Les créations d’entreprises en baisse, l’industrie sérieusement touchée

7 096 entreprises créées au premier trimestre 2009 contre 7 171 à  la même période de 2008.
Sur la même période, 14 000 certificats négatifs ont été délivrés.
Les plus fortes baisses à  Casablanca et Tanger où sont concentrées les activités industrielles.
Les régions les plus à  vocation agricole, comme Agadir et Meknès, ont connu une hausse.

En période de crise, de marasme économique, l’acte d’entreprendre s’émousse-t-il ou, au contraire, en prévision de la reprise à venir, s’aiguise un peu plus ? En tout cas, beaucoup de spécialistes soutiennent souvent la théorie selon laquelle c’est en période de déprime qu’il faut investir pour être prêt à la sortie de crise. Une théorie qui pourtant ne se trouve pas vérifiée au Maroc.
Les chiffres de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), pour le premier trimestre 2009, laissent apparaître, en effet, un recul des créations d’entreprises par rapport à la même période de 2008. Et ceci est valable aussi bien pour les certificats négatifs (intentions de créations) que pour les créations effectives, immatriculées au registre central de commerce (RCC).
En effet, à fin mars 2009, ce sont 14 055 certificats négatifs qui ont été délivrés, soit une baisse de 4% par rapport à fin mars 2008. Les créations d’entreprises effectives, sur la même période, se montent, elles, à 7 096, soit un recul de 1%. On le voit, un certificat négatif sur deux aboutit à une création d’entreprise.
Ceci est surtout observable dans le secteur des services où, selon Adil El Maliki, directeur de l’OMPIC, il y a une forte propension à vouloir créer son entreprise, anticipant un retour rapide sur un investissement souvent modeste. La preuve, la répartition sectorielle des certificats négatifs montre que 47% vont aux services, alors que cette proportion baisse à 32% pour les créations effectives dans le même secteur. En revanche, dans l’industrie, on retrouve le même taux (6%) que ce soit pour les certificats négatifs ou pour les créations immatriculées au RCC.
 
Sur 4 813 certificats négatifs délivrés, 2 318 entreprises seulement créées
«On ne se lance pas sur un coup de tête dans une activité industrielle : il faut un business-plan, des investissements lourds et de la patience, le retour sur investissement intervenant à plus ou moins long terme», analyse M. El Maliki. Bien que légère sur le plan national, la baisse du rythme des créations d’entreprises varie, en réalité, en fonction des régions. Et, ce qui n’est guère une coïncidence, cette variation géographique épouse à peu près exactement la nature des activités prédominantes dans chaque région.
C’est ainsi que dans les régions agricoles comme Souss Massa-Draa, par exemple, ou encore Meknès-Tafilalet, les créations d’entreprises ont, au contraire, augmenté respectivement de 21% et 27%. Il y a là sans doute un lien à établir avec l’excellente campagne agricole de cette année, comme le relève M. El Maliki. A contrario, dans les régions à forte concentration industrielle et des services, comme le Grand Casablanca et à des degrés moindres Tanger-Tétouan et Marrakech-Tensift-Haouz, on note des baisses respectivement de 7%, 8% et 6%. Faut-il y voir l’effet de la baisse de l’activité industrielle qui ressort clairement dans les agrégats macroéconomiques et sectoriels déjà rendus publics par le Haut commissariat au plan (HCP) au premier trimestre de 2009 ? La baisse des créations d’entreprises dans ces régions a sans doute un lien avec le marasme qui touche l’activité hors agriculture, mais ce lien est à relativiser malgré tout. Il faut, en effet, bien voir que ces régions concentrent l’essentiel des créations d’entreprises, comme bien sûr des certificats négatifs.
Le Grand Casablanca, par exemple, abrite 33% des créations d’entreprises, soit 2 318 unités effectivement créées, pour 4 813 certificats négatifs. Par comparaison, l’Oriental regroupe seulement 4% des entreprises créées, soit 297 unités, pour 911 certificats négatifs. Ceci pour dire que la baisse enregistrée dans le Grand Casablanca est sans doute à mettre en rapport avec le fléchissement de l’activité économique, mais aussi avec le nombre beaucoup plus important de candidats à la création d’entreprises, reflété par les intentions. En un mot, les créations d’entreprises, même en légère baisse, montrent une certaine sensibilité à la conjoncture économique globale.

Les entreprises préfèrent de plus en plus travailler dans la transparence
L’autre enseignement à tirer des chiffres de l’OMPIC a trait à la forme juridique des nouvelles immatriculations au Registre central de commerce. Alors que la forme juridique de société anonyme, déjà rachitique, a baissé de 1% au premier trimestre de 2008 à 0,5% à la même période de 2009, la société à responsabilité limitée à associé unique (SARLAU) a par contre augmenté, en passant de 32% à 36%.
«C’est une bonne nouvelle», tient à souligner le directeur de l’OMPIC. Pour Adil El Maliki, le fait qu’une personne, seule actionnaire, ait choisi délibérément la forme juridique de Sarl, alors qu’elle aurait pu opter pour le régime du forfait, par exemple, signifie que, de plus en plus, l’entreprise préfère travailler dans la transparence, se modernise. Ce point positif étant souligné, il faut tout de même revenir à cette forme juridique qu’est la société anonyme (SA) pour noter que la réforme qu’elle a connue, à la fin de la décennie 90 pour la promouvoir, ne semble pas avoir abouti aux résultats attendus.
Mais faut-il y voir aussi le résultat de la nature des activités choisies par les créateurs d’entreprises ? Quand on observe la répartition des créations (pareil pour les certificats négatifs), on remarque en effet que le gros des immatriculations se concentre, à part égale, dans le commerce et les services (32% pour chaque secteur) et, en deuxième lieu, dans le BTP et les activités immobilières (28%) ; les activités immobilières n’étant rien d’autre que du service. Dans ce genre d’activités (transport, éducation, tourisme, technologies de l’information…), les unités, en général, sont petites, parfois ne dépassant pas quatre à cinq personnes, comme les registres de la CNSS le montrent d’ailleurs parfaitement. Dans ce cas, la SARL ou la SARLAU paraît bien adaptée comme forme juridique.
Là où la SA conviendrait le plus, c’est généralement dans l’industrie ; mais l’industrie, on l’a vu, ne représente que 6% des créations d’entreprises, ce qui expliquerait 0,5% de forme juridique SA. Ces chiffres, en fait, redisent ici une réalité bien connue : la forte tertiarisation de l’économie marocaine. N’est-ce pas ce constat qui a justifié le plan émergence ?