Les compagnies refusent de délivrer des mandats à  trente cabinets de courtage

Sur 200 courtiers arrivés sur le marché entre 2005 et 2007, 30 n’ont toujours pas de contrat avec les compagnies

Les courtiers accusent les
assureurs de favoriser leurs agents exclusifs et la DAPS de laisser faire

Les
compagnies disent s’appuyer sur des critères objectifs pour arrêter
leur décision.

Une trentaine de courtiers en assurance est aujourd’hui dans l’attente. Disposant pourtant d’un agrément, ils ne peuvent exercer leur activité faute de mandat. En effet, les compagnies d’assurance refusent, selon plusieurs membres de la profession, de collaborer avec ces intermédiaires qui ont réussi l’examen entre 2005 et 2007. «Cette situation est anormale et contradictoire. Pourquoi les compagnies barrent-elles la route à ces personnes qui ont pourtant réussi l’examen de courtage et obtenu l’autorisation d’exercer délivrée par la DAPS?», s’interroge un courtier qui requiert l’anonymat. Pour un de ses confrères, l’explication est simple : les assureurs souhaitent aujourd’hui étoffer leurs réseaux d’agents exclusifs au détriment de cette catégorie d’intervenants. Il poursuit que «la relation avec l’agent exclusif est d’un tout autre ordre. Celui-ci est quasiment un salarié de la compagnie et doit répondre aux impératifs commerciaux et financiers de celle-ci».

Réagissant à ces propos, les assureurs tiennent à préciser qu’il n’y a pas de volonté de barrer la route aux courtiers et donc qu’il n’y a pas de refus délibéré. D’ailleurs, plusieurs compagnies disent avoir accordé, en 2007, des codes à plusieurs courtiers. Les compagnies soulignent par ailleurs qu’elles ne peuvent octroyer des mandats à tour de bras car elles ont «des critères de sélection qui motivent [leurs] décisions». Parmi ces critères, trois sont primordiaux : la localisation (l’emplacement du courtier doit correspondre aux besoins régionaux de la compagnie), la surface commerciale, et enfin la capacité financière. Les assureurs se disent intransigeants sur ces trois critères car il y va de la qualité de leurs stratégies de développement sur le marché.

Ces arguments ne semblent pas convaincre les courtiers qui, tout en pointant du doigt les compagnies, jettent également la pierre à la direction des assurances et de la prévoyance sociale (DAPS). Pour eux, cette dernière a sa part de responsabilité dans la situation actuelle puisqu’elle continue à délivrer des agréments tout en étant consciente des blocages au niveau des compagnies. Plus grave encore, soulignent certains courtiers, «les candidats qui réussissent à l’examen de courtage organisé par l’administration n’ont pas, le plus souvent, les compétences nécessaires. Certains ignorent même la langue française… Pourquoi alors mettre sur le marché des courtiers incompétents ?».

En somme, on reconnaît que certains intermédiaires n’ont pas les compétences requises et que la possibilité qui est leur donnée d’exercer nuit au développement du marché. D’ailleurs, selon des sources proches du dossier, il y en a qui ont mis la clé sous le paillasson faute de capacités techniques, commerciales et financières. Malgré tout, la corporation s’interroge aussi sur l’attitude de la DAPS qui n’est pas intervenue pour trouver une issue au problème.

La DAPS s’interdit d’intervenir entre assureurs et courtiers
Pour cette direction, le Code des assurances a clairement défini les conditions d’octroi de l’agrément (voir encadré) et précise que son rôle consiste à contrôler l’existence de ces conditions pour octroyer l’autorisation d’exercer. «Certes, l’Etat organise le travail dans le secteur et peut intervenir dans la relation liant l’assureur au courtier. Mais, le secteur est libéralisé et la direction n’est pas en mesure d’obliger une compagnie à mandater des courtiers. Cela relève de sa stratégie de développement et de ses besoins», dit-on à la DAPS.

Pour l’heure, le problème demeure posé et il n’y a aucune visibilité quant à une éventuelle issue. Certains courtiers estiment qu’il importe d’ouvrir le débat avec les assureurs, afin de mettre de l’ordre dans cette branche d’activité. Mais au préalable, «et dans l’objectif d’un rajeunissement, il faudra renouveler le bureau de la Fédération nationale des agents et courtiers d’assurance du Maroc (Fnacam) et élire des gens avec une nouvelle mentalité !». Ces courtiers appellent en outre les compagnies à prendre conscience de l’importance de leur profession et à redonner un sens à un partenariat avec eux.
En dernier lieu, ils demandent à l’administration de suspendre les examens de courtage. Le marché des intermédiaires n’est certes pas saturé (1 000 dont 70 % d’agents et 30 % de courtiers) mais plutôt mal organisé. C’est à ce niveau qu’il convient donc d’agir pour permettre un développement équilibré du secteur des assurances qui a enregistré, au terme du premier semestre 2007, une croissance de 9 % de son chiffre d’affaires par rapport à la même période de l’année précédente, à environ 15 milliards de DH.

Rappelons que la DAPS avait, en 1995, mené une campagne d’assainissement du réseau qui souffrait de pratiques anarchiques. L’administration avait alors arrêté la délivrance d’agréments. Mais, avec la promulgation du nouveau Code des assurances, et parce que, selon certaines sources proches du dossier, les compagnies avaient besoin d’agents généraux, les examens ont été relancés.

Deux examens ont eu lieu entre 2005 et 2007. L’absence de mandat a poussé certains à abandonner, d’autres n’ayant pas démarré leur activité se sont vu retirer les agréments et une trentaine de courtiers attendent toujours mais sans grand espoir !