Les cabinets d’ingénierie marocains s’inquiètent de la concurrence étrangère

Les cabinets marocains ne peuvent pas soumissionner seuls à  des marchés publics dans certains pays d’Europe
L’activité a connu en 2008 une croissance de 15 à  20% par rapport à  2007
Le manque de ressources humaines accélère l’arrivée des étrangers.

Tanger Med, Casa Marina, Bab Al Bahr, Eden Island, villes nouvelles… Les grands chantiers ne manquent pas au Maroc. Ce qui représente une aubaine pour les cabinets d’ingénierie et de maîtrise d’œuvre qui ne souffrent manifestement pas de la crise. «Le très fort développement du marché marocain de l’ingénierie et de la conception technique des projets nous permet d’évoquer l’avenir à court et à moyen terme sous de très bons auspices», commente le responsable d’un cabinet de la place. Comme pour les entreprises des BTP qui travaillent essentiellement sur les marchés de l’Etat, les cabinets d’ingénierie de la maîtrise d’œuvre ne se font pas de souci quant aux carnets de commandes. Mouncef Ziani, président de la Fédération marocaine des cabinets de conseil et d’ingérierie, confirme : «Le marché marocain est très porteur depuis quelques années déjà». «L’abondance de l’offre, poursuit-il, provient principalement du fait que tous les grands programmes sectoriels ont été renforcés et accélérés». Pour illustrer ses propos, M. Ziani cite les exemples des infrastructures routières, l’accélération du programme autoroutier ou encore le projet national d’assainissement de l’eau potable et la construction des barrages. La fédération, qui regrette l’absence de statistiques pour le secteur, souligne néanmoins que l’activité a connu une croissance de 15 à 20% en 2008 par rapport à 2007. Mais la bonne santé des carnets de commandes n’épargne pas aux cabinets d’ingénierie nationaux quelques inquiétudes.

Une concurrence jugée asymétrique
En effet, depuis quelques semaines des voix s’élèvent au sein du secteur pour dénoncer la concurrence que leur livrent les cabinets internationaux. Une concurrence déloyale du moins asymétrique car les cabinets marocains, eux, ne peuvent pas soumissionner à des marchés publics en Europe à moins d’être associés à des cabinets locaux. «Le marché marocain attire de plus en plus les ingénieristes étrangers qui y cherchent non seulement un solide relais de croissance mais aussi une base de production délocalisée», confie un opérateur du secteur basé à Casablanca. Pour donner du crédit à ses propos, il cite l’exemple du cabinet français IOSIS qui vient d’ouvrir un bureau de représentation à Tanger. Revendiquant un chiffre d’affaires d’environ 1,8 milliard de DH (160 millions d’euros) en 2008 et employant près de 1 100 personnes, ce groupe a décidé de s’installer au Maroc après avoir remporté le marché de la future usine de Renault prévue sur le site de Melloussa. «Conjuguée à l’essoufflement des marchés occidentaux, la croissance de notre marché interne permet aux enseignes étrangères de s’installer sur le sol marocain après y avoir signé leur premier contrat. Et beaucoup d’entre eux y prennent goût et commencent à lorgner d’autres marchés», ajoute cet ingénieur.
S’il partage cet avis quant  à la présence des enseignes étrangères, M. Ziani tempère, en revanche, l’importance de ce phénomène. «Globalement, la part du marché du conseil et de l’ingénierie des entreprises étrangères n’est pas très significative», explique-t-il. Néanmoins, le président de la fédération reconnaît que la concurrence étrangère devient inquiétante dans certains secteurs. «Les enseignes étrangères sont de plus en plus présentes dans des domaines pointus tels que l’industrie», indique M.Ziani. Plusieurs cabinets internationaux ont réussi à transformer un gros contrat en une implantation pérenne. C’est le cas notamment de Bétom Ingénierie qui a investi le marché marocain depuis deux ans et qui peut se targuer d’un carnet de commandes des plus séduisants (usine d’équipements médicaux à Tanger, Eden Island à Bouznika, projet Bab Al Bahr à Rabat…).
Mais la présence de plus en plus significative des enseignes internationales sur le marché marocain n’est pas le seul souci des cabinets nationaux. «Les ingénieries européennes profitent d’une concurrence asymétrique puisque les opérateurs nationaux ne peuvent pas les concurrencer sur leurs propres marchés», souligne l’ingénieur de Casablanca. En effet, les opérateurs marocains souffrent du protectionnisme qui caractérise certains marchés européens. «Contrairement au Maroc qui est un marché ouvert, les pays d’Europe occidentale comme la France protègent leur marché intérieur par des barrières non-tarifaires telles que le système de partenariat avec des cabinets locaux exigé pour les marchés publics», assure M.Ziani dont le cabinet, CID, est le seul à avoir franchi la Méditerranée pour aller concurrencer les grands cabinets européens en… Albanie !
Du côté des enseignes internationales installées au Maroc, on explique la présence par «une demande en étude supérieure à l’offre proposée par les cabinets nationaux».
Pour Christophe Berthet, directeur général de Oger International Maroc, «l’ingénierie marocaine ne manque pas de compétence. Pour preuve, quelques bureaux d’étude et d’ingénierie travaillent pour le compte des marchés étrangers tels que les Emirats Arabes Unis», souligne le patron d’Oger.  Selon lui, si l’ingénierie nationale n’a rien à envier aux cabinets internationaux, elle demeure par contre faible en matière de coordination.