L’économie pourra-t-elle tirer son épingle du jeu en 2003 ?

Pour le loisir, le tourisme en particulier, 2003 sera un mauvais cru.

La plupart des patrons restent confiants pour le reste de l’année.

L’économie tire profit de la bonne campagne agricole et du boom des BTP.

Les spéculations vont bon train. Mais à ce jour, il paraît très difficile de préjuger avec exactitude des performances de l’économie marocaine pour 2003. D’autant qu’il reste encore un bon semestre à parcourir. Toujours est-il qu’à en croire les Cassandre, les actes terroristes du 16 mai (une date de référence pour les patrons interrogés par La Vie éco) n’ont pas seulement ôté la vie à 31 innocents et blessé une centaine d’autres. Ils ont fait vaciller, sinon compromis la situation pour des pans entiers de l’économie. Il est vrai qu’au lendemain de ce cauchemar, beaucoup craignaient que l’économie s’enferme dans un cercle vicieux caractérisé par la disparition de la confiance qui entraînerait la baisse de la demande des ménages laquelle pousserait les entreprises à différer leurs investissements… Ce scénario catastrophe qu’entretient la psychose n’est pas totalement écarté.
Pour un certain nombre de secteurs, le marché reste effectivement difficile, sachant que les clients sont toujours indécis. Les premiers touchés sont bien évidemment les produits ou services dont la consommation peut être différée en attendant des jours meilleurs. Il en est ainsi du loisir. Eric Arnoux, propriétaire de plusieurs restaurants fréquentés par les hommes d’affaires et la classe moyenne, a ainsi du vague à l’âme, comme d’ailleurs la plupart de ses confrères. La fréquentation a fortement fléchi et l’avenir tarde à s’éclaircir. Pour lui, des emplois sont en jeu. Cette situation ne s’explique pas seulement par les récents évènements de la capitale économique, elle est aussi due au passage à vide que connaît le secteur touristique. Amal Karioune, président de la FNAV (Fédération nationale des agences de voyages) le confirme avec vigueur : «2003 sera un mauvais cru». Il précise bien que cela se savait avant la guerre contre l’Irak et bien avant le 16 mai. Déjà au terme du premier trimestre, les arrivées de touristes étrangers ont baissé de 7,2% par rapport à la même période de l’année précédente, durant laquelle on avait d’ailleurs concédé une chute de 16,2 % comparativement à 2001. Cette tendance a concerné presque tous les marchés émetteurs. Pour ne rien arranger, les recettes en devises ont aussi reculé de 4,3% à 4,3 milliards de DH, toujours au terme du premier trimestre. Aujourd’hui, la tendance n’a pas réellement été inversée, même si les professionnels espèrent limiter les dégâts.
L’emballage souffre de l’atonie des exportations
Disons que ce n’est pas seulement le Maroc qui souffre du marasme. Depuis le 11 septembre 2001, toute la planète pâtit de la guerre contre le terrorisme qui tarde à connaître son épilogue. Cette incertitude se ressent clairement sur l’évolution des exportations sensées tirer la machine économique. Comme la demande étrangère est en berne, une partie de l’agroalimentaire (quelques produits de la pêche et de l’agriculture) s’essouffle et n’espère pas finir l’année en beauté. Le phosphate n’est guère mieux loti et le textile continue sa marche tortueuse, tout en espérant être sauvé par le contrat-programme signé avec l’Etat et les initiatives de l’Amith. Ces difficultés sont bien confirmées par Abdeljebbar El Hajjouji, DG de CMCP, une société qui fait dans l’emballage, un domaine dont l’activité est étroitement liée à l’exportation et aux produits de grande consommation. Il souligne sans ambage que «l’activité économique a enregistré un recul notable». Et de préciser que cet état de fait est observé chez ses principaux clients qui sont le textile, la pêche et les multinationales.
Bref, tout n’est pas rose. Mais il serait prématuré de dire que l’année sera mi-figue mi-raisin. Et comme on le sait, l’homme d’affaires marocain brouille très souvent les cartes, en accentuant le sentiment de malaise. Ce qui rend difficile toute analyse.
Il n’empêche, l’économie a bien des ressorts qui lui permettent de réagir. «Si le premier trimestre s’est caractérisé par une activité moyenne, tous secteurs confondus, la reprise est attendue à partir du second semestre» , assure Mohamed Kettani, DG de la BCM. Beaucoup de chefs d’entreprises n’ont rien changé dans leurs prévisions, certains attendent mieux. C’est le cas de Noureddine Benmakhlouf, DG d’Acima, d’Abdelilah Guerrouali, directeur commercial de Socob (bois) et d’Abdelhak Laraki, administrateur délégué d’Univers Motors. A la Bourse, on regarde l’avenir avec plus de sérénité que durant les deux dernières années. Le seul grain de sable qui perturbe un peu la machine reste l’allongement des délais de paiement. Un problème qu’il faudra tout de même considérer comme une donne dans le contexte marocain.

L’optimisme est entretenu par la bonne campagne agricole qui permettra de donner un coup de fouet à la demande intérieure. La forme olympique du secteur des BTP est un élément de plus. Les professionnels ne s’en cachent pas : l’année ne sera pas mauvaise, loin de là. Ce pronostic se lit clairement à travers tous les projets de logements sociaux annoncés ou en cours de réalisation. Le gouvernement de Driss Jettou qui fait (ou est obligé de faire, compte tenu de la situation politique et sociale) du «Keynes», sans le dire très haut, entretient bien la machine. Surtout qu’il dispose d’une manne inespérée grâce à la vente de la Régie des tabacs. Aujourd’hui encore, le ministère des Finances maintient fermement ses prévisions de croissance. Vu le contexte international, c’est déjà une performance… A consolider