Les cimentiers craignent une baisse de la consommation de 10% cette année

La demande a augmenté de 9% en août et de 8% en septembre mais cela n’éponge pas le recul de 8.2% cumulé durant les 9 premiers mois de l’année. L’arrêt des chantiers en raison de l’Aïd Al Adha et le probable retard de la Loi de finances pénaliseront la consommation sur la fin de l’année.

Après un premier trimestre catastrophique et un second trimestre un peu mieux orienté, la demande de ciment gagne en vigueur. Les ventes de ce matériau ont en effet enregistré une hausse de près de 8% sur le mois de septembre en comparaison avec le même mois de l’année passée, selon les chiffres encore provisoires du ministère de l’habitat. Une embellie qui fait suite à un bon mois d’août marqué par une hausse de la consommation de 9,2%. Mais cette amélioration relative (effet de base favorable) est encore loin de tirer d’affaire le marché qui enregistre durant les 9 premiers mois de l’année une baisse de 8,2%, à 11,3 millions de tonnes de ciment.

C’est que le secteur paie le prix d’un début d’année chaotique (plus de 20% de baisse au premier trimestre). Avec d’importantes précipitations qui ont perturbé les chantiers, le démarrage de 2013 ne soutient absolument pas la comparaison avec un premier trimestre 2012 porteur qui a enregistré peu d’arrêts de chantier et bénéficié d’un niveau de demande exceptionnel, précise-t-on auprès de Lafarge Maroc dont les récents résultats semestriels font ressortir une baisse de chiffre d’affaires de 5,5%. Pour ne rien arranger, l’activité des principaux consommateurs de ciment s’est montrée hésitante sur la première moitié de l’année. Côté BTP, les entreprises ont connu quasiment un calme plat en raison des retards des reports de crédit au niveau des administrations. Mais c’est surtout la méforme de la promotion immobilière, qui absorbe historiquement 80% de la production nationale de ciment, qui a été la plus pénalisante.
Bridé par le nouveau régime de taxation des revenus de vente des terrains nus, ou encore les contraintes de la nouvelle loi sur les notaires, le secteur accuse le coup. Les mises en chantier des opérations économiques et sociales (logement social et auto-construction), seul segment encore dynamique il y a peu, ont dégringolé de 46% au premier semestre de l’année, selon les chiffres officiels. Et l’atonie est restée encore perceptible au début du second semestre en raison de l’interruption d’une majorité de chantiers durant l’été, d’autant plus que la saison a coïncidé avec Ramadan.

Une surcapacité de production de 5 millions de tonnes

Avec des chantiers qui devraient encore subir un coup d’arrêt à l’occasion de la prochaine Fête du sacrifice (au moins 15 jours d’interruption des chantiers), la fin d’année ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices pour les cimentiers. A cela s’ajoute le retard qui sera immanquablement pris dans l’élaboration de la prochaine Loi de finances, induisant très probablement pour l’année prochaine des retards dans les reports de crédits.

En prenant en ligne de compte tous ces facteurs, les analystes spécialisés prédisent pour le secteur une baisse de la demande de 8% au titre de l’année 2013. La décrue pourrait même atteindre 10%, craint Mohamed Chaibi, président de l’Association professionnelle des cimentiers (APC), et président de Ciments du Maroc dont les volumes de ventes ont chuté de près de 12% au premier semestre 2013.

Si encore la demande qui pique du nez était le seul motif d’inquiétude pour les cimentiers. Les opérateurs ont en plus les mains liées puisqu’ils ne peuvent augmenter leurs prix en raison d’une surcapacité en aggravation. Celle-ci a été multipliée par 5 depuis 2006, passant de 1 à 5 millions de tonnes. Alors que la rentabilité des cimentiers a été dopée durant   les dernières années par une demande particulièrement soutenue et une augmentation constante des prix, il n’est pas étonnant à présent de voir leur profitabilité décliner. La marge opérationnelle moyenne du secteur a reculé de 2 points, comparativement à 2006, pour s’établir à un peu plus de 30% actuellement, ce qui reste somme toute très honorable, et ce, après avoir atteint un pic de plus de 40% en 2009.