L’économie et le système bancaire subissent une grande pression

• Le taux des créances en souffrance des banques n’est pas alarmant, mais à suivre de près.
• Beaucoup de retard pris dans la mise en place du mobile banking.
• Le trésor devra solliciter le marché international en 2020 et 2021 pour lever des fonds.

Le taux des créances en souffrance a atteint 8,1% à fin juillet. Elles ont augmenté de 7 milliards de DH depuis le début de l’année pour s’élever à 77 milliards de DH. «Ce n’est pas une situation particulière au Maroc», assure Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, lors de son dernier conseil tenu le 22 septembre dernier. En face, les provisions constituées par les banques sont à un niveau confortable, surtout avec la suspension de distribution des dividendes par les banques. En tout cas, une réunion est prévue avec le GPBM, novembre prochain, afin d’évaluer et d’étudier l’impact de ces créances en souffrance sur le système bancaire. Cela dit, si la montée des impayés chez les banques ne nécessite pas une préoccupation majeure, celle enregistrée auprès des sociétés de financement reste à craindre.
L’intervention de BAM devra concerner aussi les moyens de remboursement des créances par les opérateurs du secteur immobilier. C’est ainsi que les dations en paiements seront remises sur la table, à travers un projet de circulaire qui est en cours de discussion avec le système bancaire.
A côté de cela, et avec la hausse de la circulation de la monnaie fiduciaire, le déficit de liquidité s’est creusé jusqu’à s’établir à un pic de 114 milliards de DH. A ce titre, M.Jouahri se veut rassurant en expliquant que Bank Al-Maghrib sert toutes les demandes de refinancement et que les banques peuvent mobiliser jusqu’à 340 milliards de DH. Ce qui est encore loin des niveaux demandés actuellement. En vue d’éviter le trop-plein de cash dans le système économique, il est important d’accélérer la mise en place du mobile paiement. «1,5 million de wallets sont disponibles et tous les essais switchs ont été acheminés. De même, sur le plan institutionnel, le GIE a été constitué. Mais le système tarde à se mettre en place, sachant que la 1ère expérience date d’il y a 12 ans», se désole M.Jouahri. Ainsi, le gouverneur insiste sur l’instauration d’incitations fiscales fortes en vue d’encourager les commerçants d’adhérer à ce système. Il propose aussi de lancer une opération pilote dans une région donnée.
Sur un autre volet, la planche à billets ne sera pas activée, compte tenu du risque que cette démarche pourrait engendrer sur les réserves en devises. D’ailleurs, M.Jouahri a donné comme contre exemple, l’Algérie, qui en actionnant ce levier a vu ses réserves de change chuter de 240 milliards de dollars à 50 milliards.

Une récession de 6,3% est prévue pour 2020
Sur le plan économique, le manque de visibilité règne toujours. Et en l’absence d’une reprise économique, le conseil de BAM a dû revoir ses scénarii de croissance, tout en maintenant le taux directeur à 1,5%. Ainsi, l’économie du pays devrait connaître une récession de 6,3% en cette année, alors que les prévisions de juin dernier tablaient sur une dégradation de 5,2%. En 2021, le PIB rebondirait de 4,7%, porté par une hausse de 12,6% de la valeur ajoutée agricole, sous l’hypothèse d’une récolte céréalière de 75 millions de quintaux, et par une amélioration de 3,7% de celle non agricole. Ces perspectives restent entourées d’un niveau élevé d’incertitudes, liées notamment à l’évolution de la pandémie, à l’ampleur de ses retombées, ainsi qu’au rythme de la reprise. Du coup, elles devraient être régulièrement actualisées.
Pour leur part, les exportations ressortiraient en chute de 16,6% avant d’augmenter de 22,4% en 2021, portées en particulier par la progression grâce notamment aux expéditions du secteur automobile. En parallèle, les importations de biens se contracteraient de 17,4% avant de s’accroître de 17% en 2021. En outre, les recettes de voyages, devraient s’inscrire en forte diminution, passant de 78,8 milliards de dirhams en 2019 à 23,9 milliards en 2020 et rebondiraient à 49,1 milliards en 2021. Plus résilients à la crise, les transferts des MRE accuseraient une baisse limitée de 5% à 61,5 milliards, avant de s’améliorer de 2,4% à 63 milliards en 2021.
Par ailleurs, le crédit bancaire devrait enregistrer une progression autour de 4% en 2020 et en 2021. Cette progression tient compte de l’évolution prévue de l’activité économique et de l’effet attendu du programme Intelaka, ainsi que des différentes mesures de soutien et de relance. Pour rappel, les détails de la répartition du budget prévu pour la relance économique de 120 milliards de DH sont toujours en attente et seront dévoilés lors de la présentation du projet de Loi de finances 2021.
Pour les finances publiques, la poursuite de la mobilisation des financements spécifiques en 2021 entraînera une aggravation du déficit budgétaire, hors privatisation, à 4,1% du PIB en 2019 à 7,9% cette année, avant de s’atténuer à 5,1% en 2021. Outre les ressources internes, le financement des besoins du Trésor est assuré par une mobilisation exceptionnelle des financements extérieurs. La dette du Trésor augmenterait ainsi de 65% du PIB en 2019 à 76,1% en 2020 et se situerait à 75,9% en 2021. Notons que le Trésor devra s’adresser au marché international pour lever des fonds. Deux sorties sont ainsi prévues, en cette année (en euros) et en 2021.