Les clients moyenne et basse tension pourront bientôt choisir leur fournisseur

Après la haute et très haute tension, le réseau de transport d’électricité sera ouvert à  la moyenne tension dans un an environ. Une étude d’opportunité est en cours et ses conclusions seront livrées en mai 2014. Un potentiel de 25 000 MW rien que dans l’éolien.

C’est une nouvelle étape que le Maroc s’apprête à franchir dans l’ouverture à la concurrence du marché de la production et de la commercialisation de l’électricité produite à partir des énergies renouvelables. Dès 2015, si tout se passe bien, les consommateurs moyenne tension, soit l’essentiel du tissu productif national, pourraient en effet choisir leur fournisseur d’électricité. Et celui-ci peut bien être, s’il est concurrentiel, un producteur privé d’électricité «verte».
C’est dans ce but que le ministère de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement a lancé le 14 novembre 2013 une étude qui va définir les conditions et les modalités d’accès au réseau électrique national de la moyenne tension. Les conclusions de cette étude devraient être connues au mois de mai 2014, a indiqué à La Vie éco le ministre de l’énergie et des mines, Abdelkader Amara. Après quoi, il s’agira de mener une concertation avec les acteurs de la profession (ONEE, distributeurs et producteurs), avant de mettre en place le cadre réglementaire (un décret) pour le libre accès de la moyenne tension au réseau national.
La loi 13-09 sur les énergies renouvelables, promulguée en février 2010, prévoit en effet (article 5) que la commercialisation, via le réseau, de l’électricité moyenne tension de sources renouvelables, est subordonnée à des conditions et modalités fixées par voie réglementaire.
D’aucuns peuvent se poser la question de savoir pourquoi, contrairement à la haute et très haute tension, la moyenne tension a été soumise, pour l’accès au réseau, à un texte réglementaire. Selon des sources proches du dossier, cela tient au fait qu’il existe, sur le créneau de la commercialisation (ou de la distribution), une multitude d’intervenants dans la moyenne tension : l’ONEE, les concessionnaires privés et les régies publiques. Ce n’est pas tout à fait le cas des clients de la très haute et haute tension, globalement alimentées directement par l’ONEE. Cela signifie que donner, dès le départ, la possibilité aux producteurs privés d’électricité verte de vendre directement aux clients moyenne tension, aurait eu probablement pour résultat de «bousculer» les concessionnaires privés et les régies publiques (mais surtout les concessionnaires), sans parler des problèmes techniques éventuels liés à la stabilité du réseau.

Les intérêts des uns et  des autres ne convergent pas toujours…

On se souvient, à cet égard, que la mise en place par le ministère de l’énergie et des mines de la mesure d’économie de l’énergie électrique «-20/-20», dans le cadre du programme national d’actions prioritaires (PNAP) en vue de maîtriser la demande, n’avait pas été du goût de tout le monde. Car, ce qui pouvait être une économie d’énergie pour les uns n’était rien d’autre qu’un manque à gagner pour les autres. Il a d’ailleurs fallu, pour impliquer ces derniers dans le processus, leur rembourser la contrepartie des économies que les consommateurs ont réalisées sur leur facture… C’est dire que les intérêts des uns et des autres, forcément, ne convergent pas toujours lorsqu’il est question d’économie d’énergie. Et précisément, les énergies renouvelables répondent parfaitement à l’objectif de réduire la facture énergétique, sans parler de la réduction des émissions de CO2.
L’étude du ministère de l’énergie et des mines, déjà évoquée, s’intéressera d’ailleurs, entre autres, à l’opportunité économique d’ouvrir le réseau à la moyenne tension : quels en sont les besoins, dans quelles zones géographiques, quels impacts sur l’environnement et, pourquoi pas, sur les distributeurs existants ? En somme, le libre accès des producteurs privés d’électricité de sources renouvelables (éolien, solaire, hydraulique, géothermie, biomasse, gaz de décharges, etc.) devrait se réaliser suivant les conclusions de l’étude d’opportunité en cours de réalisation.

Le ministre de l’énergie et des mines paraît, lui, tout à fait convaincu de l’importance de faire aboutir ce chantier, si possible rapidement, c’est-à-dire en 2015, soit dans une année environ. Mais, a-t-il confié à La Vie éco, «cela se fera de manière progressive et en complète concertation avec les opérateurs». Pour lui, le potentiel des énergies renouvelables au Maroc (25 000 MW rien que pour l’éolien, soit près de 4 fois la capacité totale actuelle installée, toutes sources d’énergies confondues) est tel qu’il faut également développer rapidement le photovoltaïque. Se basant sur une étude réalisée par le ministère en 2012, le ministre prône désormais «une démocratisation» du photovoltaïque en encourageant son utilisation à grande échelle. Et il ne s’agit pas seulement du solaire photovoltaïque à usage domestique, mais d’un photovoltaïque connecté au réseau basse tension ; autrement dit une énergie électrique à partir du photovoltaïque commercialisable via le réseau basse tension de l’ONEE. Le ministère prévoit d’ailleurs de lancer un programme national de l’utilisation à grande échelle du photovoltaïque connecté au réseau basse tension. Il n’en précise pas la date car, comme le recommande l’étude en question, il faudra auparavant mettre en place les outils juridiques pour ce chantier (statut du producteur privé, modalités de raccordement au réseau, etc.). Mais, ce serait à coup sûr une révolution. Songez que, si cela aboutissait (et pourquoi pas !), des ménages pourraient choisir de s’alimenter en électricité depuis une installation solaire photovoltaïque appartenant à un producteur privé ! Il faut le savoir, c’est déjà le cas en France depuis 2006, pour ne citer qu’un pays que tout le monde connaît.
Toutefois, la connexion au réseau public basse tension de l’électrique produite à partir du solaire photovoltaïque risque de prendre quelque temps (pour une multitude de raisons, y compris des raisons purement techniques). On peut penser aussi que l’ouverture du réseau à la moyenne tension, malgré la bonne volonté du ministère de tutelle, irait probablement au-delà de 2015. Ce qui est sûr en revanche, c’est que la haute et très haute tension sera bientôt opérationnelle. D’ores et déjà, des clients grands comptes, alimentés en très haute et haute tension (aéroports, ONCF, aciérie…) sont à la recherche d’une énergie électrique propre et peut-être à bon marché, que des producteurs privés comme Nareva, UPC (entreprise américaine) ou encore SGTM-Energie (filiale de SGTM, créée à la suite de la loi 13-09) pourraient leur fournir, via le réseau national, ou à travers des lignes directes qu’il faudra construire.
Tout cela, pour bien fonctionner, sur les plans de la transparence et de la tarification, entre autres, nécessite la mise en place d’une autorité indépendante de régulation, comme cela est le cas dans les pays (en France par exemple) où le marché électrique est libéralisé (voir encadré).