Les activités de trading ont fait le bonheur des banques en 2014

Le résultat des opérations de marché est en forte augmentation de 41% chez Attijariwafa bank et de 45% chez la BCP, porté essentiellement par la baisse des taux obligataires. Le trading a généré plus de revenus que les commissions prélevées sur les clients pour les deux banques.

Les banques commerciales tirent en règle générale l’essentiel de leurs bénéfices des intérêts et commissions facturés à la clientèle. Mais durant l’exercice 2014, une autre source de revenus, à laquelle on ne prête pas habituellement attention, a permis aux établissements de la place de dégager de plantureux profits. Il s’agit des activités de marché. Les deux plus grandes banques de la place, Attijariwafa bank et le groupe BCP, qui ont dévoilé leurs réalisations il y a quelques jours, donnent le ton avec 6,5 milliards de DH de marge sur leurs opérations de marché en 2014. CIH Bank rejoint le duo de tête avec un résultat des opérations de marché certes beaucoup moins conséquent, mais en augmentation notable de 79%, à près de 28 MDH (comptes sociaux).

Attijariwafa bank enregistre, à l’échelle du groupe, une expansion de près de 41% de ce résultat, à 4,1 milliards de DH. En base sociale (banque au Maroc, hors filiales), les revenus du trading augmentent même de 69%, à 3,1 milliards de DH. Le groupe BCP, quant à lui, profite d’une hausse de 45%, à 2,4 milliards de DH et même d’un bond de 70%, à 2 milliards de DH si l’on examine les comptes sociaux de la banque.

Avec ces niveaux de croissance, la marge sur le trading passe devant celle dégagée sur les commissions chez les deux plus grandes banques, les produits générés par les intérêts demeurant en pole position. Les différentes commissions perçues ont en effet induit pour Attijariwafa bank un revenu de 3,9 milliards de DH, en croissance relativement contenue de 3,9% en 2014, ce qui établit leur part dans le PNB du groupe à 20%. Ceci alors que les activités de marché pèsent 21%, une part qui s’est appréciée de près de 5 points en une année. Il faut certes nuancer cette montée en régime du trading par les effets de nouvelles procédures d’interruption des commissions sur les comptes gelés, introduites en 2013 par Attijariwafa bank et qui ont immanquablement affecté la marge sur commissions. Du côté de la BCP, la marge sur commissions qui n’a crû que de 1,1%, à 1,9 milliard de DH représente 13% du PNB contre 16% pour les opérations de marché.

Mais pour remarquable qu’elle soit, la bonne cuvée des activités de marché en 2014 était largement anticipée par les observateurs. Elle s’explique pour l’essentiel par la baisse des taux obligataires sur l’année 2014. «Cette tendance accroît systématiquement la valeur des titres déjà détenus par les banques en portefeuille car ceux-ci sont assortis de rémunérations plus intéressantes», explique un intervenant en valeur du Trésor. Aussi, «les taux continuant de baisser sur la durée, les établissements gagnent à spéculer en achetant des titres qui pourront être revendus avec un gain par la suite», poursuit-il. Cela est d’autant plus rentable que la sensibilité de la valeur des obligations aux variations des taux obligataires est très importante. «Une baisse de 1 point de pourcentage des taux obligataires peut se traduire par une prise de valeur de plus de 10% des titres», précise un analyste. Quand on sait que les taux des bons du Trésor ont reculé de plus d’un point de pourcentage sur la partie courte de la courbe, et même de 2,2 points pour les bons à 10 ans tout au long de 2014, les profits qui peuvent en être tirés sont substantiels.

Le marché actions a également contribué à cette embellie

Les banques en ont d’autant plus profité qu’elles affectent plus des deux tiers de leur investissement sur le marché aux obligations privées ou publiques, ainsi qu’il ressort des états financiers des établissements de la place.

L’investissement dans ce type d’actifs est privilégié par les banques car il permet de faire jouer au maximum l’effet de levier. «Les banques financent l’achat de titres obligataires en recourant aux avances de Bank Al-Maghrib. Déjà, elles en retirent un écart de rendement favorable entre le coût des avances de BAM (correspondant au taux directeur actuellement de 2,5%) et la rémunération des bons du Trésor. Ensuite, les titres obligataires peuvent être présentés comme contrepartie pour bénéficier de plus d’avances auprès de BAM et entretenir le mécanisme», explique un spécialiste. Cerise sur le gâteau, les obligations sont considérées comme actif non risqué à l’inverse des actions qui nécessitent la constitution de fonds propres en guise de garantie. L’investissement dans ce dernier type d’actifs explique aussi, mais dans une moindre mesure, la bonne tenue du résultat des activités de marché, les actions représentant en règle générale tout au plus 30% de l’investissement en titres des banques.

Tout cela étant, les analystes insistent bien sur le fait que l’embellie de ce segment d’activité n’est que conjoncturelle. Le revirement est déjà perceptible sur les premiers mois de 2015, marqués par une hausse des taux rattrapant l’effet d’anticipation d’une baisse supplémentaire du taux directeur. Et le consensus est à la stabilisation pour les mois à venir. Ainsi, de l’avis unanime des analystes, sur l’année en cours les banques devraient revenir à des niveaux normatifs de résultat des activités de trading qui se traduiront par une baisse de ce revenu, étant donné le pic atteint en 2014.