L’économie marocaine pourra-t-elle résister au choc pétrolier ?

La hausse du prix du pétrole risque de perdurer n L’agriculture, le transport, le commerce, le textile et l’agroalimentaire devraient en pâtir à court terme.

Le prix du pétrole, dont l’accroissement a été fulgurant depuis juillet dernier (de 38 dollars le baril à cette date, il passe à plus de 50 en octobre) est devenu un sujet d’inquiétude tant pour les pouvoirs publics que pour les opérateurs économiques, et ceci malgré un léger repli observé ces derniers jours.

La facture pétrolière a presque doublé en une année
La décision de la Chine, cette semaine, d’augmenter les taux d’intérêt a fait croire, un instant, qu’une détente sur les matières premières allait survenir. Mais la réélection de Georges W. Bush risque de faire repartir à la hausse le cours de l’or noir.
Pour des raisons qui sont liées non seulement à des facteurs géopolitiques notamment la guerre en Irak, qui a d’ailleurs toutes les chances de s’exacerber avec la réélection de Bush, mais aussi à l’excès structurel de la demande mondiale par rapport à l’offre (cf. le cas de la Chine en particulier), la question qui se pose aujourd’hui, selon l’ancien ministre français de l’Aménagement du territoire et de l’environnement, Yves Cochet, n’est plus de savoir quand les cours du pétrole reviendront aux alentours de 30 dollars, mais quel profil aura la prochaine hausse.
Le Maroc, cela va de soi, est concerné par ces interrogations : dépendant à 97 % des importations, la facture pétrolière, à fin août 2004, a atteint 9,7 milliards de DH, en hausse de 83,5 % par rapport à la même période de l’année dernière. Avec le niveau atteint par le baril depuis octobre, il est certain que la facture pour 2004 dépassera largement les 14 milliards de DH enregistrés bon an mal an depuis 2000.
Quel impact sur l’économie? La Loi de finances 2005 a retenu un scénario de référence de 35 dollars le baril. Nous en sommes déjà à 50 dollars et les experts des questions pétrolières, comme Nikolas Sarkis, directeur de la revue Pétrole et gaz arabe, prédisent que les prix resteront élevés. Dans cette hypothèse, deux scénarios : ou bien on continue de soutenir les prix intérieurs, et dans ce cas les charges de la compensation, déjà élevées, explosent ; auquel cas, le déficit des finances publiques se détériorerait gravement. Ou alors, on décide de répercuter la hausse des cours du brut à la pompe (c’est le scénario le plus plausible) et, à ce moment-là, c’est la croissance qui prend un coup. Selon les analystes, en effet, le recul de l’activité toucherait l’ensemble des secteurs productifs à travers l’augmentation des coûts de production. Et l’agriculture, l’industrie du textile, l’agroalimentaire, le commerce, le transport sont les branches qui, d’après ces analystes, en subiront les conséquences à court terme.
Par ailleurs, l’inflation qui découlerait de la hausse des coûts de production limiterait la consommation des ménages et plus généralement la demande. Dans cette configuration de baisse de l’activité économique, l’emploi recule, le chômage s’aggrave. Dans un cas comme dans l’autre, c’est-à-dire que l’on répercute ou non la hausse du prix du pétrole sur le consommateur, une chose est inévitable : les réserves en devises devraient diminuer à mesure que la facture énergétique augmente