Les administrateurs prêts à  saisir la justice et les organisations des droits de l’homme

Les administrateurs se réunissent en assemblée plénière
samedi 24 janvier à Rabat pour décider des actions à entreprendre
en vue de faire aboutir leurs revendications.
Les syndicats et le gouvernement ont décidé de «mettre de
côté» ce dossier, en attendant de lui trouver une solution.

Le dossier des administrateurs est toujours dans l’impasse : le gouvernement refuse toujours, en matière de rémunération, d’aligner cette catégorie de fonctionnaires sur les ingénieurs. D’ailleurs, dans les discussions en cours entre les syndicats et la Primature sur la finalisation du Dialogue social du 30 avril 2003 (voir encadré), c’est pratiquement le seul point qui reste en suspens. Mais, décision sage, le gouvernement a accepté, sur proposition des syndicats représentant les administrateurs, de «mettre de côté» ce dossier, en attendant de lui trouver une solution. Laquelle ? Les concernés, eux, par la voie du président de la Fédération des associations des administrateurs des administrations publiques (FADAP), Driss Al Alaoui, se disent disposés à discuter de tout : de la durée de l’effet rétroactif des indemnités qu’ils revendiquent, de l’éventualité de surseoir à leur action si des engagements fermes comportant un échéancier précis leur sont donnés que la réforme du statut de la fonction publique tiendra compte de leur doléance, etc. Mais sur un point, ils n’entendent pas transiger : «Pour nous, cette affaire, au-delà des aspects financiers qui s’y rapportent, se pose d’abord en termes de dignité et de justice que le gouvernement se doit de respecter. Voilà pourquoi, il n’est pas question pour nous d’y renoncer», déclare le président de la FADAP.

Les administrateurs sont-ils au nombre de 41 654 ou de 15 518 ?
Lors d’une conférence de presse organisée mercredi 21 janvier à Rabat par la FADAP et les syndicats UGTM, UMT, CDT et FDT, il a été décidé de réunir samedi 24 janvier, au siège de l’UMT à Rabat, l’assemblée plénière de tous les administrateurs. L’objet de cette réunion, comme l’explique Driss Al Alaoui, est de décider des actions futures à entreprendre pour faire aboutir leurs revendications. Selon ce qui se dit dans le milieu des administrateurs, le dossier risque de sortir de la phase de la revendication pour passer à celui de l’action. Et cette action pourrait prendre deux formes : une saisine de la justice (devant le tribunal administratif) et une plainte auprès des organisations des droits de l’homme.
Pour mémoire, le ministre chargé de la Modernisation des Secteurs publics, Najib Zerouali, avait promis, il y a près d’une année, que les administrateurs allaient être alignés sur les ingénieurs, «mais a dû se rétracter probablement suite au refus du ministère des Finances de le suivre sur cette proposition», rappelle un administrateur. L’argument avancé pour rejeter cette proposition tenait au fait que les salaires dans la fonction publique représentaient déjà un lourd fardeau sur le budget de l’Etat (près de 13 % du PIB) et qu’il n’était pas concevable de l’alourdir davantage. Et là, apparaît la polémique sur les chiffres : pour le gouvernement, ce sont 41 654 personnes qui sont concernées, alors que pour la FADAP, le nombre d’administrateurs en réalité est de 15 518. «Le gouvernement a gonflé le chiffre intentionnellement : il veut montrer par là que s’il acceptait de nous aligner sur les ingénieurs, cela lui demanderait un effort financier très important. Or, pour nous, un administrateur, ce n’est pas celui qui a atteint ce grade par la seule volonté de son chef hiérarchique, comme cela se faisait jusque-là, mais une personne munie de diplômes lui ouvrant le droit à ce statut», explique un administrateur. «Cela dit, si on estime que dans cette corporation, il existe des personnes qui ne méritent pas le statut d’administrateurs, ce n’est pas notre faute ; les précédents gouvernements en sont pleinement responsables», poursuit-il.
C’est justement pour clarifier la situation, poser les critères d’accès à ce corps de fonctionnaires que la FADAP revendique un statut particulier aux administrateurs. La polémique sur les chiffres relatifs au nombre des administrateurs montre bien en tout cas l’urgence qu’il y a à mettre de l’ordre dans la fonction publique.


Dialogue social : l’inconnue UMT

Les syndicats qui ont signé l’accord du Dialogue social du 30 avril 2003 ont été reçus séparément à la Primature, mercredi 21 janvier, pour finaliser les dispositions dudit accord. Selon Abderrazak Afilal, secrétaire général de l’UGTM, qui a participé à cette réunion, de nombreux points de l’accord du Dialogue social ont été passés en revue et ont fait l’objet d’un consensus : revalorisation des salaires pour les 170 000 fonctionnaires et agents classés entre les échelles 1 à 9, généralisation de la promotion exceptionnelle pour tous agents de la fonction publique, entre autres. Une nouvelle rencontre était programmée pour vendredi 23 janvier afin de poursuivre les discussions, notamment sur l’assurance maladie obligatoire (AMO) et les indemnités
en cas de licenciement. Un accord définitif était donc attendu sur ces questions-là.
Deux dossiers en particulier restent néanmoins en suspens : celui des administrateurs et le projet de loi (ou de loi-cadre) sur le droit de grève. «Ces deux dossiers devraient être réglés au courant de l’année 2004», espère M. Afilal.
Reste une inconnue : l’UMT ne serait pas d’accord sur certains points de l’accord du Dialogue social. Mais nous n’avons pas pu obtenir confirmation des dirigeants de ce syndicat, injoignables au moment où ces lignes étaient rédigées (soit jeudi 22 janvier)