi, le montant initial de 5,8 millions de DH a été remplacé par 5,8 millions de centimes. Une mention limitant la validité de ces actes à une durée d’une année a été rajoutée à la machine et à la main.
Même la requête de l’avocat est dérobée et falsifiée, les dirhams seront remplacés par des centimes comme cela a été fait pour les actes de caution.
Les cautions falsifiées ont fait l’objet d’une légalisation de signature à la commune de Sidi Belyout, à bonne date, c’est-à-dire avec la date du 14 avril 2000. Le seul hic, c’est que le cerveau et bénéficiaire de cette opération a oublié un détail de la plus haute importance : un troisième original des actes de caution a été gardé par la banque créancière.
La police judiciaire de Casablanca-Al Fida, bien connue dans la résolution des affaires de délinquance financière, a interpellé Mourad Belmâachi ainsi que quatre complices employés à la commune de Sidi Belyout, au Tribunal de commerce et au cabinet d’avocat. Les aveux de trois d’entre eux, comme ceux de Belmâachi, ont permis de reconstituer l’affaire. Les investigations de la brigade criminelle ont également mis à jour différents éléments matériels de preuve contre Mourad Belmâachi. C’est pourquoi le juge d’instruction a décidé de le poursuivre pour vol et falsification de documents, et de l’écrouer.

Belmâachi victime de sévices ?
Peu de temps après avoir été écroué, Mourad Belmâachi a demandé à être évacué aux urgences en raison de sévices qu’il aurait subis. A l’hôpital Averroès, il a été examiné par un médecin légiste, le Dr Ben Yaiche qui lui a délivré un certificat médical qui atteste de la présence d’un traumatisme sur la plante des pieds, avec décollement de la peau.
Des membres de l’entourage de M. Belmâachi ont affirmé à La Vie éco que ce dernier aurait été agressé au commissariat, qu’il aurait eu des dents cassées et que ses aveux auraient été extorqués sous la torture.
Interrogées par La Vie éco, des sources auprès du service de médecine légale de l’hôpital nous ont par contre précisé qu’à part la plante des pieds, «aucun signe patent spécifique caractéristique d’une violence n’a été constaté».
Les mêmes sources ont ajouté que le médecin n’a pas constaté d’incapacité temporaire ni permanente. Quant au traumatisme plantaire, qualifié de «discret» par les mêmes sources, on nous a expliqué qu’il était impossible de savoir s’il a été effectivement le fruit d’une violence. D’ailleurs, les radiographies n’ont pas révélé de fractures au niveau des pieds.
L’avocat de M. Belmâachi, Me Karrout, du barreau de Rabat, était injoignable à l’heure où nous rédigions ces lignes.
Affaire à suivre donc, en sachant que :
– On attend le résultat de l’expertise réalisée par le laboratoire de la police scientifique concernant le matériel informatique et la machine à écrire saisis dans le bureau de M. Belmâachi. Cette expertise dira si ce matériel a été utilisé pour falsifier d’autres documents, ainsi que le présume la police judiciaire.
– On se demande si les déclarations de M. Belmâachi au sujet des sévices qu’il aurait subis conduiront ou non à l’ouverture d’une enquête. Là encore, seul un tribunal pourra se prononcer