Les 170 nouvelles zones urbaines qui seront ouvertes en 2007

112 nouveaux plans d’aménagement sont homologués ou en cours d’homologation.
Casablanca, Rabat, Fès, Meknès, Tanger, Oujda,Agadir… Toutes
les grandes villes sont concernées.
Au total,
30 000 hectares de nouvelles zones urbaines.

Les villes marocaines s’agrandissent. Et pour accompagner cet élargissement, l’assiette foncière, qui constitue l’un des principaux soucis des professionnels du bâtiment, est également appelée à s’élargir. Pour répondre à cet impératif, le ministère chargé de l’habitat et de l’urbanisme a lancé depuis quelque temps une réflexion sur les meilleures manières d’accompagner le développement des agglomérations marocaines. «Les villes s’agrandissent et les besoins de leurs habitants également. C’est pour cela que nous étions dans l’obligation de penser à des moyens efficaces permettant une extension maîtrisée des centres urbains. Par ailleurs, ces nouvelles zones ouvertes à l’urbanisme réglementaire vont avoir un impact direct sur la régulation du marché foncier qui a connu ces deux dernières années des augmentations de prix exceptionnelles», souligne Taoufik Hejira, ministre chargé de l’habitat et de l’urbanisme (voir entretien en page 9). Dans ce sens, les différentes agences urbaines, 21 au total dont 20 dépendant de l’Habitat et celle de Casablanca, sous tutelle du ministère de l’intérieur, ont été invitées à se pencher sur la question. Objectifs : identifier les possibilités offertes par l’assiette foncière dans leurs zones d’influence, ainsi que le potentiel de développement économique de ces dernières. Les résultats des différentes études qui seront menées seront compilés dans un atlas qui contiendra les détails de ces zones par villes (voir encadré). «L’objectif est d’en faire un outil indispensable pour les investisseurs», souligne Abderrahmane Chorfi, directeur de l’urbanisme au sein de ce département ministériel. Le travail effectué est titanesque. Au total, ce sont quelque 112 plans d’aménagement qui sont prévus, se rapportant au total à près de 170 nouvelles zones ouvertes à l’urbanisation en 2007. «Ce décalage des chiffres s’explique par le fait qu’un plan d’aménagement peut intégrer une ou plusieurs zones», souligne le directeur de l’urbanisme.

2 800 ha dans la région de Rabat, 5 000 ha à Tanger et 4 000 à Oujda
Au total, 30 000 hectares de nouvelles zones urbaines sont prévus. Tout d’abord à Rabat-Salé-Zemmour-Zaër, qui sera concernée par sept plans d’aménagement s’étendant sur 2 800 ha. A Rabat, une nouvelle zone est prévue, nommée Al Boustane. Elle couvrira 270 ha et sera située sur la route d’Aïn Aouda. Témara sera également dotée de nouvelles zones, notamment à Fouarat et Mers El Khir alors que Salé pourra s’agrandir sur une nouvelle extension du nom d’Al Mouhit. Une dernière aire à fort potentiel économique verra également le jour à Sidi Bouknadel notamment. A Tanger et région, les trois nouveaux plans d’aménagement prévus par l’Agence urbaine prévoient d’ouvrir près de 5 000 ha à l’urbanisation. La part du lion revient à Tanger-ville avec pas moins de 3 200 ha. Les deux autres zones concernent Béni Makada et Chorf-Mghougha.

Pour sa part, l’Agence urbaine de Meknès a élaboré 14 plans d’aménagement se rapportant aux 12 villes qui se trouvent sous sa juridiction, comme El Hajeb, Ifrane, Azrou, Agouraï, Mejjat et autres. Et au total, ce sont 24 nouvelles zones qui seront créées dans cette région. Les plus importantes se trouvent néanmoins à proximité de la capitale ismaélienne, à savoir la zone urbaine de Toulal qui s’étendra sur 194 ha, ou encore celle de Ouislane, sur 50 ha.

A Fès, ce sont cinq nouvelles aires qui seront mises en valeur. Au programme : deux zones, une à l’est de la ville et l’autre à Aïn Chkef, de 450 ha chacune en plus d’une troisième, de 90 ha, dans la commune de Ouled Tayeb. Une quatrième zone, et non des moindres, fera également partie du lot : 250 ha dans la plaine du Saïss s’ajouteront au périmètre urbain de la capitale spirituelle.

Pour ce qui est de l’Oriental, 14 villes seront agrandies. 24 nouvelles zones urbaines s’étendront en effet sur 4 000 ha dans le cadre de 17 plans d’aménagement. La plus importante, Sidi Yahya, occupera une superficie de 1 252 ha. Deux autres zones sont également prévues à Oujda, l’une totalisant une superficie de 480 ha et l’autre s’étendant sur 107 ha. A Sidi Driss Taji, ce sont 236 ha qui s’ajouteront au périmètre urbain. En outre, à Berkane, trois nouvelles zones seront ouvertes à l’urbanisation, d’une superficie respective de 40 ha, 257 ha et 244 ha, alors que deux nouvelles zones seront aménagées à Ahfir, de 128 ha et 47 ha.

Enfin, l’Agence urbaine d’Agadir a préparé de nouveaux documents d’urbanisme pour six villes : Agadir, Biougra, Mirleft, Aït Amira, Aït Azza notamment, soit six plans d’aménagement créant 13 nouvelles zones urbaines. La capitale du Souss est ainsi concernée par deux zones de 168 ha et 524 ha alors que Mirleft sera dotée de trois nouvelles zones urbaines de 63 ha, 35 ha et 47 ha.

Ces chiffres risquent par ailleurs d’être légèrement révisés à la hausse, la direction de l’urbanisme n’ayant pas encore reçu la totalité des plans d’aménagement. Les documents se rapportant aux nouvelles zones urbaines de Casablanca, par exemple, n’ont pas encore été soumis au ministère de tutelle.

Tous les acteurs concernés ont été impliqués
Selon l’Habitat, ces plans d’aménagement se trouvent actuellement tous, ou presque, en phase d’homologation finale. «La plupart de ces documents sont en cours d’examen ou ont déjà reçu le feu vert de la commission centrale», souligne M. Chorfi (voir encadré). A mettre également à l’actif de ce processus d’ouverture à l’urbanisation, une démarche de concertation qui a associé les différents acteurs concernés : collectivités locales, walis et gouverneurs, ainsi que les responsables des autres administrations et services extérieurs (santé, enseignement…). D’autres acteurs de l’urbanisation ont également été associés à cette démarche qui s’inscrit dans le nouveau concept de «l’aménagement concerté». Il s’agit des propriétaires, lotisseurs et promoteurs immobiliers. Théoriquement, cette association à l’élaboration des documents d’urbanisme porte sur deux éléments importants qui sont l’organisation spatiale et le financement des équipements collectifs. «Pour ce dernier point, la balle est dans le camp des collectivités locales concernées. A elles de se mobiliser pour doter ces zones en infrastructures nécessaires au développement de l’activité économique et sociale urbaine», précise enfin M. Hejira.

synopsis
Les extensions déjà  programmées

– Rabat : une zone de 270 ha sur la route de Aïn Aouda baptisée
«Al Boustane» ;
– Témara et régions : des zones ouvertes à l’urbanisation à Fouarat, Mers El Khir ;
– Salé et régions : la principale zone est nommée «Al Mouhit». Une nouvelle zone également créée à Sidi Bouknadel ;
– Tanger-ville : 3 200 ha entourant la ville (route de Rabat et de Tétouan) ;
– Meknès : 194 ha à Toulal et 50 ha à Ouislane. A Meknès ville, trois zones sont prévues, d’une superficie respective de 39 ha, 97 ha et 90 ha.
– Fès : 48 ha à l’est de la ville, 90 ha à Oulad Tayeb, 450 ha à Aïn Chkef et 250 ha dans le Saïss ;
– Oujda : 587 ha à Oujda ville, 236 ha à Sidi Driss Taji et 1 252 ha à Sidi Yahya. Trois nouvelles zones sont également prévues à Aïn Reggada (26 ha, 27 ha et 24 ha) ;
– Berkane : trois nouvelles zones seront ouvertes à l’urbanisation, d’une superficie respective de 40 ha, 257 ha et 244 ha ;
– Ahfir : deux zones sont concernées, de 128 ha et 47 ha ;
– Agadir : la ville est concernée par deux zones nouvellement ouvertes de 168 ha et 524 ha ;
– Mirleft : trois nouvelles zones urbaines sont prévues de 63 ha, 35 ha et 47 ha.

Quatre questions
«Objectif premier : pérenniser le développement de l’habitat»

Taoufik Hejira Ministre chargé de l’habitat et de l’urbanisme
La Vie éco : Quelle est la logique de la démarche d’ouverture à l’urbanisation ?
Taoufik Hejira : Elle répond à un seul souci, celui de garantir la pérennité du développement du secteur de l’habitat au Maroc. Il n’est un secret pour personne que le foncier est le nerf de la guerre dans ce domaine. Partant de là, nous avons pensé à mobiliser le maximum de foncier urbanisable se trouvant aux abords des villes. Deux méthodes ont ainsi été choisies à cet effet. La première est celle qui a été adoptée dans le cadre de la mobilisation du foncier pour les deux nouvelles villes de Tamesna et Tamansourt. L’Etat a ainsi acquis toute l’assiette foncière indispensable pour mener à bien ces deux chantiers. La seconde méthode est celle des plans d’aménagement et ne suppose pas l’acquisition des terres. Elle repose plutôt sur des extensions urbaines qui mettront en valeur le foncier concerné. Les propriétaires, tout en se conformant aux règles d’urbanisme établies par les agences urbaines, pourront ainsi valoriser leurs terrains.

La répartition géographique de ces nouvelles zones répond-elle aux impératifs réels de développement économique et social de ces régions ?
Le plan d’aménagement est par définition un document d’urbanisme qui trouve ses fondements dans le Schéma directeur de l’aménagement et de l’urbanisme (SDAU). Ce dernier est à son tour un document de planification urbaine sur 25 années, alors que le plan d’aménagement est établi sur un horizon de dix ans. Mais l’un comme l’autre vont dans le sens de la dynamisation de l’activité économique et de l’amélioration des conditions de vie des populations concernées. L’ouverture à l’urbanisation va dans le sens de l’accompagnement urbanistique des besoins tant en logements et en infrastructures de base qu’en zones d’activités économiques…

Quid de l’équipement de ces nouvelles zones en infrastructures ?
Personne ne conteste l’importance de l’ouverture de ces zones à l’activité urbaine, tant pour les propriétaires, les collectivités locales que pour l’Etat en général. Mais à ce stade se pose effectivement le problème du financement des différents travaux hors site. Qui devrait prendre ces infrastructures en charge ? Ceci relève-t-il de la responsabilité des pouvoirs publics ou des collectivités locales ?
Dans tous les cas, l’administration de l’urbanisme aura fait son travail, à savoir mettre à la disposition des différents acteurs une assise juridique et urbanistique permettant l’extension des centres urbains marocains.

Ce processus ne risque-t-il pas de buter sur de nombreux problèmes ?
Il faut souligner que ce processus d’ouverture de nouvelles zones à l’urbanisation s’est fait dans une démarche d’ouverture à tous les partenaires locaux et régionaux. L’élaboration des différents plans d’aménagement s’est faite sur la base d’une large concertation locale et centrale, réglementaire. Je tiens par ailleurs à féliciter les différentes agences urbaines pour le travail accompli. Ce sont ces structures qui ont géré et facilité l’aboutissement et l’homologation de ces documents d’urbanisme. Et j’estime que c’est la meilleure manière de faire de la planification urbaine afin de prévenir les différents fléaux liés à l’habitat insalubre.
Fadoua Ghannam