Les banques gagnent-elles de l’argent trop facilement ?

Les commissions bancaires ne cessent d’augmenter et de se diversifier. La gratuité du service disparaît.
En 2004, 21% du PNB des banques commerciales était généré par
les commissions.
Le secteur bancaire souffre visiblement d’un manque de concurrence.

Les banques gagnent-elles trop d’argent ? Surtout, en gagnent-elle trop facilement en facturant leur services à des clients qui n’ont pas forcément le choix ? A voir le nombre, sans cesse croissant, de commissions prélevées sur le moindre service rendu, à voir aussi l’évolution des tarifs pratiqués, on est tenté de répondre par l’affirmative.
Les chiffres officiels, ceux de l’Institut d’émission comme ceux du ministère des Finances, montrent bien en tout cas que les revenus générés par les commissions bancaires ne font que croître. En effet, on peut relever dans le rapport de Banque Al Maghrib sur l’activité et les résultats des établissements de crédit pour 2004, que la marge des banques sur commissions représente 11,6% du produit net bancaire (PNB), contre 11,2 % en 2003 et 11,1 % en 2002. Et encore, il s’agit là de toutes les banques.
Au ministère des Finances, on estime qu’en mettant de côté les ex-OFS (Organismes financiers spécialisés), la part des commissions dans le PNB des banques commerciales s’élève à 21,4 % en 2004, contre 18,6 % en 2003 et 16 % en 2000. Un simple calcul permet de déduire que les banques commerciales ont engrangé des recettes de 3,5 milliards de dirhams de commissions en 2004, sachant que leur PNB, durant cet exercice, s’élevait à 16,5 milliards de dirhams.
Paradoxalement, alors que les commissions grimpent sans cesse, les ressources bancaires, elles, deviennent de moins en moins chères. Selon BAM, en effet, le coût moyen des ressources s’établissait à 1,92 % en 2004, au lieu de 2,20 % en 2003 et 2,72 en 2002. Bien normal lorsqu’on sait que les dépôts à vue non rémunérés ont augmenté de 11,6 % à 185,8 milliards de dirhams en 2004, après une hausse de 12,5 % en 2003. Il en résulte que la part des dépôts non rémunérés dans le total des dépôts a atteint 57 % en 2004.

Une marge d’intermédiation deux fois plus élevée que la moyenne réalisée dans la zone euro
Tout cela alors que le rendement moyen des emplois bancaires – essentiellement les crédits accordés -, bien qu’en légère baisse (5,56 % en 2004, 6,05% en 2003 et 6,5 % en 2002), reste tout de même confortable. Certes, du fait de la baisse des
taux d’intérêt, notamment, la marge globale d’intermédiation des banques (différence entre le taux de rendement moyen des principaux emplois et le coût moyen des principales ressources) s’est inscrite en baisse de 0,21 points, en s’établissant à 3,64 % en 2004 (3,97 % pour les banques commerciales). Mais cela a tout l’air d’un effet de correction puisque, dans les années 90 et même au début des années 2000, cette marge d’intermédiation atteignait les 8 %.

Eu égard à cette évolution, la logique voudrait que, les services étant quasiment tous facturés au client, les ressources gratuites des banques soient conséquemment rémunérées.
Lors de la dernière réunion du Conseil national de la monnaie et de l’épargne, raconte un participant, la question de rémunérer les dépôts à vue avait été soulevée. « Le problème qui s’est posé et qui se pose toujours, c’est le risque de voir les banques, une fois autorisées à rémunérer les dépôts à vue, multiplier le nombre et la valeur des commissions et, peut-être aussi répercuter cette rémunération en augmentant les taux d’intérêt. Cela reviendrait à reprendre d’une main ce qui a été donné de l’autre. Et ce sont les petits déposants qui en paieraient les frais. Ils pourraient tout simplement se retrouver exclus du circuit bancaire».
Bien que la marge d’intermédiation demeure malgré tout confortable (2 fois plus élevée que la moyenne réalisée dans la zone euro), l’accroissement du nombre de commissions est un risque réel, voire un résultat incontournable d’une éventuelle rémunération des dépôts à vue, explique un banquier. Ce dernier avance deux éléments pour étayer son propos. D’une part, les banques ont en dépôt chez BAM, comme réserves monétaires, 30 milliards de dirhams rémunérés à 0,75 %. «C’est de l’argent gelé et faiblement rémunéré». D’autre part, même si la rémunération des dépôts à vue était décidée, «le niveau en serait très faible». «Déjà aujourd’hui, les dépôts à 30 jours sont rémunérés, mais qu’est-ce que cela rapporte vraiment ?», s’interroge notre banquier. Enfin, à mesure que le système financier se développe et que la gamme des produits offerts aux épargnants se diversifie, «il faut s’attendre à une diminution des dépôts à vue, même rémunérés, car de toute évidence ils le seraient faiblement». Toutes choses qui pousseraient les banques à non seulement tout facturer mais aussi à augmenter les taux de leur facturation. «Il faut savoir qu’en Europe, les commissions, selon les cas, sont 20, 30 fois plus élevées qu’au Maroc», confie un responsable à Bank Al Maghrib.

Oui, mais en Europe, et en Occident en général, même si tout se paie, les services rendus sont souvent irréprochables. Par ailleurs, on peut y obtenir des taux d’intérêt à 4, 3, 2 voir 1 %.
«Au Maroc la concurrence n’a pas encore gagné le secteur bancaire. Comment voulez-vous que la hausse des commissions se traduise par une baisse importante des taux d’intérêt, à la mesure de celle concédée par la banque centrale», conclut un expert en techniques de banque. En attendant, pour la moindre requête, le document le plus insignifiant, il faut débourser.