Les confidences du ministre de l’Intérieur

Il n’y a pas d’«interventions» dans le travail du gouvernement.
Terrorisme : le Maroc est mieux armé, mais le risque n’est pas nul.
Evénements de Laâyoune : le polisario est bel et bien à l’origine
des troubles.
Patronat : «Hassan Chami fait-il partie du service de presse de Driss
Jettou ?».

Sécurité publique, Sahara, développement économique et social… Les champs d’intervention de l’intérieur sont très larges. Ce n’est pas pour autant, explique Mustapha Sahel, que son département intervient dans les affaires du monde politique ou économique. Tout au long de cet entretien exclusif, le premier accordé à un organe de la presse nationale, le ministre de l’Intérieur estime que chacun fait son travail dans le cadre des prérogatives qui lui ont légalement été attribuées. Il s’inscrit en porte-à-faux contre les déclarations du président de la CGEM qui estime que le système de gouvernance est flou et que le gouvernement est gêné dans son travail. Propos mesurés à lire entre les lignes…

La Vie éco : Le gouvernement se prépare à lancer la partie opérationnelle de l’INDH. Comment avoir la garantie que ce ne seront pas des ressources et des efforts perdus ?
Mustapha Sahel : L’INDH telle qu’elle a été définie par Sa Majesté le Roi est conçue comme une réponse adaptée aux attentes de la population. Elle est un instrument stratégique de l’action de développement humain, au plus près de la population, par le biais de l’administration de proximité, mais surtout des acteurs de la société civile, des partis politiques, des syndicats, des élus et des bénéficiaires eux-mêmes.
L’INDH introduit le concept nouveau de développement humain dans l’action publique : placer l’homme au cœur de la conception de l’action publique. A cette fin, l’INDH prend en charge de nombreuses opérations spécifiques qui se concrétiseront par un accompagnement renforcé de 360 communes rurales et 250 quartiers parmi les plus défavorisés ; l’amélioration des conditions de prise en charge des populations en situation de précarité ; et, enfin la prise en charge de 50 000 bénéficiaires supplémentaires dans les catégories les plus marquées par la précarité.
Quant au contrôle, l’INDH sera aussi accompagnée d’une démarche continue d’évaluation, de contrôle et d’audit menée par des corps de contrôle tels l’IGF et l’IGAT, ainsi que par les organes de contrôle ordinaires de la dépense publique, par les organes compétents ; CED, TG, etc.

Quel sera le rôle des collectivités locales ?
Les collectivités locales assurent le niveau le plus proche de représentation de la population. Elles seront donc une des principales parties prenantes de l’INDH et participent à hauteur de 20 % aux 10 milliards de dirhams réservés à l’INDH.

Parmi les walis qui viennent d’être nommés, les cas de Mohamed Kabbaj et de Mohamed Ibrahimi sont sujets à commentaires. Le premier n’a jamais exercé cette fonction et ne connaît pas les rouages de la maison Intérieur, le second était la cheville ouvrière du Cabinet de Driss Jettou. Certes, c’est le Souverain qui nomme les walis, mais l’intérieur propose des noms. Pourquoi ces deux personnalités ?
Les profils de MM. Kabbaj et Ibrahimi, quoique différents, sont complémentaires au regard de l’action qu’ils vont mener pour dynamiser la gouvernance locale, tant au niveau de la wilaya de Casablanca que de la wilaya d’Oujda. Que ce soit en sa qualité de conseiller de S.M. le Roi, ou de responsable de différents départements ministériels, en plus de sa participation dans les domaines politique, culturel, économique et associatif, Mohamed Kabbaj est détenteur d’une expérience qui lui permettra de dynamiser la concrétisation des projets programmés pour la métropole économique.
Mohamed Ibrahimi est un cadre qui a fait l’essentiel de sa carrière au ministère de l’Intérieur. Il a déjà occupé des fonctions territoriales en tant que gouverneur d’Inzegane-Aït Melloul, puis gouverneur directeur général des collectivités locales avant d’exercer des fonctions au niveau de la primature. Dans une région comme l’Oriental qui connaît de grands chantiers de développement, il fallait un homme d’expérience qui connaisse le fonctionnement du ministère de l’Intérieur en vue de coordonner ces chantiers.
De manière globale, les walis et gouverneurs qui exercent actuellement présentent les qualités, les compétences et les capacités nécessaires, pour mettre en oeuvre, sur le terrain, des orientations royales en vue de l’amélioration des conditions de vie de la population marocaine. Il s’agit de profils diversifiés, issus à la fois d’un mouvement de promotion interne et d’un enrichissement à partir des compétences qui existent dans le monde de l’université, de la haute administration publique, de l’économie et des affaires. Je tiens à leur rendre hommage.

La nomination de M. Kabbaj est-elle un choix royal ou une proposition du ministère ?
Tous les walis sont nommés par Sa Majesté.

Comment avance le dossier du Sahara ? On a l’impression de faire du surplace…
C’est un sujet beaucoup trop important pour accepter les formules toutes faites et les impressions. La question du Sahara a connu une évolution importante au niveau des Nations Unies, marquée par l’effacement progressif du plan Baker. Ni le dernier rapport du Secrétaire général ni la dernière résolution n’ont fait mention de ce plan, ce qui constitue en soi une évolution confortant la position du Maroc qui a rejeté ce plan, en avril 2004, considérant qu’il va à l’encontre de ses intérêts supérieurs.
Ainsi, la dernière résolution a demandé – je cite – «aux parties et aux Etats de la région de continuer à coopérer pleinement avec l’ONU pour mettre fin à l’impasse actuelle et progresser vers une solution politique».
Cette approche se trouve aujourd’hui partagée par des pays influents sur la scène internationale, qui considèrent que seule une solution politique mutuellement acceptable pourrait clore, définitivement, ce dossier.
Le Maroc, dans sa lettre du 9 avril 2004, adressée au Secrétaire général, avait réaffirmé sa disponibilité à négocier un règlement définitif, au travers d’un statut d’autonomie viable pour la région du Sahara, bénéfique pour la paix et la stabilité de tous les Etats du Maghreb. Il ne peut qu’enregistrer avec satisfaction cette évolution.
Par la nature de la solution proposée, le Maroc entend répondre au principe de l’autodétermination, exigence à laquelle les Nations Unies expriment leur attachement. Cette forme d’exercice d’autodétermination ne contredit pas les principes et buts de la charte de l’ONU, et fut consacrée dans le règlement de nombreux cas similaires de par le monde.

Lors des manifestations de Laâyoune, Rabat et Marrakech, l’Etat a encore eu la main trop lourde, le réflexe répressif !
La démesure avec laquelle certains médias ont couvert ces incidents ne correspond pas à la réalité.
Mais situons d’abord ces incidents dans leur contexte réel. Ce contexte est marqué par les succès enregistrés par le Maroc au niveau international concernant la question du Sahara. Cette donne a significativement restreint l’espace de manœuvre du polisario et de ses mentors, les forçant à déplacer leur stratégie tantôt vers l’appel à la reprise des armes, pour alarmer la communauté internationale, tantôt vers le discours fallacieux, et largement consommé, portant sur la question des droits de l’Homme au Sahara.
La déconvenue des séparatistes a été accentuée par le ternissement de leur image aux yeux des organisations internationales, à travers la détention injustifiée des soldats marocains depuis plus de 25 ans; la situation déplorable dans laquelle vivent les sahraouis marocains séquestrés sur le territoire algérien ; ainsi que les multiples cas de détournement des aides humanitaires dénoncés d’ailleurs par les ONG donatrices et les agences onusiennes compétentes.
C’est dans ce contexte, donc, que les ennemis du Royaume ont projeté, à partir de mai 2005, l’organisation d’un «printemps de la colère», autrement dit un appel au désordre visant la provocation des autorités et des forces de l’ordre. Le timing de cette opération a été choisi de manière à coïncider avec des dates «symboliques» pour le polisario, afin de lui conférer le caractère spontané et la légitimité nécessaire.
Les forces de l’ordre, agissant dans le cadre de leurs missions habituelles et selon les mêmes modes légaux et opérationnels pratiqués dans les autres régions du Royaume, ont pu gérer toutes les manifestations. Avec l’échec des premières actions, les éléments pro-polisario ont tenté de mettre à profit le transfert du prisonnier de droit commun Ahmed Mahmoud Haddi du pénitencier de Laâyoune à la prison centrale d’Aït Melloul à Agadir, pour appeler à l’organisation, durant les journées du 21 jusqu’au 24 mai, de rassemblements sur la voie publique regroupant quelques dizaines de participants, dont la majorité étaient des femmes et des mineurs.
Devant l’attitude sage des autorités marocaines, les éléments pro-séparatistes ont décidé, en concertation avec les dirigeants du polisario, de jouer l’escalade. Ils ont perpétré, le 25 mai, des actes violents au quartier Maâtallah qui ont visé, sans distinction, les citoyens et les forces de l’ordre. De même, ils n’ont pas hésité à profaner les couleurs nationales, en dépit des sommations et des appels à la dispersion.
Les services de sécurité ont alors été autorisés par le parquet à intervenir pour rétablir l’ordre. Ils ont ainsi pu gérer pacifiquement toutes les manifestations enregistrées, malgré l’usage de toutes les formes de provocation. 33 personnes ont été arrêtées et présentées à la justice. De même, des perquisitions ont été opérées au niveau des domiciles ayant servi à stocker les produits utilisés dans les actes de violence. Les mis en cause ont été interpellés, déférés devant le juge et condamnés.

La question de la migration clandestine est aujourd’hui au centre de l’actualité internationale. Quelle est la stratégie du Maroc en la matière ?
Notre pays n’est plus simplement une plate-forme de transit mais également une destination finale pour des milliers de clandestins étrangers et le trafic est devenu structuré, instrumentalisé par des réseaux bien organisés. C’est pourquoi notre stratégie de lutte se focalise aussi sur le démantèlement des réseaux et des filières, en renforçant le travail de renseignement et d’intelligence mais également les activités liées à la surveillance des frontières et des littoraux. C’est dans cette logique que s’inscrit la création de la Direction de la migration et de la surveillance des frontières.

Des résultats concrets ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2003 et 2004, le nombre de réseaux démantelés a augmenté de 60%. En 2004, plus de 26 000 tentatives d’émigration clandestine ont été mises en échec. Au premier semestre 2005, le nombre de pateras qui ont réussi la traversée a enregistré une diminution de 20 % vers l’Espagne, sachant que, dans le cas particulier des Iles Canaries, la baisse a été de 41%. Le nombre des arrestations des candidats à l’émigration clandestine a également augmenté de 13 % et 27%, respectivement pour les nationaux et les étrangers.
Tous ces efforts sont d’ailleurs reconnus sur le plan international, puisque, à titre d’exemple, le rapport 2005 du Département d’Etat sur le trafic des êtres humains a classé le Maroc, seul pays arabe de la région, au niveau 1 parmi les pays qui luttent avec le plus d’efficacité contre ce fléau.

Vous jugez ces résultats suffisants ?
L’ampleur du défi est énorme. Le Maroc ne peut à lui seul endiguer l’émigration clandestine. Des moyens financiers et humains importants sont mobilisés au détriment d’autres priorités.
Nous adhérons à la notion de responsabilité partagée et appelons par la même occasion nos partenaires notamment européens à s’impliquer davantage dans cette logique.
Certes, la coopération technique avec l’Union Européenne existe, notamment à travers le projet de gestion des contrôles frontaliers de 40 millions d’euros. Mais ce projet est en phase préliminaire de réalisation, ce qui fait que, jusqu’à maintenant, l’essentiel des résultats probants enregistrés est le fruit des efforts du Maroc.

Avec l’Espagne, la relation migratoire est tout à fait singulière. Ce pays canalise l’essentiel du flux migratoire qui transite ou arrive de notre pays…
Il s’agit d’un cliché. La migration clandestine en provenance du Maroc représente moins de 7 % de l’ensemble des flux irréguliers qui arrivent en Espagne. Donc, dans l’absolu, c’est un épiphénomène qui est malheureusement amplifié et instrumentalisé par certains lobbies.
Il y a un effort de communication à entreprendre en direction de l’opinion publique et de la société civile espagnoles. Car, en réalité, les progrès réalisés sont significatifs : mise en place du Groupe migratoire mixte permanent en novembre 2003 ; désignation d’officiers de liaison marocains en Espagne, patrouilles maritimes mixtes, signature d’un Mémorandum d’entente sur les mineurs, l’échange d’informations et de renseignements, etc. L’Espagne demeure un partenaire essentiel dans le cadre de cette responsabilité partagée pour lutter contre la migration clandestine. Deux ans après le 16 mai, peut-on dire que le Maroc est mieux armé contre le terrorisme ?
Mieux armé, certainement. Lorsque nous avons été touchés par les événements tragiques du 16 mai, Il y a eu cette marche grandiose de Casablanca. Cette marche délivrait un message clair : «Le discours du terrorisme n’est pas audible dans notre pays et ne peut donc y trouver preneur». C’est cela notre meilleur bouclier contre le terrorisme : une société démocratique, unie, solidaire et tolérante. Condition nécessaire mais pas suffisante. Et sur un plan sécuritaire ?
Nous sommes mieux structurés qu’auparavant. Nous avons restructuré les services. Il y a eu un redéploiement de l’implantation des équipes de Police, de Gendarmerie et des Forces auxiliaires. Des moyens ont été octroyés et la coordination entre services s’est renforcée. Au plan local, il y a des comités de sécurité qui se réunissent une fois par semaine sous l’égide des walis et des gouverneurs. Ils s’occupent de terrorisme mais également de la sécurité de la population. C’est l’ensemble de ce dispositif qui fait qu’aujourd’hui les services marocains sont efficaces. Mais je le dis encore, la véritable sécurité, c’est la foi dans les valeurs de démocratie et de tolérance. Depuis le 16 mai 2003, le processus de réforme ne s’est jamais arrêté. Nous serions donc à l’abri !
Aucun pays n’est à l’abri. Il faut rester vigilant. Face à un phénomène qui, constamment, change ses méthodes, varie ses modes opératoires, il s’agit pour les services de sécurité d’exercer une pression constante, tout en s’adaptant aux nouvelles contraintes. Nous faisons en sorte que ce risque soit le plus faible possible.

La presse est régulièrement prise à partie par l’Etat pour cause de franchissement des «lignes rouges». Lesquelles lignes n’ont jamais été définies avec précision. Or, la confusion est un moyen de justifier tous les excès, d’une part ou de l’autre… A quand des lignes rouges claires ?
Il y a des valeurs que nous devons tous respecter. La monarchie, la religion et l’intégrité territoriale. Les «lignes rouges» sont avant tout celles qu’implique l’exercice loyal de la profession et que commandent les règles de la déontologie.

Il y a une part de subjectivité, un flou. On ne peut pas dire aujourd’hui que ces lignes sont clairement définies. Le même thème peut être sujet à caution ou non selon l’interprétation que l’on en fait !
Un travail est en cours là-dessus. Le gouvernement a initié un processus de concertation avec les différentes parties concernées dans l’objectif d’une réforme globale du secteur de la presse écrite, visant la révision du code de la presse, la mise en place d’une structure d’arbitrage, appelée à jouer le rôle d’une haute autorité morale, la mise à niveau de l’entreprise de presse et la définition des critères pour l’obtention des aides publiques.

On reproche à l’Etat, et notamment, au ministère de l’Intérieur son interventionnisme dans le champ politique mais également économique.
Ceux qui disent cela ne connaissent absolument pas la réalité de leur pays. Nous sommes un pays d’institutions. Chacun a son domaine d’intervention. Aujourd’hui, ceux qui disent que le ministère de l’Intérieur joue ce rôle sont des gens qui ont gardé d’anciens souvenirs.
Cela dit, les prérogatives du ministère de l’Intérieur touchent à tous les domaines de la vie quotidienne des populations. Et c’est ainsi dans tous les pays démocratiques du monde. Le ministère de l’Intérieur a un rôle économique comme l’Equipement, qui réalise des routes et des ports, en a un. Nous avons un rôle de facilitateur. Faciliter l’acquisition de terrains, la réalisation de zones industrielles, la création d’entreprises. Tout cela, nous ne le faisons pas dans un cadre interventionniste. L’Intérieur n’intervient pas dans le choix des entreprises ou dans leurs projets d’investissement ou dans la domestication d’institutions.

On dit justement que la marge de manœuvre du gouvernement est étroite, qu’il n’a pas les moyens de travailler, que les «commissions» lui font de l’ombre, que les conseillers interviennent dans ses dossiers…
Vous savez, les «on» cachent généralement des idées pas toujours très saines : «on dit», «on raconte», «on pense». A ma connaissance, aucun membre du gouvernement, à commencer par le premier ministre, ne s’est plaint de l’étroitesse de sa marge de manœuvre. Les ministres, le gouvernement, sous la conduite du premier ministre exercent pleinement, je répète, pleinement, leurs prérogatives. Il y a tellement de choses à faire, tellement de chantiers ouverts. Evidemment, les moyens financiers sont ce qu’ils sont, débattus et définis dans le cadre de la Loi de finances. Pour le reste, les prérogatives, les priorités de chaque département, le choix des hommes pour mener à bien les projets, tout cela relève d’un fonctionnement tout ce qu’il y a de plus normal dans l’activité d’une équipe gouvernementale, fortement soutenue dans son travail et encouragée par S. M. qui définit les priorités. Aujourd’hui, avec l’avènement du nouveau règne, des réformes profondes et accélérées ont été engagées. Cela nous pousse à bouger, à suivre le rythme de Sa Majesté.

Suivre le rythme ! Le Souverain bouge plus vite que le gouvernement !
Sa Majesté prend des initiatives, prend des risques politiques et le gouvernement applique les consignes, il n’y a pas de décalage.

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire «La Vérité», le président de la CGEM estime que le système de gouvernance au Maroc est flou, qu’il y a une dilution des responsabilités…
Comme je vous l’ai dit, je n’apprécie pas beaucoup tout ce qui est mis derrière les «on». Or, dans l’interview de M. Chami que j’ai lue avec beaucoup d’intérêt, il y en a exagérément. A tel point que le lecteur finit par ne plus très bien comprendre ce qui semble préoccuper Hassan Chami. Il croit qu’«on» gère mal, qu’«on» a cherché à plomber l’action du gouvernement et qu’«on» a voulu dire au premier ministre «le Maroc, ce n’est pas toi», etc. Enfin, il fallait deviner que M. Chami est préoccupé par l’avenir, celui du capital, celui de la compétitivité et de l’économie. Il fait référence, de manière répétitive au rôle du premier ministre. Or, je crois savoir que M. Chami ne fait pas partie du service de presse de ce dernier. Comme je crois savoir aussi que les patrons qu’il est censé représenter n’ont pas compris l’opportunité de cette interview.
Il y a un seul point sur lequel je serais tenté d’être d’accord avec M. Chami, c’est que nous ne communiquons pas assez, c’est un fait. Alors que nos actions sont importantes et déterminantes dans de nombreux domaines, malgré les contraintes de la multitude de dossiers que nous traitons chaque jour. Là-dessus, le gouvernement n’a pas à rougir de son bilan, bien au contraire.

Vous ne pouvez reprocher à M. Chami, en tant que président de la CGEM, d’émettre un point de vue, disons original, ou atypique, sur la gestion des affaires publiques !
Bien sûr, et tout point de vue contribue à enrichir le débat. Or, il n’y a pas de point de vue ou de position «originale» ou «atypique». M. Chami tient des propos sur la gouvernance, suggérant qu’une espèce de pieuvre agit dans l’ombre. Pourtant, il est bien placé, lui qui a longuement travaillé dans l’administration, et qui a même été ministre des Travaux publics au début des années 70, pour connaître le fonctionnement de cette gouvernance qu’il critique. Et c’est parce qu’aujourd’hui le fonctionnement est clair dans les rapports entre les différentes institutions que certaines personnes, grâce à Dieu minoritaires, semblent avoir perdu tous leurs repères.
Nous sommes dans une Monarchie exécutive dans laquelle le Roi règne et gouverne. Le premier ministre coordonne l’action d’un gouvernement responsable qui dispose d’une majorité au Parlement et qui s’est engagé sur un programme. Le Parlement joue son rôle pour légiférer et contrôler l’action du gouvernement, en s’appuyant sur une majorité politique. A ce jour, c’est ainsi que les institutions marocaines fonctionnent.
Et comme M. Chami a décidé de nous éclairer de ses analyses sur la politique nationale, il me permettra sans doute de parler à mon tour de questions économiques, même si elles ne concernent pas directement l’activité de mon département, sachant, du reste, qu’en tant qu’ancien membre des instances de la CGEM, je saisis cette occasion pour dire ce que je pense.
Il dit par exemple que la bourgeoisie marocaine a été créée de façon artificielle, grâce à des privilèges ou des protections qui lui ont permis de gagner beaucoup d’argent dans «le cocon de ce système douillet».
Je serais étonné que la majorité des hommes d’affaires se reconnaissent dans la caricature de l’histoire de la bourgeoisie marocaine de M. Chami. Et là, je rends hommage à ces entrepreneurs qui se battent, jour après jour, pour améliorer les performances de leurs entreprises, créent de l’emploi et investissent dans la clarté et la transparence qu’imposent les règles de la compétition et de l’Etat de droit. Je vous rappelle au passage que 90% de ce tissu entreprenarial est composé, pour l’essentiel, de PME-PMI non représentées au sein de la CGEM.
Ces entrepreneurs sont conscients du tournant important que vit le pays actuellement dans un environnement difficile, avec des contraintes réelles. D’ailleurs, dans ses recommandations, Sa Majesté nous demande d’être en permanence à l’écoute des chefs d’entreprises, et nos portes leurs sont toujours ouvertes. Pour ceux-là, et ils sont largement majoritaires, le système est clair. C’est là que la CGEM a un véritable rôle à jouer. Je me demande jusqu’à quel point M. Chami en est, lui, conscient.

Que diriez vous à ceux qui ont une lecture pessimiste de l’action des pouvoirs publics ?
Ceux qui entretiennent le scepticisme devraient être conscients de la phase historique de transition que nous vivons et dans laquelle se construit le «Maroc de demain». La consolidation de la démocratie, de l’Etat de Droit, l’impulsion du secteur économique sont autant de défis que nous devons relever ensemble. Jamais le pays, en si peu de temps, n’a ouvert autant de chantiers sur tous les fronts dans le cadre d’un processus exaltant de changement et de réformes.

Mustapha Sahel Ministre de l’Intérieur
L’INDH sera accompagnée d’une démarche continue d’évaluation de contrôle et d’audit menée par des corps de contrôle tels l’IGF et l’IGAT ainsi que par les organes de contrôle ordinaires de la dépense publique par les organes compétents : CED, TG, etc.