Les défis qui attendent la nouvelle CGEM

Trois enjeux : préserver une crédibilité que l’on a mis trois ans à  bà¢tir, achever la restructuration
et répondre aux défis économiques qui attendent les entreprises.
Les patrons doivent apporter un soutien clair et affiché à  la nouvelle équipe. Il y va de l’intérêt collectif.

Après plusieurs semaines de perturbations, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) aura retrouvé sa sérénité. Jeudi 21 mai, le tandem Mohamed Horani – Mohamed Tamer a accédé aux commandes d’une confédération patronale quelque peu fragilisée par des retraits de candidats, des accusations de soutien à l’un des candidats portées à l’encontre du groupe Ona, une réunion du 7 mai houleuse et l’apparition de deux blocs. La sagesse aura finalement prévalu, lors de la semaine des élections, avec des tentatives d’apaisement et surtout une prise de conscience des patrons que la division menaçait de fragiliser l’institution au moment où elle est appelée à jouer un rôle crucial dans une économie éprouvée par la crise mondiale. Certes, dans une élection sans compétition, l’on dira que le nombre de bulletins blancs ou nuls, en proportion des voix exprimées pour les candidats uniques, est un indicateur. Pour autant est-ce là l’enjeu ? Non, la démocratie a joué et les urnes ont parlé. Mohamed Horani et Mohamed Tamer sont, aujourd’hui, respectivement, légitimement président et vice-président et s’il faut les en féliciter pour cela, il faut également mettre en lumière le courage dont ils ont fait preuve, car l’on oublie qu’être aux commandes du patronat n’est ni une situation de rente ni un engagement pour la forme.
C’est pour cela que,
nonobstant les qualités intrinsèques des nouveaux dirigeants qu’il faut juger sur pièce, l’enjeu pour la CGEM est triple : rester unie pour pouvoir réaliser ses objectifs, travailler à l’achèvement de la restructuration entamée depuis trois ans et se pencher sur les défis auxquels doivent faire face les entreprises, que ce soit celui de la crise mondiale, celui de l’ouverture de l’économie ou encore celui de spécificités de taille et de moyens.
Sur le premier enjeu, celui de l’unité, il faut tirer les leçons de l’histoire. En 2005, fortement fragilisée par deux ans de dissensions en interne, la confédération avait fini par perdre sa crédibilité, voyant son statut d’interlocuteur des pouvoirs publics et des partenaires sociaux relégué à une image plutôt qu’à un rôle réel.  C’est à travers une véritable prise de conscience, à partir de l’automne 2005, que la tendance a commencé à se renverser. Là encore, candidature unique – ou presque – et un Moulay Hafid Elalamy, que l’on disait adoubé par le Palais, estampillé Makhzen. Le résultat ? Une question de travail. Lors d’un bilan de l’équipe sortante fait par La Vie éco, dans son numéro du 10 avril dernier (ww.lavieeco.com), le satisfecit global a été de mise. En trois ans,  le patronat a su imposer ses points de vue, à travers un syndicat devenu agissant. Oubliée donc l’étiquette Palais ! Aujourd’hui, et à l’heure où la CGEM s’est constitué un capital de crédibilité, il ne s’agit point de retomber dans la division. Bien entendu, le contexte est différent et le nouveau président devra redoubler d’effort pour fédérer autour de lui tous ceux et celles qui peuvent apporter un plus, mais, encore plus important, ce sont les patrons eux-mêmes, et sans exception, qui doivent soutenir la nouvelle équipe. La CGEM ce n’est pas un président et un vice-président qui travaillent isolés pour le bien du collectif des entreprises mais bel et bien une union de forces. En ce sens, apport de compétences, présence effective aux conseils, appui de grandes pointures lors des négociations avec les partenaires, sont, entre autres, les obligations des membres de la confédération. Les patrons ne doivent pas affaiblir leurs représentants. Bien au contraire…
Sur le deuxième enjeu, celui de la restructuration, il y a encore du travail à faire. Compléter la régionalisation et accorder aux unions régionales plus de poids, mettre en place un lobbying actif au sein du Parlement, continuer à lever des moyens financiers conséquents et ajuster les statuts pour éviter les incohérences sont autant de chantiers à mener. Ils ne sont certes pas les seuls, mais le plus important est de continuer à œuvrer dans le sens d’une institution plus efficace.
Enfin, sur le troisième enjeu, celui de l’économie, il est évident que la compétitivité des entreprises, leur développement de leur potentiel à l’export et un véritable plan d’action en faveur de la PME absorberont – à côté de l’inévitable marathon annuel de la Loi de finances – le gros des énergies. Là encore, sans un soutien clair et affiché de ses membres, la CGEM ne pourra pas agir au service de sa collectivité. On l’aura compris, les élections relèvent du passé. Le renforcement de la CGEM, lui, relève de l’avenir. Il faut se mobiliser tous ensemble.