L’endettement des fonctionnaires étouffe une dizaine de sociétés

En quatre ans, l’ardoise est pourtant passée d’un milliard de DH à 600 millions.

La dette des fonctionnaires vis-à-vis des sociétés de crédit à la consommation, estimée il y a quatre ans à près d’un milliard de DH, est descendue à 600 millions. Mais cette dette continue de peser sur la santé financière d’une dizaine de sociétés de crédit d’autant plus que les règles prudentielles de Bank Al Maghrib, jugées plutôt draconiennes, obligent ces dernières à provisionner leurs créances en souffrance.
Pour comprendre cette situation délicate, il faut remonter aux années 1970, plus exactement à 1974, date de création d’Eqdom et du crédit domestique pour les fonctionnaires. Le système mis en place selon les termes d’une convention entre Eqdom et la Direction de l’organisation et du traitement informatique (DOTI), aujourd’hui Paierie principale des rémunérations (PPR), département de la Trésorerie générale du Royaume chargé de la paie des fonctionnaires, fonctionnait à merveille. En outre, cette société accordait au fonctionnaire qui en faisait la demande un crédit et se faisait rembourser par la DOTI, qui prélevait le montant de l’échéance à la source.
Tout fonctionnait donc bien jusqu’à ce que les autres sociétés de crédit à la consommation émettent le désir de profiter de ce dispositif. Ce qui leur fut accordé. Les fonctionnaires pouvaient dès lors s’endetter auprès de plusieurs sociétés à la fois. Certains ont profité du fait que les textes fixaient à 500 DH le plafond qui devait rester sur le salaire après prélèvement. Très peu pour assurer l’entretien d’un ménage. Toujours est-il qu’en l’absence d’un système d’information en temps réel pouvant renseigner sur le niveau d’endettement, les impayés ont commencé à s’accumuler.
Devant l’ampleur du phénomène, un système de contrôle et d’information a enfin été mis en place en octobre 1999, ce qui a permis de mettre fin au «papillonnage» (procédé qui consiste à recourir à plusieurs sociétés en même temps). De même, le montant du salaire ne devant pas faire l’objet de prélèvement a été porté à 1500 DH. Selon Mustapha Melsa, directeur délégué de l’APSF (Association professionnelle des sociétés de financement), aujourd’hui même, un groupe de travail est en train de réfléchir pour améliorer la gestion du risque.

Le classement des impayés selon le degré de solvabilité est en cours
Par ailleurs, en l’état actuel des choses, explique M. Melsa, personne ne peut se prononcer en termes de risque sur cette ardoise. Certes , l’APSF a adressé à la PPR, au premier trimestre 2004, un état complet des impayés des fonctionnaires pour les analyser, identifier autant que possible les clients et les classer par groupe selon leur degré de solvabilité. Mais, c’est là un travail laborieux qui risque de prendre beaucoup de temps, alors que les sociétés de financement sont tenues de mettre à jour le déclassement de leurs créances en souffrance avant le 31 décembre 2004. Ceci étant, il faut lever une ambiguïté qui a cours sur cette question. Les dossiers ne sont pas bloqués au niveau de la PPR, car celle-ci n’est pas l’employeur des fonctionnaires endettés, mais chargée de leur paie.