L’économie crée de plus en plus d’emplois de qualité

Les 125 000 emplois créés entre les deuxièmes trimestres 2014 et 2015 sont tous rémunérés, alors que les 87 000 destructions d’emplois concernent des emplois non rémunérés

La situation du marché du travail telle qu’elle ressort de la dernière enquête du HCP sur le sujet invite à une autre lecture de la question des créations d’emplois. Ce que cette enquête montre en effet est que l’économie nationale, malgré les faiblesses qui la caractérisent, parvient quand même à créer un nombre respectable d’emplois. Il est vrai qu’en termes de solde net ce ne sont «que» 38 000 postes qui ont été créés sur une année, soit entre les deuxièmes trimestres de 2014 et de 2015. Mais ceci ne devrait pas conduire à occulter le fait que l’économie a tout de même créé 125 000 emplois; et ce sont, de surcroît, des emplois rémunérés. Et si, sur ce total, il n’en reste que 38 000 postes, c’est tout simplement parce que, dans le même temps, les destructions ont été nombreuses. A ceci près cependant que ces destructions, au nombre de 87 000 postes, concernent exclusivement des emplois non rémunérés, c’est-à-dire pour l’essentiel (98%) des aides familiales. Ce type d’emploi, on le sait, est très largement, pour ne pas dire quasi exclusivement, localisé en milieu rural, et il a un caractère fortement saisonnier. De sorte que lorsque la pluviométrie n’est pas au rendez-vous, le travail dans les champs se raréfie. Ce à quoi il faut peut-être ajouter le fait que de plus en plus l’agriculture se modernise, se mécanise, ce qui nécessite un recours moindre à la main-d’œuvre traditionnelle.

Tout cela semble indiquer finalement qu’au moins sur la période considérée le problème de l’emploi se pose moins en termes de créations que de destructions. Et pour une économie qui, longtemps, a fonctionné sur un mode traditionnel, offrant des emplois de faible qualification et parfois non rémunérés, le phénomène paraît assez «naturel». Au fil de son évolution, l’économie marocaine est en effet condamnée à s’adapter à la modernité, à bâtir sa compétitivité non plus sur une main-d’œuvre bon marché, donc peu, voire pas du tout formée, mais sur l’innovation et le savoir. Et sur ce chemin, l’obstacle numéro un à affronter est précisément celui de l’emploi : comment faire pour que les créations d’emplois soient suffisamment fortes pour atténuer les destructions, inévitablement assez élevées dans un tel contexte.

Il y a plus de travailleurs insatisfaits que de chômeurs

Au début et même au milieu des années 2000, les créations d’emplois atteignaient parfois 400 000 postes nets par an. C’était la période où le recours à l’emploi précaire était la règle. Désormais, ce n’est plus possible : l’économie est très largement ouverte, subissant ainsi frontalement la concurrence étrangère, et les jeunes, de mieux en mieux formés, ne sont plus disposés à accepter n’importe quel «boulot» et à n’importe quel salaire. Lorsqu’on observe la courbe de sous-emploi, un indicateur de l’insatisfaction des travailleurs quant aux postes qu’ils occupent et aux conditions de travail dans lesquelles ils évoluent, on se rend bien compte que celle-ci est en hausse depuis 2013. Aujourd’hui, le taux de sous-emploi est de 10,8% contre 10,4% à la même période de 2014 et 8,9% en 2013. Autrement dit, il y a plus de travailleurs insatisfaits de leur travail (1 182 000 personnes) que de chômeurs (1 041 000). Et assez logiquement, c’est en milieu rural que cette insatisfaction est plus accentuée (le taux de sous-emploi y est de 9,9%, 11,7% et 12% respectivement en 2013, 2014 et 2015). Par secteur d’activité, c’est, dans l’ordre, dans le BTP et l’agriculture que l’on retrouve les taux de sous-emploi les plus élevés (respectivement 15,5% et 11,3% ).

Ceci montre que l’économie est en cours de mutation, sous l’influence à la fois de l’évolution de la société et des impératifs de la mondialisation.