Les banques prêtent à  6.52% alors que l’argent leur coûte à  peine 1.93%

Les dépôts non rémunérés représentent 57% du total des dépôts bancaires. Les comptes rémunérés ne coûtent aux banques que 3% environ. En même temps, la rentabilité de leurs fonds propres est supérieure à  15% en moyenne sur les dix dernières années, soit le double qu’en France.

Les banques marocaines gagnent-elles trop d’argent ? Souvent, le citoyen lambda, a fortiori le titulaire d’un compte bancaire, se pose cette question et la réponse qu’il y apporte lui-même est invariable : «Oui, elles se gavent d’argent et à notre détriment» ! Est-ce vrai ? Est-ce faux ? Quelle est la part du vrai et du faux dans cette accusation qui, certes, ne date pas d’aujourd’hui, mais semble se renforcer avec la crise financière internationale, à  l’origine de laquelle, il faut le rappeler, on trouve les banques et le système financier international. Avec la contamination de l’économie réelle qui s’en est suivie et dont l’onde de choc s’est propagée un peu partout dans le monde, en particulier dans les pays partenaires des économies occidentales, la suspicion à l’égard de la finance a augmenté d’un cran, alimentée par des débats à n’en plus finir sur les chaînes satellitaires.

Que disent les statistiques officielles sur la question de la rentabilité des banques marocaines ?

Bank Al-Maghrib, lors de la réunion de son conseil en mars dernier, avait abaissé le taux de refinancement des banques, soit le taux directeur, de 3,25% à 3%, considérant que l’inflation était faible et que le risque pour le futur proche était circonscrit dans des limites raisonnables. Cela sachant que les taux interbancaires (refinancement entre banques) sont restés en dessous de 3,5% depuis 2008 (ils sont actuellement de 3,06%). Les taux créditeurs, ceux servis aux déposants, se situent, eux, à environ 3% : 2,97% pour les comptes sur carnets et 3,5% pour les dépôts à terme. Si on ajoute à cela la gratuité de 57% des dépôts de la clientèle (comptes à vue donc non rémunérés), il est permis de penser que les banques marocaines disposent de ressources peu coûteuses leur permettant de réaliser des marges très confortables. D’ailleurs, leur coût moyen des ressources est, selon Bank Al-Maghrib, à peine de 1,93%, et il est stable depuis deux ans et même en baisse par rapport à 2009 (voir graphes sur le coût moyen des ressources et la marge d’intérêts).

Leur résultat net en hausse de 3,7% en 2011

L’évolution de leur résultat net le montre bien d’ailleurs : celui-ci a en effet progressé de 3,7% en 2011 à plus de 10 milliards de DH, et de 5,4% en 2010 à 9,7 milliards de DH. Et si malgré tout, la rentabilité financière, c’est-à-dire le rendement des fonds propres, accuse une petite baisse de régime depuis 2007, en terme de croissance (voir graphe), c’est pour une raison bien simple : le dénominateur, c’est-à-dire les fonds propres, eux-mêmes augmentent. Et à un rythme plus élevé que le résultat net : 6,7% et 3,7% respectivement. Pour dire les choses plus simplement, la rentabilité reste vigoureuse, c’est seulement son rapport aux fonds propres qui diminue du fait de la hausse de ces derniers. D’ailleurs, on peut observer qu’avant l’avènement de la crise mondiale, et la nécessité qui est alors apparue de renforcer les fonds propres des banques pour les mettre à l’abri des difficultés, le rendement des fonds propres croissait à un rythme élevé. Il atteignait même 20,6% en 2007, ce qui est largement au-dessus du niveau généralement exigé par les actionnaires (soit 15%), lui-même jugé excessif par de nombreux économistes.

Dans un système où en effet près de 60% (contre 42% en 2004) des ressources bancaires sont gratuites, la question du niveau «adéquat» de rentabilité peut être posée. Pourquoi 15% et pas 10% ou même 8% ? Sur quels critères les actionnaires se basent-ils pour exiger ce chiffre magique de 15% ? C’est une évidence que le système bancaire se doit d’être solide à la fois dans l’intérêt des déposants et de l’économie dans son ensemble. Cependant, la preuve est aujourd’hui faite que les banques, en réalité, courent peu de risques. La garantie publique est toujours présente et ce que l’on a vu dans les pays où les établissements de crédits se sont écroulés, est assez édifiant de ce point de vue : les banques centrales, à l’échelle nationale (comme aux Etats-Unis), ou régionale (comme dans l’Union européenne) sont massivement intervenues pour venir en aide aux banques en difficultés ; si bien que la faillite pour celles-ci paraît inenvisageable ! Et elle l’est d’ailleurs. En pleine crise, la fameuse Goldman Sacs a réalisé un taux de rentabilité sur fonds propres de 22,5% en 2009 et de 12,6 en 2010. En Europe, alors que les peuples sont plongés dans d’énormes difficultés, notamment le chômage de masse, que la croissance est famélique, voire négative dans la zone euro, la première banque du continent, HSBC, visait une rentabilité des fonds propres (pour l’essentiel en dehors de l’Europe, certes) de 15% à 19%, avant de rabaisser ses ambitions à 12%/15% !

En France, par contre, le rendement des fonds propres est moins élevé : il s’établit à 7,1% en 2010 et à 6% en 2009. Cela représente la moitié de la rentabilité des banques marocaines ! A quand le partage (avec les clients) de cette rentabilité ? Surtout que l’inflation est presque inexistante. Même si les prix à la consommation ont augmenté de 0,6% en 2011, la croissance du niveau général des prix, c’est-à-dire la vraie inflation, a, elle, été nulle…