Les banques financent les entreprises privées avec parcimonie

Les comptes débiteurs et crédits immobiliers en baisse, le crédit à l’équipement en très légère hausse. Les créances en souffrance ont augmenté de 17% à fin octobre, à 39 milliards de DH.

Le crédit bancaire continue de frémir sans retrouver de la vigueur. D’après les chiffres de Bank Al-Maghrib arrêtés à fin octobre, l’encours des crédits distribués affiche une légère croissance de 3,8% pour s’établir à 790 milliards de DH. Ce sont surtout les ménages (+5,1%, à 314 milliards de DH) et les sociétés non financières publiques (+19%, à 40 milliards de DH) qui sont à l’origine de la petite reprise. Par contre, les concours aux entreprises privées (sociétés non financières privées selon la dénomination de BAM) sont toujours à la traîne. Pas plus de 1,1% de hausse, à 317 milliards de DH. Soit à peine 3,3 milliards de DH de plus qu’à fin octobre 2015. C’est dire que, d’une part, le ralentissement économique continue de peser sur la demande du crédit. D’autre part, les difficultés que rencontrent plusieurs entreprises, notamment les petites et moyennes, poussent les banquiers à se montrer plus rigoureux dans leurs diagnostics d’éligibilité, ce qui limite drastiquement l’offre. Un chiffre est symptomatique de la mauvaise passe que traverse l’économie: les créances en souffrance des sociétés privées ont augmenté de 17%, à environ 39 milliards de DH à fin octobre. Elles représentent ainsi 12,3% de l’encours du crédit distribué à cette population. Dans cette configuration, une chose est pour le moins sûre : la détente observée au niveau des taux d’intérêt, émanation des bonnes conditions de liquidités du marché et de la faiblesse de l’inflation, ne profite pas encore à l’essentiel du tissu productif dont les contraintes répondent clairement à d’autres logiques que celles des particuliers, établissements publics ou administrations locales.

Par objet économique, les comptes débiteurs et crédits de trésorerie (140 milliards de DH) sont en baisse de 1,2%. Devant l’irrégularité des versements et l’allongement des délais de paiement, les banquiers ne suivent plus leurs clients dans leurs demandes de dépassement ponctuelles. Sur le même registre, avec des bilans qui laissent à désirer, plusieurs banques se sont trouvées obligées de supprimer ou de revoir à la baisse les facilités de caisse dont bénéficiaient leurs clients corporate. Egalement en baisse, les crédits immobiliers pour les entreprises privées s’affichent à 41,5 milliards de DH. Il faut dire que même pour les promoteurs, l’encours est en baisse de 7,7%, à 18,3 milliards de DH . Seuls les crédits aux acquéreurs sont en hausse de 5,5%, à 187 milliards de DH. Cependant, les crédits à l’équipement enregistrent une légère hausse de 1,2%, à 92 milliards de DH. Il n’en demeure pas moins que plusieurs banquiers font état de la rareté des programmes d’investissement bancables. Chose somme toute prévisible selon eux, étant donné que les entreprises ne peuvent prendre des décisions d’investissement dans un contexte de manque de visibilité et d’attentisme. D’autres, plus pessimistes, affirment même que la machine est à l’arrêt depuis quelque temps. Pour la faire repartir, une vraie stratégie de relance du crédit au privé s’impose. Ce chantier, déjà ouvert depuis le début de l’année, avec l’implication des opérateurs économiques, des banques et de Bank Al- Maghrib, peine encore à donner des résultats !