Les affiliés du RCAR mécontents de leur régime

Après avoir adressé un mémorandum à la Primature, ils tiennent un sit-in devant la CDG.
Ils demandent la révision du salaire servant de base au calcul des pensions et une représentation dans les instances dirigeantes du RCAR.

Alors que les commissions techniques poursuivent leurs travaux concernant la réforme globale des systèmes de retraite, les affiliés au RCAR (Régime collectif d’allocation et de retraite) ont tenu, mardi 27 février, un sit-in devant la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), à Rabat, organe de tutelle du régime. La manifestation a été organisée par l’UMT (Union marocaine du travail) pour dénoncer «les injustices que comporte le système et sensibiliser les pouvoirs publics à la situation des affiliés au RCAR», explique Miloudi Moukhariq, numéro deux de l’UMT. Le régime regroupe 200 000 employés et cadres de 3 702 établissements et entreprises publics.

Il faut rappeler que l’UMT avait, il y a quelques mois, adressé un mémorandum à la Primature, au ministère des finances, à la CDG ainsi qu’à la direction du RCAR. Le document, comme l’explique Mohamed El Hakech, représentant de l’UMT à la commission technique chargée du suivi de la réforme des retraites, «a établi un diagnostic du régime et mis le doigt sur les inégalités qu’il comporte par rapport aux autres régimes de retraite. Ces inégalités doivent être corrigées préalablement à la réforme globale des systèmes de retraite actuellement à l’étude».

Mais que reprochent les affiliés du RCAR à leur régime, et que proposent-ils pour y remédier ? Le Comité national de coordination et de suivi pour les affiliés du RCAR a tenu, depuis sa création en 2006, plusieurs réunions avec les ministères concernés, la CDG et le RCAR. Selon ledit comité, le régime souffre d’au moins trois grands problèmes. Primo, le mode de calcul de la pension présente, selon l’UMT, un sérieux désavantage par rapport aux autres caisses. «La pension est calculée sur la base de la moyenne pondérée de tous les salaires perçus au cours de la carrière du fonctionnaire. Ce qui en fait un des régimes les plus avares. Un fonctionnaire qui perçoit, par exemple, 4 500 DH après avoir passé 35 ans dans la Fonction publique, a droit à une pension de 1 600 dirhams !», dénonce M. Moukhariq.

Les affiliés veulent un droit de regard sur les décisions relatives à la gestion de leurs fonds
Ce qui ne répond pas, ajoute le syndicaliste, «aux normes retenues par l’Organisation internationale du travail qui stipule que la pension doit assurer un taux de remplacement de 70% du salaire».
Deuxième reproche fait au système : la non-représentativité des affiliés dans les instances décisionnelles. «Les affiliés du régime qui en sont les bailleurs de fonds ne sont représentés ni dans le conseil d’administration ni dans les comités de pilotage ou de surveillance», dit-on à l’UMT. Le syndicat ne manque pas de souligner, par la même occasion, que «les fonds gérés par la CDG sont investis dans des secteurs et des projets luxueux (notamment hôtels, golfs, etc.) dont ne profitent pas les affiliés». D’autres investissements peuvent être réalisés avec «l’argent du RCAR, notamment la réalisation de logements sociaux, de maisons de retraite, de crèches ou encore d’infrastructures sanitaires», ajoute-t-on à l’UMT. Et pour finir, le comité dénonce la faiblesse du taux de rendement du régime qui est aujourd’hui de 2%.

Du côté du RCAR, on estime que «le fait d’entamer une réforme individuelle est inopportun à la veille d’une réforme globale». En outre, Abdesselam Aboudrar, DG adjoint de la CDG, pense que «le RCAR ne fait pas les lois mais les applique». Il souligne à ce propos que l’idée de «tenir un sit-in devant la CDG est incompréhensible et que les affiliés ne frappent pas à la bonne porte !».
Cela dit, il convient de noter qu’à l’heure où les systèmes de retraite se fragilisent de plus en plus (cf La Vie éco du 23 février 2007, www.lavieeco.com), les requêtes du syndicat visant à rendre le système plus généreux vont à contre-courant de la logique de la réforme. Autre remarque, l’investissement en projets sociaux au profit des affiliés permet-il de rentabiliser les fonds autant que le placement dans l’immobilier de luxe et de loisir ?