Les banques vont répercuter la baisse du taux directeur

Sondés, les grands établissements de la place annoncent leur intention de réduire leurs taux débiteurs. Les baisses concerneront d’abord les crédits de trésorerie et d’investissement des entreprises pour s’étendre ensuite aux crédits à  la consommation et à  l’habitat n Mais les réductions ne seront appliquées qu’à  des franges réduites de la clientèle, ce qui pourrait limiter l’effet de relance économique attendu.

Les banques semblent bien avoir reçu le message de Bank Al-Maghrib. Elles sont en effet disposées à réduire les taux des crédits successivement à l’abaissement du taux directeur décidé par la Banque centrale lors de son conseil du 16 décembre dernier. C’est ce qu’a pu relever La Vie éco en sondant les grands établissements de la place. «BAM a donné un premier signal positif en septembre dernier avec la réduction du taux directeur de 25 points de base, à 2,75%. Et la récente diminution de 25 points de base supplémentaires ancre la baisse dans la durée, ce que réclament les établissements avant de répercuter une diminution du taux directeur sur leurs tarifs», commente un directeur d’établissement. Pour enfoncer le clou, le wali de BAM, lors d’une réunion tenue au lendemain du dernier conseil de l’institution, a explicitement invité les banques à réduire les taux des crédits en laissant entendre que le taux directeur ne devrait pas augmenter de sitôt, rapportent des professionnels qui étaient présents lors de cette réunion.

Certes, en lui-même, le taux directeur n’a pas un impact considérable sur le coût du refinancement des banques. Il correspond en effet au taux des avances à 7 jours accordées par BAM qui ne pèsent actuellement que 50 milliards de DH, à rapporter aux 900 milliards de DH de ressources globales que détiennent les banques. Cependant, «le taux directeur agit sur les systèmes de cotation des autres compartiments du marché monétaire de manière directe ou par effet psychologique», concède un directeur de banque. Le marché interbancaire, sur lequel les établissements se prêtent entre eux, est le premier à s’aligner sur le taux directeur sous l’effet des ajustements opérés par BAM. Les taux des bons du Trésor auxquels sont corrélés les tarifs du crédit mais aussi les taux intérêt créditeurs sur les dépôts rémunérés, suivent, et ils sont d’autant plus à même de baisser rapidement dans l’actuel contexte d’aisance du Trésor.
La diminution du taux directeur devrait d’abord être répercutée sur les financements aux entreprises, à savoir les crédits de trésorerie et d’investissement, informent les banquiers. Sur la première catégorie, les lignes spot octroyées sur des périodes très courtes ont à vrai dire déjà vu leur coût diminuer successivement à la première baisse du taux directeur en septembre dernier. Leur taux actuel descend jusqu’à 4,9%, ce qui est déjà un plus bas historique, et une diminution dans les mêmes proportions que la récente baisse du taux directeur devrait être appliquée, annoncent les banquiers.
Il en est de même pour les crédits d’investissement qui ont eux aussi baissé dans l’ensemble de 25 points de base depuis septembre dernier pour se stabiliser aujourd’hui entre 5,5% pour les PME et 7% pour les TPME. Et une baisse supplémentaire de 25 points de base est annoncée sur les prochaines semaines, soit des crédits à l’équipement qui devraient commencer à 5,25%.

Certains banquiers avancent même qu’il y aura des baisses plus importantes que la diminution du taux directeur pour les crédits aux entreprises. «Ce zèle sur le financement des entreprises est à lier à la concurrence sur ce segment, surtout en cette fin d’année où les établissements ont le souci de doper leurs indicateurs commerciaux pour embellir leurs états financiers», justifie un professionnel. Car il faut bien comprendre que sur le financement corporate, les banques se disputent un petit marché puisqu’elles restent cantonnées aux entreprises bien notées, généralement des PME drainant au moins 150 MDH de chiffre d’affaires ou des grands groupes. «Ce sont ces opérateurs qui bénéficieront de financements plus avantageux, tandis que les conditions resteront inchangées pour les autres catégories d’entreprises», informe sans détour un professionnel.
De fait, si la baisse des taux ne profite qu’à une frange réduite d’entreprises, des questions se posent quant à la faculté de l’abaissement du taux directeur de relancer l’économie, tel qu’espéré par BAM. Une perspective remise encore plus en question par le fait que le coût du financement n’est pas le facteur le plus déterminant auprès des entreprises pour décider d’un investissement, lequel dépend plus de la situation de la demande, des marchés à l’export…

Les baisses seront réservées aux clients présentant un bon profil de risque

Quoi qu’il en soit, les banquiers annoncent que le crédit à la consommation devrait à son tour connaître des baisses de taux peu après les financements aux entreprises. «C’est que les banques ne peuvent maintenir un décalage entre les crédits aux particuliers et ceux destinés aux professionnels», justifie simplement un banquier. Une baisse d’un quart de point est annoncée par les professionnels, ce qui, appliqué aux taux actuels, fait ressortir des crédits conso à partir de 7,5% pour les financements auprès des banques et à partir de 9,5% chez les sociétés spécialisées. Mais là encore les professionnels limitent ces futures réductions de taux à une clientèle présentant un bon profil de risque, la situation restant inchangée par ailleurs, des hausses de taux étant même envisagées par certains professionnels dans l’actuel contexte de dérapage des impayés. Ceux-ci ont par ailleurs déjà fait augmenter les taux de 50 à 75 points de base depuis 2013, selon les banquiers.

Ce qui nous amène à l’impact attendu sur les crédits immobiliers et il faut dire que les professionnels sont partagés sur la question. Certains pensent en effet que les taux de ces financements sont déjà bas et qu’il est difficile de les faire chuter davantage. Il est vrai que les meilleurs taux fixes du marché, sans même être conventionnés, démarrent actuellement à 5,25%. Mais d’autres spécialistes estiment qu’il existe toujours une marge pour une réduction supplémentaire, «surtout que le crédit immobilier fait office de produit d’appel favorisant le placement d’autres produits bancaires», rappelle un professionnel. De fait, une baisse d’un quart de point est anticipée par certains banquiers à moyen terme, sachant qu’actuellement, selon les conditions standards, les taux fixes pratiqués tournent autour de 5,80%. En tout état de cause, qu’ils anticipent une baisse de taux ou pas, les banquiers n’envisagent pas de détente sur les autres conditions de financement, notamment l’apport personnel exigé des acquéreurs qui peut aller aujourd’hui jusqu’à 30%.