Les assureurs afro-asiatiques explorent les voies pour lever les barrières économiques sur leurs marchés

Ce conclave biennal d’envergure a réuni près d’un millier de participants représentant de grandes compagnies d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Europe. Le développement de l’assurance-vie dans les pays africains et asiatiques, où le taux de pénétration reste encore faible, représente un grand chantier pour les membres du FAIR.

Le gotha africain et asiatique de l’assurance s’est réuni à Marrakech pour la 26e Conférence de la Fédération afro-asiatique de l’assurance et de la réassurance (FAIR). Tenue du 23 au 25 septembre, la rencontre a choisi d’explorer les voies de dépassement des barrières économiques dans le marché de la réassurance d’Afrique et d’Asie. Ce conclave biennal d’envergure a réuni près d’un millier de participants représentant de grandes compagnies d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Europe. Les deux géants mondiaux de la réassurance, Munich Re et Swiss Re, y ont également pris part.

L’édition de cette année a livré des débats de haute facture de par leur contenu scientifique et l’importance des thématiques abordées pour le devenir de l’industrie de l’assurance et de la réassurance. Objectif : trouver des solutions permettant au secteur d’émerger davantage et de mieux accomplir sa mission au sein des économies et des sociétés.

Pour Abdellatif Zaghnoun, PDG de la Caisse de dépôt et de gestion, dont la Société centrale de réassurance est une filiale, le secteur afro-asiatique de l’assurance affiche une bonne santé, et il pourrait aller encore plus loin si la coopération entre assureurs des deux continents était appuyée par des mécanismes collaboratifs plus efficients assurant une couverture mutuelle des risques, et une offre de service diversifiée et équilibrée. Or, cette volonté de collaboration et de partage se heurte à des barrières – notamment économiques, au sein du marché afro-asiatique de l’assurance et de la réassurance. Ce qui rend moins compétitive l’offre de service entre assureurs des pays membres du FAIR. «Les guerres commerciales que se livrent plusieurs pays et communautés régionales et le retour du protectionnisme constituent les grands écueils qui se dressent devant les compagnies dans leur élan de coopération», estiment plusieurs panélistes. Youssef Fassi Fihri, DG de la SCR, ajoute que les barrières législatives, linguistiques et culturelles empêchent les opérateurs de l’industrie de réaliser pleinement leur potentiel, sachant que ces deux régions représentent le gros du potentiel de la croissance mondiale.

En dehors de ces barrières, l’industrie de l’assurance et de la réassurance afro-asiatique fait face à d’autres défis. En effet, les risques émergents font peser de grandes menaces sur les opérateurs du FAIR qui sont déjà exposés à des risques représentent des enjeux importants, notamment la réassurance non-vie, l’aviation, le pétrole, l’énergie, et les événements naturels. En face, l’ubérisation de pans entiers de l’économie, ainsi que les avancées fulgurantes de la big data, imposent aux assureurs l’adoption de nouvelles approches en matière d’évaluation et de couverture des risques. «Voitures sans chauffeurs, santé connectée, domotique,…l’exploitation intelligente des données représente pour notre secteur une formidable opportunité de croissance, en affinant notre gestion des risques, ainsi qu’en développant une nouvelle génération de produits d’assurances», affirme M.Fassi Fihri, de la SCR. De l’avis des experts, dans le monde de demain, l’approche statistique du métier cédera peut-être le terrain à une appréhension plus prédictive des risques. «La data permet aujourd’hui de mieux apprécier le portefeuille de risques et sa rentabilité, ajuster les prix des couvertures, et agir avant la survenance du sinistre», note un panéliste d’Arab Re.

Par ailleurs, le développement de l’assurance-vie dans les pays d’Afrique et d’Asie où le taux de pénétration reste encore faible représente un grand chantier pour les membres du FAIR. «De larges populations, même celles qui ont un revenu disponible suffisant, ne détiennent pas de police d’assurance-vie et demeurent exclues du système et exposés aux aléas», rappellent les congressistes. Reconnaissant toutefois les récentes avancées en termes de réformes économiques, de changements de mentalités et de sophistication croissante des consommateurs, ils affirment que beaucoup reste à faire, notamment en développant l’assurance inclusive.

Un accent particulier a été aussi mis sur le rôle prépondérant que joue le réseau de distribution dans la pénétration de l’assurance. Plusieurs patrons de compagnies et de professionnels ont appelé à mieux valoriser les agents et les sociétés de courtage qui jouent un «rôle de plus en plus grand» dans le développement du secteur de l’assurance et de la réassurance.

En marge des travaux de la 26e conférence du FAIR, Youssef Fassi Fihri, directeur général de la Société Centrale de Réassurance (SCR), a été élu président du conseil d’administration de la Fédération afro-asiatique d’assurance et de réassurance (FAIR) pour un mandat de deux ans. Une cérémonie de passation de la présidence de la FAIR entre le Bahreïn, en la personne du président sortant, Yassir Albaharna, et le Maroc, en la personne de M. Fihri, a été organisée en marge des travaux de ce conclave de grande envergure.

La FAIR, qui comprend aujourd’hui 245 membres issus de 54 pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, est structurée en pool avec l’idée d’utiliser le système de pool de réassurance au profit des entreprises afro-asiatiques.