Les crédits à  l’équipement stagnent, l’investissement en berne…

L’encours des crédits à  l’équipement n’a progressé que de 1.2% en neuf mois. Entre 2006 et 2009, sa croissance était à  deux chiffres. Les incertitudes qui pèsent sur l’économie mondiale et les perturbations politiques ont créé un attentisme chez les entreprises.

En dépit de la morosité palpable, les crédits à l’économie se portent toujours bien. Certes, avec une progression, à fin septembre, de 7,6% depuis le début de l’année, l’encours des crédits bancaires, qui totalise 668 milliards de DH, progresse moins par rapport aux années fastes où il affichait des taux de progression à deux chiffres (+23% en 2008 et +29% en 2009). Mais il reste que 7,6% est une croissance honorable, qui plus est, réalisée dans un contexte difficile marqué par le resserrement des liquidités bancaires et la montée des risques. Certains segments sont en bonne progression, tels les crédits immobiliers, qui représentent 30% de l’encours global et qui sont en hausse de 9,6% depuis le début de l’année, et les crédits à la consommation qui totalisent 35,4 milliards de DH, soit une augmentation de 9,2% depuis fin 2010.
Mais d’autres sont pour le moins inquiétants : les crédits à l’équipement, par exemple, sont en quasi-stagnation, ce qui signifie que plusieurs entreprises ont levé le pied sur l’investissement.
En effet, l’encours de ces crédits, qui s’élève à 136,8 milliards de DH à fin septembre, a progressé d’à peine 1,2% depuis le début de l’année. En 2010, il avait crû de 8,1%, tandis qu’entre 2006 et 2009, il a enregistré chaque année une progression à deux chiffres (+18,6% en 2006, +27,4% en 2007, +19% en 2008 et +29% en 2009).
La décélération signifie que depuis le début de l’année, les nouveaux prêts arrivent à peine à compenser les remboursements. Cette situation renseigne sur l’attentisme des opérateurs. Les incertitudes sur le plan économique, aussi bien au Maroc qu’au niveau régional et international, expliquent cette attitude.
Pour rappel, le premier semestre 2011 a été ponctué par une série d’événements, notamment les soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte et la propagation du mouvement aux autres pays arabes, des manifestations au Maroc, qui ont abouti à la réforme constitutionnelle et à l’annonce d’élections législatives anticipées, l’aggravation de la crise des dettes publiques en Europe et enfin le risque de récession économique à l’échelle mondiale.
Dans ce contexte, les investissements du secteur privé ont probablement été différés, en attendant une meilleure visibilité à court et à moyen terme. Sauf que l’économie nationale risque d’être privée de quelques points de base de croissance, surtout quand on sait que l’investissement public, malgré un budget en hausse, est également moins vigoureux, si l’on se réfère aux soumissionnaires habituels aux marchés publics (opérateurs du BTP notamment) qui trouvent que le nombre d’appels d’offres a diminué, et que la consommation de la production domestique fait du surplace depuis le début de l’année, comme en témoigne la stagnation, à fin septembre, des recettes de la TVA intérieure.
L’on pourrait être tenté de relativiser en disant que l’investissement n’est pas financé que par le crédit bancaire mais aussi par de l’autofinancement et par le recours au marché financier. Or, l’auto-financement a toujours été utilisé par les entreprises comme moyen de financement, même pendant les années où les crédits à l’équipement croissaient de plus de 20%. Il n’y aurait donc aucune raison à ce qu’elles empruntent moins aujourd’hui.

Seules quatre entreprises privées ont levé des fonds sur le marché financier depuis janvier

Quant au recours au marché financier, les levées de fonds à moyen et long terme se sont faites rares. Hormis les banques, qui ont émis des titres de capital et de créance pour financer des acquisitions ou renforcer leurs fonds propres par contrainte réglementaire, et les organismes publiques qui avaient déjà programmé de lever des fonds (l’OCP et l’ONCF notamment qui ont émis ensemble pour trois milliards de DH d’obligations en septembre), seules quatre opérations financières ont eu lieu depuis le début de l’année de la part des entreprises privées. Il s’agit de l’introduction en Bourse de Stroc Industrie par augmentation de capital de 102 MDH, l’emprunt obligataire d’un milliard de DH d’Alliances pour financer ses programmes de construction de logements, l’augmentation de capital de 329 MDH de Label’Vie pour rembourser un ancien crédit bancaire, et la petite augmentation de capital de Timar (18,7 MDH), qui plus est par apport en nature.

L’encours des crédits de trésorerie s’envole après deux années de stagnation

Avec en tout 1,4 milliard de DH levés depuis fin 2010 par les entreprises privées, le marché financier est, particulièrement cette année (on assistait à un nombre plus important d’opérations par le passé), loin de constituer une réelle alternative au financement bancaire des investissements. Et vu que ce dernier stagne, l’inquiétude quant au ralentissement de l’investissement du secteur privé se trouve justifiée.
Par ailleurs, un autre phénomène ressort des statistiques bancaires, celui de la montée en flèche de l’encours des comptes courants débiteurs et des crédits de trésorerie. Alors qu’il a reculé de 1% en 2009 et n’a progressé que de 2,1% en 2010, cet encours, qui renseigne sur l’état de la trésorerie des entreprises, s’est envolé de 15,9% depuis le début de l’année, à 165,7 milliards de DH.
L’explication de cette évolution est simple selon les banquiers, le besoin en fonds de roulement des entreprises a sensiblement augmenté. Et pour cause, les stocks s’écoulent de moins en moins rapidement et les délais de paiement s’allongent de plus en plus. Ce qui renvoie à la stagnation des recettes de la TVA intérieure qui traduit un certain tassement de la consommation.
Quoi qu’il en soit, la stagnation de l’encours des crédits à l’équipement et l’accélération des crédits de trésorerie n’augurent de rien de bon pour l’économie nationale. Pendant les années fastes, ces deux catégories de crédit évoluaient au même rythme, ce qui était normal vu qu’une hausse des investissements induit une augmentation du besoin en fonds de roulement. Aujourd’hui, on se retrouve avec un endettement non productif qui s’alourdit et qui produit des charges financières élevées, et une absence d’endettement «positif» à même de faire accroître les revenus futurs des entreprises. Il faudra attendre les chiffres bancaires à fin 2011 et ceux des premiers mois de 2012 pour déceler une tendance de fond.