Les banques se renforcent dans le crédit conso, les sociétés spécialisées s’inquiètent pour leur business

La part de marché des banques sur le crédit à  la consommation est passée de 34% en 2005 à  53% en 2011. Elles profitent d’un réseau plus large et d’un coût de refinancement moins cher. Pour contre-attaquer, les sociétés spécialisées comptent investir de nouveaux segments de clientèle, voire de nouveaux métiers.

C’est l’offensive. Peu actives il y a encore quelques années dans le domaine du crédit à la consommation, les banques ont porté un intérêt grandissant à cette activité ces derniers temps et ont réussi une très nette percée jusqu’à présent. En 2009 déjà, elles sont parvenues à brasser autant d’encours de crédits conso que les sociétés spécialisées et elles n’ont cessé de forcer le trait depuis pour accaparer une part de marché de 51% en 2010 puis de 53% en 2011. Pour apprécier cette progression, précisons qu’en 2005, elles ne détenaient que 34% de l’encours de ces crédits.

Pour gagner du terrain aussi vite, ces établissements ont dû pousser leur machine commerciale bien plus que les sociétés de financement et cela ressort très nettement dans les progressions d’encours des unes et des autres. C’est ainsi que le stock de prêts des banques a progressé de 19% en 2009, de 8% en 2010 et de 11% en 2011 pour pointer ce début d’année à plus de 36,3 milliards de DH. En face, les sociétés spécialisées n’affichent que des progressions de 9,2% en 2009 et 4,4% en 2010 et en 2011. Et le fossé semble davantage se creuser puisque les banques approchent une progression de 9% sur les 5 premiers mois de 2012 quand les sociétés de financement n’affichaient qu’une hausse d’encours de 3% au premier trimestre de 2012.

Les banques offrent des taux autour de 7% contre 10% chez les sociétés de crédit

Pourquoi les banques forcent-elles autant le trait sur le crédit conso ? «En raison des difficultés de placer des crédits aux entreprises pour des considérations de risques ou du fait d’un manque de projets séduisants, le crédit à la consommation devient particulièrement attrayant», justifie pragmatiquement un directeur commercial au sein d’une banque. Effectivement, si l’on considère les seuls 5 premiers mois de l’année, rares sont les catégories de crédit qui peuvent rivaliser en termes de rythme de progression d’encours avec les financements à la consommation. Ces derniers augmentent de 9% contre seulement 4% pour le crédit logement, un statu quo pour les crédits à la promotion immobilière et même une baisse pour les crédits à l’équipement et les facilités de caisse. Les banques sont d’autant plus motivées pour se renforcer sur le crédit conso qu’elles peuvent s’appuyer sur un ensemble d’avantages par rapport aux sociétés spécialisées. D’abord, du fait d’un coût de refinancement nettement inférieur, les banques peuvent offrir des taux beaucoup plus avantageux que les sociétés de crédit conso. «On s’aligne systématiquement sur les fourchettes basses, autour de 7% contre des moyennes de 10% pour les sociétés spécialisées», confirme un responsable au sein d’un établissement bancaire. Ensuite, les banques peuvent s’appuyer sur leur large réseau d’agences pour distribuer leurs solutions. «Les réseaux commerciaux sont spécifiquement mis à contribution pour placer des conventions de crédit collectives avec différents organismes et pour effectuer des rachats de crédit, deux mécanismes qui ont permis aux banques de rapidement gagner du terrain sur les derniers mois», précise un banquier.

Les banques sont mieux renseignées sur la solvabilité des emprunteurs

L’on s’en doute, les sociétés spécialisées ne sont pas sans s’inquiéter de cette montée en puissance des banques. Certains patrons de sociétés jugent même curieuses les performances des établissements de la place sur le crédit conso étant donné le contexte de montée des risques qui dicte plutôt une attitude conservatrice pour l’octroi de financements.

C’est d’ailleurs cette même attitude qui est revendiquée par les sociétés de crédit à la consommation pour justifier leur faible progression d’encours. La conjoncture actuelle aurait effectivement tendance à conforter les sociétés spécialisées dans leur prudence surtout si l’on se rappelle que 62% des prélèvements automatiques (servant essentiellement au remboursement de crédits) n’ont pas abouti en 2011 à cause de l’absence ou du manque de provisions du détenteur du compte, selon les statistiques de Bank Al-Maghrib. Côté banques, l’on ne s’en inquiète pas plus que cela. «Les établissements de la place disposent d’informations plus détaillées que les sociétés spécialisées sur leurs clients et sont à même d’apprécier convenablement leur solvabilité», informe un directeur de réseau. Là encore, ce sont les sociétés spécialisées qui pourraient en faire les frais. Le risque étant, selon les observateurs, que les banques, qui se retrouvent en situation privilégiée pour capter la clientèle la plus solvable, refusent les autres clients qui iront vers les sociétés spécialisées.

En raison de ce risque d’écrémage et plus généralement pour contre-attaquer l’agressivité commerciale des banques, les spécialistes du crédit conso rassemblés sous la bannière de l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF), étudient actuellement des pistes pour faire évoluer leur business model. Point de plan d’action pour l’heure. Néanmoins, les stratégies étudiées en secret par chacun des opérateurs suggèrent de s’attaquer à de nouveaux segments de clientèle (les professionnels notamment), voire de nouveaux métiers (produits d’épargne…). L’enjeu dès lors serait de ne pas dénaturer le métier.