Les dernières pluies auront-elles un impact négatif sur la récolte céréalière ?

Pour des régions comme Abda, Doukkala, le Haouz et le Souss, les champs sont au stade de récolte et l’effet sera inexistant. Pour le Gharb, en revanche, les cultures risquent d’être affectées. Le blé dur risque de connaître une détérioration de la qualité.

Etonnant pour une fin de mois d’avril. L’épisode particulièrement pluvieux accompagné d’une baisse sensible des températures qu’a connue le Maroc ces derniers jours aura certainement de bonnes retombées sur la situation hydrique et la retenue des barrages, mais ceci n’est pas forcément le cas pour l’agriculture et particulièrement pour les céréales dont les champs sont aujourd’hui à la veille des moissons. En une semaine, le niveau de précipitations a atteint 100 mm dans plusieurs régions avec des épisodes particulièrement pluvieux au cours du dernier week-end du mois d’avril.
L’on comprend donc que chez les agriculteurs, ces derniers jours, l’inquiétude était de mise, alors que, quelques jours plus tôt, à l’occasion des Assises de l’agriculture, ils se réjouissaient de savoir que la récolte prévue allait atteindre 88 millions de quintaux (cf. notre édition du 29 avril 2011, www.lavieeco. com).  
Il faut cependant nuancer. Les dernières pluies sont, par exemple, bénéfiques pour tout ce qui est encore vert, à l’instar des semis tardifs du mois de décembre car elles permettent la poursuite du remplissage des épis ainsi que l’amélioration du poids spécifique et de la qualité du grain récolté. Mais encore faut-il tenir compte du fait qu’une grande partie des cultures céréalières emblavées cette année a été de type précoce, en raison de l’arrivée des pluies début novembre déjà.
A ce facteur s’ajoute celui du type de sol ou de la nature de la céréale cultivée. Ainsi, pour les régions du Souss-Massa, Abda, Doukkala et Al Haouz dont les champs sont déjà quasiment au stade de récolte (climat précoce), les cultures ne risquent pas d’être affectées. En revanche, pour les champs déjà secs, attendant la maturité de moisson, et en cas d’absence de vent pour dessécher le sol et les épis, il y a un risque de germination des grains sur pieds (sur l’épi). C’est le cas spécialement du Gharb où l’on trouve un sol lourd principalement dans les champs ayant versé (les dégâts de verse donnent un aspect couché à la culture) et un taux d’humidité élevé du grain qui risque de poser des problèmes lors du stockage. Pour le blé dur la dépréciation de la qualité du grain, et par conséquent des prix, due au phénomène de mitadinage (accident physiologique qui intervient au cours de la maturation) est fréquente en cas de pluies en fin de cycle. Autre menace liée aux précipitations printanières, la levée tardive des mauvaises herbes même si elles ont été traitées à temps. Il faut signaler que les techniques culturales adoptées par les agriculteurs avertis favorisent le phénomène. Ainsi, en est-il des semis de novembre destinés à profiter au maximum des précipitations automnales et des traitements précoces pour éliminer les adventices à leur stade le plus vulnérable. Dans tous les cas, il faudra attendre les estimations techniques du ministère de l’agriculture pour avoir une idée plus claire sur l’évolution des épis.
Quant aux légumineuses alimentaires, la plupart des cultures sont au stade de récolte et ne subiront pas de dégâts importants sauf une humidité élevée de la graine qui rendra les manipulations plus chères. Pour les pois chiches, en fin de cycle, les précipitations sont bénéfiques tant que la maturité n’est pas terminée. Cependant, il ne faut pas négliger les dégâts dûs à la chute des gousses (Fèverole, …) dans les zones affectées par la grêle, fréquente lors des orages de printemps.

Les cultures de printemps bénéficiaires

Les cultures de printemps comme le maïs, la betterave, les pastèques, courges et melons de plein champ, entre autres, profiteront pleinement de cet apport pluviométrique, d’autant plus qu’elles sont conduites le plus souvent en bour ou avec quelques irrigations d’appoint.
Pour les autres cultures, l’effet positif des précipitations est indéniable et permet, en plus d’augmenter les réserves en eau du sol et d’alimenter les nappes phréatiques, de réaliser des économies en frais d’irrigation (diminution des coûts). C’est le cas des agrumes et de l’arboriculture fruitière, ces précipitations ayant coïncidé avec le début des irrigations.
Cependant, il faut s’attendre à l’apparition de maladies cryptogamiques liées à l’excès d’humidité et prendre les précautions qui s’imposent et auxquelles les agriculteurs sont habitués. Parmi ces maladies, le mildiou pour la vigne, la pomme de terre et toutes les cultures maraîchères de plein champ ainsi que les maladies foliaires en arboriculture (tavelure).
Mais à quelque chose malheur est bon. Dans la région d’Agadir, par exemple, les mauvaises conditions climatiques et les basses températures enregistrées cette année ont contribué à réduire sensiblement les attaques de la redoutable Tuta absoluta contre les champs de tomate sous serres. Malheureusement, pour certains exploitants de la région, l’excès de précipitations a causé des dégâts aux serres dont certaines ont été endommagées sous l’effet du volume d’eau accumulé sur le plastique.