L’économie marocaine et les nombreux défis post-crise sanitaire

• Depuis 2000, le Maroc s’est orienté vers un nouveau positionnement géoéconomique fortement marqué par l’élargissement des horizons géographiques et par l’ouverture sur les régions africaines.
• L’accent est mis sur des secteurs clés comme l’automobile, l’aéronautique, l’agroalimentaire, les services, l’industrie pharmaceutique, le textile…
• Le pays a un énorme potentiel de diversification des activités et de pénétration d’autres marchés.

Le Maroc a poursuivi son ouverture économique et la diversification de ses partenariats durant les deux dernières décennies, soit de 2000 à 2020. Si l’économie marocaine a été fortement arrimée à des partenaires économiques du Nord, notamment européens, le bouleversement des rapports de force mondiaux avec l’émergence de nouveaux pôles de croissance a poussé le Maroc à s’orienter, depuis la fin des années 2000, vers un nouveau positionnement géoéconomique fortement marqué par l’élargissement des horizons géographiques et par l’ouverture sur les régions africaines, asiatiques et américaines. C’est le constat relevé par l’IMIS (Institut marocain de l’intelligence artificielle) dans son rapport «L’internationalisation de l’économie marocaine». Cette stratégie de diversification des partenaires économiques s’est accompagnée d’une politique d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Ce qui a permis de relever le triple défi de la transformation structurelle, de l’emploi et de la compétitivité. Cependant, compte tenu de la situation pandémique, le pays est appelé à repenser son positionnement sur l’échiquier économique mondial, principalement à travers ses secteurs industriels (automobile, aéronautique, services, industrie pharmaceutique, textile, agroalimentaire….).
Pour le secteur automobile, le rapport estime que la montée de la chaîne de valeur à travers la maîtrise des chaînons manquants, la numérisation des processus de production et le déploiement d’écosystèmes, source d’externalités technologiques et de formation, constituent les défis majeurs dans les deux secteurs automobile et aéronautique. Pour ce dernier, l’intégration des métiers de spécialisation tels que la sécurité-défense, le spatial et les composites dans les activités de production, représente un enjeu de taille. Pour ce qui est des activités “Amont”, l’intégration du segment lié à la conception et le développement des activités en R&D sont des créneaux à investir. Les expériences de certains pays émergents, à l’image du Brésil qui a réussi à attirer les géants de l’aéronautique et de développer des activités de conception, peuvent inspirer le Maroc. Parallèlement, la diversification des partenaires s’avèrerait importante. En ce sens, le Maroc devra se positionner sur de nouveaux marchés (Allemagne, Japon, Royaume-Uni), en plus des constructeurs mondiaux européens et américains déjà présents,. Dans les activités “Aval”, la MRO (Maintenance, Repair and Operations) est une activité porteuse pour le Maroc.
Le secteur tertiaire est positionné en tant que locomotive de croissance et fournisseur de premier ordre pour le secteur manufacturier. Les exportations en valeur ajoutée du secteur tertiaire sont estimées à 46% du total de la valeur ajoutée générée à l’exportation. Du coup, le Maroc devra valoriser les services aux entreprises qui offrent un grand potentiel dans le commerce et qui représentent les secteurs les plus intensifs en compétences. Il faut savoir que le volume des échanges de services a augmenté plus rapidement que celui des échanges de biens. Grâce en partie aux CVM, la productivité dans les services augmente rapidement. De nombreux services destinés aussi bien aux entreprises qu’aux ménages sont capables d’absorber un grand nombre d’emplois. Enfin, un modèle de croissance fondé sur les services serait plus vert (écologique).
S’il y a bien un autre secteur prometteur, c’est celui de l’industrie pharmaceutique, sachant qu’elle occupe la 2e place à l’échelle du continent africain. Il existe de véritables opportunités de développement à l’export pour ce secteur, spécialement pour le marché africain qui pourrait constituer un véritable relais de croissance pour cette industrie. L’enjeu pour le Maroc est d’attirer les investissements dans le développement de l’amont de la chaîne de valeur (R&D). En outre, la souveraineté du médicament est fortement conditionnée par la maîtrise de la chimie et de la biotechnologie.
La filière de l’agroalimentaire bénéficie, certes, d’une forte demande internationale, mais la plupart des produits exportés sont à faible valeur. Si l’amont de la chaîne de valeur est bien maîtrisé grâce au Plan Maroc Vert et au contrat-programme qui vise le développement de projets de recherche et développement, la formation professionnelle, l’installation de nouvelles unités de transformation et la modernisation des unités existantes, la compétitivité du secteur à l’international demeure peu prometteuse. Le défi dans ce secteur est d’améliorer la compétitivité du Maroc sur les marchés étrangers classiques (L’UE et l’Amérique du Nord) et de s’ouvrir davantage sur de nouveaux marchés comme l’Afrique, lesquels constituent un énorme potentiel pour cette industrie
Par ailleurs, le rapport met également l’accent sur le secteur textile. Selon l’étude, la faible intégration de la filière, la présence d’un nombre limité de donneurs d’ordre et la concurrence turque constituent les principales sources de fragilité du secteur. La pandémie actuelle laisse présager de nouvelles opportunités pour ce secteur. Dans une hypothèse de détachement européen de l’outil productif asiatique, des relocalisations régionales sont prévisibles. A ce titre, l’Association marocaine des industriels de textile et d’habillement (AMITH) s’attend à des mesures bancaires mieux adaptées pour les industriels du textile et une aide ciblée des pouvoirs publics pour s’orienter vers le marché local et structurer les entreprises de l’informel.