Les banques augmentent une fois de plus leurs frais et commissions !

Tenue de compte, remise de chèques et effets, cartes bancaires, mise à  disposition, prix des packages…, la majorité des rubriques est concernée. Cette réévaluation est censée compenser la baisse des revenus d’intérêts. Des banquiers expliquent la hausse par le renchérissement des coûts des prestations fournies par des tiers.

Las banques persistentent! Durant les deux dernières semaines, trois établissements de la place ont augmenté sans prévenir les tarifs de leurs opérations et services financiers. Selon les informations recueillies auprès des agences desdits établissements, leurs directions respectives se seraient contentées de leur adresser des e-mails informant de l’entrée en vigueur des augmentations. Changements aussitôt visibles sur les avis remis à la clientèle depuis le 1er janvier pour deux établissements et le 16 du même mois pour le troisième.
Cette hausse est confirmée par la Direction de la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib dont les responsables se sont basés sur les recueils de tarification reçus jusqu’à aujourd’hui. Les banques ont en effet jusqu’au 31 janvier pour communiquer les changements opérés à la banque centrale. D’autres établissements préviennent que des changements de tarifs, à la hausse notamment, sont prévus. Chose tout à fait normale vu que «les autres banques de la place finissent toujours par suivre lorsqu’il s’agit de concurrence sur les tarifs», commente une source bien placée au sein de la DSB. Les changements touchent la quasi-totalité des rubriques, des frais de tenue de compte aux commissions sur les remises de chèques et LCN, en passant par les commissions sur cartes et les prix des packages pour la clientèle. Les commissions de dépassement ont été également revalorisées ainsi que les frais d’opposition sur moyen de paiement et de délivrance de documents. Par exemple, chez une banque de la place, les frais facturés pour une carte bancaire moyenne sont passés de 158 à 168 DH par an, et de 103 à 108 DH pour une carte basique. Cette même banque facture dorénavant son pack entrée de gamme aux jeunes à 20 DH au lieu de 18 DH le mois, et son pack moyen à 285 au lieu de 250 DH par an. Un autre établissement applique depuis quelques jours une commission de 10 DH par lettre de change remise à l’encaissement alors que l’opération était gratuite auparavant. Les frais de retrait par chèque guichet ont été augmentés de quelques dirhams, passant de 11 à 15 DH chez un troisième établissement. Ce dernier a décidé de facturer dorénavant l’opposition sur moyen de paiement à 60 DH au lieu de 50 DH et d’appliquer une commission de 30 DH sur les dépassements de découvert ou sur les positions débitrices pour les clients qui ne disposent pas de facilité.

Les marges sur commissions ont progressé à deux chiffres entre 2010 et 2013

D’après un directeur d’agence, les hausses concernent à la fois la clientèle des particuliers et celle des entreprises. «La grande entreprise et la PME structurée continuent de négocier leurs frais et commissions bancaires», précise-t-il. Cette hausse est la deuxième en l’espace de quelques mois. Pas plus tard qu’en juin dernier, plusieurs banques ont durci leurs conditions tarifaires appliquées aux dépassements. Courant 2014, d’autres se sont rabattues sur les frais d’expertise et de dossiers de crédit, allant même jusqu’à augmenter les commissions de dossiers adossés au Fogarim pour l’achat d’un logement social.
Déjà en 2013, l’indice des prix des services bancaires (IPSB), composé de 14 des principaux services bancaires utilisés par la clientèle, s’était renchéri de 5 points par rapport à l’année de base 2011, d’après le rapport de BAM sur le suivi des établissements de crédit. En dehors du suivisme, les banques essaient depuis 2009 de compenser l’étiolement des revenus d’intermédiation résultant du tassement de la distribution du crédit par la hausse des commissions. Depuis 2010, les marges sur commissions des huit groupes bancaires ont progressé à deux chiffres, passant de 4 milliards de DH à 9,1 en 2013 ! Cette année-là, les banques ont raflé des commissions en hausse de 13% par rapport à 2012, pour pas plus de 5% de hausse pour les intérêts. Ce sont les frais sur moyens de paiement et les commissions diverses qui concourent le plus à la marge sur commissions avec 64% du montant global, suivis par des commissions sur fonctionnement de comptes (20%) et des commissions sur prestations de services de crédit (9%). Celles perçues sur ventes de produits d’assurance représentent 4% alors que les commissions sur titres se limitent à 3%. Pour se justifier, des banquiers insistent sur le fait que la hausse des commissions est avant tout une problématique de coût. Plus précisément, elle est induite par le renchérissement des coûts des prestations fournies par des tiers. Reste qu’à un tel rythme, les clients seront amenés à faire beaucoup plus attention aux produits et services qui leur sont proposés.